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Un risque réputationnel important

SNCLAVALIN/
REUTERS

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Les accusations de fraude et de corruption portées contre la firme SNC-Lavalin par la GRC pourraient avoir de sérieuses conséquences sur la réputation et l'avenir du fleuron du génie québécois, estime un spécialiste en crimes économiques.

«On pourrait se retrouver dans la situation d'Arthur Andersen», indique l'expert en criminalité financière Michel Picard, prenant comme exemple cet ancien géant américain des services d'audit, démantelé en 2002 après s'être retrouvé au coeur d'un important scandale financier.

Il est assez rare qu'une entreprise soit directement visée, en tant que personne morale, par des accusations criminelles. SNC Lavalin fait aujourd'hui face à des accusations de corruption et de fraude dans le cadre de ses activités en Libye. Elle aurait versé plus de 47 millions de dollars entre 2001 et 2011 à des représentants du régime de l'ancien dictateur Mouammar Khadafi afin d'obtenir des contrats en sol libyen.

«SNC Lavalin n'ira pas en prison, explique Michel Picard. C'est une minorité d'individus, qui par leurs actes criminels font payer l'ensemble de l'entreprise», rappelle-t-il. Ces individus devront répondre de leurs actes devant les tribunaux. Mais la compagnie aura quoi qu'il arrive «probablement un montant important à payer» si elle est reconnue coupable.

Démantèlement ?

Le président de SNC-Lavalin, l'américain Robert Card - qui est arrivé à la barre du navire en 2012 - a d'ailleurs récemment exposé ses inquiétudes dans une entrevue accordée au Globe and Mail, allant même jusqu'à parler de démantèlement ou de vente si des accusations criminelles étaient déposées contre l'entreprise.

«C'est un danger réel, de mettre à risque l'ensemble du marché québécois pour les fraudes de quelques personnes», estime Michel Picard. «SNC Lavalin a eu la malchance de se faire prendre alors que bien d'autres compétiteurs se sont retrouvés dans la même situation», mentionne-t-il également, faisant entre autre référence aux témoignages entendus devant la commission Charbonneau.

Ménage et nouvelle direction

Ces menaces de faire chavirer le domaine du génie et de mettre en péril des milliers d'emplois à travers la province pourrait toutefois «peser dans la négociation de la sentence», affirme le spécialiste. Ça n'effacera pas l'ardoise, mais la justice est raisonnable, explique-t-il. «Elle n'ira pas compromettre d'avenir de milliers d'emplois pour les actes de quelques individus».

Michel Picard rappelle aussi qu'à la suite des multiples scandales ayant affecté SNC Lavalin, le ménage a été fait au sein de la compagnie. «La direction a changé. On présume qu'ils ont rectifié le tir. Mais le fait de changer sa façon de faire n'efface pas le passé», nuance-t-il.

Ces accusations sont la conséquences directes d'une enquête amorcée par la GRC en 2011 sur les activités de SNC Lavalin en Libye. «C'est une application à la lettre du système judiciaire canadien (...). Si ce que vous faites à l'étranger est punissable au Canada, on peut vous poursuivre ici», termine M. Picard. 

SNC Lavalin a manifesté son intention d'enregistrer un plaidoyer de non-culpabilité.

- Avec l'Agence QMI

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