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Beaucoup d’autres Uber à l’horizon

Beaucoup d’autres Uber à l’horizon
Photo Archives / AFP

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UberX dérange. D’un côté les taxis crient à l’injustice, mais de l’autre, les citoyens sont au rendez-vous et en redemandent. Entre les deux, les gouvernements, pris avec la patate chaude. AirBnB a fait précisément la même chose en hôtellerie. En fait, aussi bien s’y faire parce que d’autres services du genre s’en viennent. Beaucoup d’autres.

Ça s’appelle sharing economy (économie du partage) ou consommation collaborative. Avec UberX, des gens ordinaires utilisent leurs autos au service d’autres gens ordinaires. Avec AirBnB, des gens ordinaires louent une pièce de leur maison à d’autres gens ordinaires en vacances. C’est le même principe : des gens s’arrangent entre eux par l’intermédiaire d’une plateforme Web, dans un «modèle économique où l’usage prédomine sur la propriété», selon Wikipedia. Beaucoup de plateformes du genre connaissent une forte croissance et pourraient bien s’implanter au Québec :

Peerby
Beaucoup d’autres Uber à l’horizon

Peerby. Vous avez une scie ronde dont vous servez trois jours par année? Peerby permet de la louer à vos voisins qui eux, évitent de devoir en faire l’achat.

Hubber
Beaucoup d’autres Uber à l’horizon

Hubber. Vous partez en vacances? Au lieu de stationner votre voiture à fort prix à l’aéroport, amenez-la chez Hubber. On ira vous reconduire au terminal et on s’occupera de louer votre voiture à un touriste qui visite votre ville. Vous économisez le stationnement et faites de l’argent.

TaskRabbit
Beaucoup d’autres Uber à l’horizon

TaskRabbit. Besoin d’aide monter un meuble IKEA, pour faire le ménage ou installer une tablette dans le salon? Mettez votre prix, et la plateforme trouvera dans votre secteur un lapin qui se dit à la hauteur à la tâche.

EatWith
Beaucoup d’autres Uber à l’horizon

EatWith. En vacances? Allez manger chez l’habitant, il vous invite! EatWith recrute des chefs à la maison, des foodies, pour accueillir les touristes.

PiggyBee
Beaucoup d’autres Uber à l’horizon

PiggyBee. Vous prenez l’avion? Acceptez de transporter un colis à la demande d’un autre utilisateur en échange d’une compensation, comme un transport à l’aéroport ou une visite guidée de la ville.

CampInMyGarden. Un bout de gazon libre? Prêtez-le à un campeur. En voyage, la personne qui vous accueille est aussi à votre disposition.

Souvent, ces plateformes d’échange s’attaquent à des chasses gardées, des secteurs de l’économie peu concurrentiels ou fortement réglementés, ce qui suscite de vives réactions des entreprises traditionnelles dans ces marchés puisque leurs nouveaux concurrents sont moins chers et échappent à la réglementation.

Mais ça marche. Tellement bien qu’une étude de Price Waterhouse Cooper prévoit que l’économie de la consommation collaborative représentera une marché de 335 milliards $ dans 10 ans (par rapport à 15 milliards en 2013).

Cesser de jouer à l’autruche

Dans ce contexte, les gouvernements doivent cesser de jouer à l’autruche et s’embrayer rapidement pour s’adapter à ces phénomènes nouveaux, dit en substance un rapport savant publié en Ontario.

«Uber, AirBnb et les autres grandissent et sont là pour une raison : parce qu’ils offrent un service en demande», explique Noah Zon, coauteur du rapport de Mowat Center, un organisme d’étude sur les politiques publiques. «Ils ont trouvé une façon de donner des services dans lesquels les gens voient une certaine valeur.»

Ces plateformes opèrent souvent en «zones grises» et les gouvernements ont tendance à se braquer, comme l’ont fait d’ailleurs Régis Labeaume et Denis Coderre au sujet de UberX. Dans son étude, M. Zon constate que beaucoup de gouvernements sont «réactifs et non proactif». «Essayer de bannir ces services sans tenter d’adapter leurs politiques publiques ne rend service à personne, en plus d’être contre-productif», tranche M. Zon. On ne peut pas passer à côté, selon lui, de «la valeur et de l’évolution» que représentent ces plateformes.

Ces sites d’échanges sont nombreux, souvent populaires, et il en émerge de nouveaux constamment, chacun amenant avec lui sa petite révolution. «L’économie bouge, la société bouge, alors les gouvernements doivent rattraper», indique M. Zon, qui les trouve trop lents. «De dire qu’on ne va rien permettre sans qu’on soit 100 % certain» est souvent, dans ces domaines, une précaution déraisonnable, selon lui. À ce rythme, «ça va leur prendre des années à s’adapter».

Le défi des gouvernements, conclut donc M. Zon, sera de trouver une façon de suivre la cadence tout en «s’assurant que les politiques publiques et les lois continuent de protéger l’intérêt public». Dans le domaine de la consommation collaborative, «les gouvernements devraient regarder comment tenir compte de l’innovation [que représente ces plateformes] et de s’assurer que la réglementation s’y applique».