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L’histoire acadienne de la Martinique

Morne-Rouge, village de la Martinique où furent installés les Acadiens. En arrière-plan, la montagne Pelée.
Photo courtoisie, Paul Simier Morne-Rouge, village de la Martinique où furent installés les Acadiens. En arrière-plan, la montagne Pelée.

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MORNE-ROUGE (Martinique) | Dès 1756, l’année du «Grand Dérangement», les Acadiens commencèrent à arriver en Martinique, fuyant la répression dont ils étaient victimes de la part des Anglais. Ils furent nombreux à y débarquer ensuite durant une décennie.

L’historien Vincent Huyghes Belrose se passionne depuis des années pour ce pan de l’histoire de l’île. Il n’a de cesse de décortiquer, où qu’elles se trouvent, les archives concernant cette période.

Ses recherches, il les effectue à la demande des dirigeants du Parc naturel régional de la Martinique dont l’un des fleurons, le jardin d’Émeraude, se situe à Morne-Rouge dans la zone où un important contingent d’Acadiens fut relocalisé.

«Ces immigrants furent en grande partie chargés de coloniser le quartier de Champflore, comme on appelait alors l’actuel Morne-Rouge, mais peu parvinrent à survivre et à s’adapter», raconte Vincent Belrose.

Il s’agissait alors de défricher une zone destinée à faire de l’élevage.

Considérait-on alors les Acadiens comme de bons bûcherons et de bons charbonniers chargés de transformer le bois en charbon? Ce sont autant de questions que se pose l’historien, d’autant plus que subsiste à Morne-Rouge une confrérie de charbonniers.

À leur arrivée en Martinique, par le port de Saint-Pierre qui était alors le poumon économique de l’île, les Acadiens étaient dirigés vers l’anse Latouche, une bande côtière faisant partie des «50 pas du Roy» située entre Le Carbet et Saint-Pierre, tandis que d’autres gagnaient Fort Royal, l’actuel Fort-de-France.

L’historien Vincent Huyghes Belrose est passionné par le sort des Acadiens qui ont atterri en Martinique.
Photo courtoisie, Paul Simier
L’historien Vincent Huyghes Belrose est passionné par le sort des Acadiens qui ont atterri en Martinique.

Les tout premiers Acadiens, arrivés en 1756, dont l’historien a retrouvé la trace, étaient au nombre de 28, tous de la même famille, chassés de Nouvelle-Écosse d’abord vers New York.

La chute de Louisbourg en 1758 allait entraîner de nouvelles déportations. En 1763, une vingtaine d’Acadiens, qui avaient embarqué en France, arrivèrent en Martinique. En 1764, 600 Acadiens embarquèrent à leurs frais à Halifax pour les Antilles, mais on ne connaît pas les destinations précises des uns et des autres.

En 1764, on enregistre l’arrivée à New York de 129 Acadiens. L’année suivante, 299 Acadiens sont identifiés comme bénéficiaires de la «ration du Roy», alors que 107 d’entre eux se trouvaient relocalisés au camp de Champflore.

En 1768, il ne restait plus que 79 Acadiens à Champflore. Une évacuation de volontaires eut lieu vers la Guadeloupe dont on retrouve la trace de 54 réfugiés à Pointe-à-Pitre un mois plus tard. Les plus valides de ces Acadiens furent rapatriés en France.

L’implantation à Champflore d’une communauté d’Acadiens, qui y cohabitait avec des Alsaciens et des Allemands, avait amené la création d’une paroisse en 1766, mais six ans plus tard, la paroisse était fermée.

La «ration du Roy»

Il faut dire que les Acadiens, bien que réfugiés, refusaient de s’installer à Champflore, même si on leur offrait les outils pour défricher et travailler la terre. «Les familles acadiennes préféraient survivre avec la «ration du Roy» et une modique solde, la charité des habitants de Saint-Pierre et parfois la mendicité», note l’historien Vincent Belrose.

La «ration du Roy», l’équivalent de la ration de la marine, se composait pour chaque adulte d’une demi-livre de viande salée, de pain ou de biscuit, de riz, et environ une demi-pinte de tafia. Les enfants percevaient la moitié de cette ration. La solde était de 7 sols et 6 deniers par jour.

Mais que sont devenus les Acadiens réfugiés en Martinique? L’historien Vincent Belrose y travaille toujours.


REPÈRES

  • L’implantation des Acadiens arrivant en Martinique dans les années 1756-1766 s’est faite d’abord au Carbet, puis sur le territoire de l’actuel Morne-Rouge.
  • En 1765, on recensait 330 Acadiens en Martinique.
  • L’historien Vincent Huyghes Belrose effectue depuis des années des recherches sur les Acadiens en Martinique. Contact : huygbelrose@wanadoo.fr
  • Le parc naturel régional de Martinique, qui gère le jardin d’Émeraude à Morne-Rouge, a en projet d’y honorer la mémoire des Acadiens. www.pnr-martinique.com
  • Une bonne adresse: La Maison rousse, maison d’hôtes, à Fonds-Saint-Denis, en pleine nature au-dessus de Saint-Pierre. www.maisonrousse.com
  • Air Transat, durant la saison hivernale, ainsi que Air Canada desservent la Martinique au départ de Montréal.
  • Infos : www.lamartinique.ca