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Le monde est petit

<br /><b>Le roman sans aventure</b><br />
<br /><b>Isabelle Daunais</b><br />
Éditions du Boréal
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Le roman sans aventure

Isabelle Daunais
Éditions du Boréal

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La professeure de littérature Isabelle Daunais a publié récemment, chez Boréal, un essai intitulé Le roman sans aventure, qui fera sursauter plus d’un auteur québécois. La thèse? Le roman québécois n’est pas lu ailleurs qu’au Québec, il ne trouve pas sa place dans le grand contexte mondial, parce qu’il est sans aventure.

Roman du repli ou du passé avant la révolution tranquille, roman de l’attente ou du doute depuis, la littérature québécoise s’adresserait avant tout aux lecteurs qui en saisissent bien le contexte, celui d’un peuple qui n’a pas accédé à lui-même ni ne s’est beaucoup battu pour y parvenir.

Hors de nos frontières

Ça ne signifie pas que le roman québécois soit mauvais dans son ensemble. Ce n’est pas une question de mauvais ni de bon. Ça veut simplement dire que l’expérience québécoise résonne peu hors du Québec, que l’imaginaire romanesque québécois ne fait généralement pas vibrer le lecteur d’ailleurs.

À quelques exceptions près, c’est difficile de contredire Isabelle Daunais. Vrai, le roman québécois en général est très peu lu hors de nos frontières. Même en France, centre de la francophonie mondiale, surtout en France, puisque la France semble naturellement le premier lieu de nos exportations, le roman québécois est négligé, négligeable, regardé de haut sinon simplement ignoré.

Vrai aussi que les deux plus grands ambassadeurs de la littérature québécoise depuis quelques années sont Dany Laferrière et Kim Thuy, deux auteurs dont la québécitude s’additionne d’origines haïtienne pour l’un, vietnamienne pour l’autre, et que leurs aventures pré-Québec constituent la part du lion de leur matériau romanesque.

Est-ce à dire que le roman québécois est condamné à son provincialisme? Non, pas du tout. Mais peut-être faut-il s’affranchir du vécu pour aller voir ailleurs si on existe.

Cliché

Un des plus grands clichés qu’on assène aux jeunes qui rêvent d’écrire est celui-ci: écrit sur ce que tu connais.

Je veux bien, mais quand on ne connaît pas grand-chose, quand on n’a pas beaucoup vécu, le matériau est mince. Ce qui explique sans doute la floppée de romans dont le sujet est ce jeune homme (ou cette jeune femme) abandonné par sa blonde (ou son chum) qui part vers un lieu isolé pour se retrouver. Mais le lieu ne s’avère pas si isolé et le jeune homme (ou la jeune femme) redécouvre lentement les vertus de la communauté, de l’amitié et de la solidarité. Même si bien des romans suivent plus ou moins cette ligne de récit, et que certains sont formidablement écrits (et d’autres pas), écrire sur ce qu’on connaît s’est avéré une catastrophe typiquement québécoise. Trop de romans sur le nombril, trop de romans sur le Québec lui-même. Comme si un auteur sud-africain était obligé d’écrire sur l’Afrique du Sud.

Les seuls, ici, qui échappent à cette absence d’aventure sont des auteurs de genre, des auteurs de polars, de science-fiction, d’horreur. Du côté de la littérature générale, on leur a cédé toute la place.

Peut-être est-il temps de la reprendre un peu. L’imaginaire bien nourri nous consolerait un peu de ce pays qui n’est jamais advenu parce qu’on était trop occupé à fouiller notre nombril.