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Parfum de nostalgie

Spectrum,
Photo Le Journal de Québec, Stevens LeBlanc Les derniers moments du Spectrum de Philadelphie lors de sa démolition en 2010.

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Les événements culturels, sociaux et sportifs qui résistent longtemps à l’usure du temps reflètent l’évolution de la société. Le tournoi international de hockey pee-wee de Québec n’échappe pas à cette règle.

La 56e édition de ce championnat multiple sera marquée par un changement majeur dans l’ADN de la capitale.

Le tournoi surchauffe le vétuste Colisée de Québec pour la dernière fois. Ce dimanche se veut celui des adieux des meilleurs patineurs pee-wee à cet édifice qui a vu tant de gamins se prendre pour des vedettes de la Ligue nationale. Ce que plusieurs ont réussi, doit-on rappeler.

Il flottera un parfum de nostalgie, aujourd’hui. Les spectateurs profitent de l’admission gratuite. En février 2016, l’élite déploiera son talent dans le nouvel amphithéâtre de Québec.

Si les planchers, les murs et les vestiaires pouvaient raconter ce qu’ils ont entendu, il s’écrirait des dizaines de livres et il se tournerait beaucoup plus qu’un film.

En 1960, la première année du tournoi, le Canadien filait vers la conquête de sa cinquième coupe Stanley d’affilée dans une ligue toujours à six équipes. Le peuple apprendra, en septembre, la retraite de son idole et porte-étendard, Maurice Richard.

Le journaliste René Lévesque quittera Radio-Canada pour se présenter sous la bannière du Parti libéral que Jean Lesage mènera à la victoire. Il s’en suivra le début de la Révolution tranquille et la création du slogan Maîtres chez nous.

Les souvenirs ne meurent pas

Malgré le déménagement dans un amphithéâtre moderne et multifonctionnel, Michel Plante, le président du tournoi pee-wee, ne s’inquiète nullement pour l’esprit de la compétition.

«Nos bénévoles suivront. Les équipes se donneront encore corps et âme pour gagner une place. C’est ça, l’âme du tournoi pee-wee. Tous ceux qui y ont participé comme joueurs, dirigeants, bénévoles et même journalistes, n’oublient jamais leur expérience. Un nouveau domicile n’étouffera pas son esprit. Ceux qui reviendront parmi nos patineurs de 2015 sont déjà fébriles. Les volontaires ont hâte de bosser dans ce nouvel amphithéâtre», raconte Plante.

Les souvenirs ne mourront jamais. Ils resteront dans le Colisée tant et aussi longtemps que le pic des démolisseurs n’ouvrira pas les entrailles de la bâtisse. Ce jour là, avec un peu d’imagination, vous les verrez s’envoler vers le cœur du nouvel édifice qui ouvrira ses portes en septembre prochain.

Je me souviens de l’émotion chez les citoyens, à Philadelphie, dans les derniers moments du Spectrum. Plusieurs fans pleuraient même s’ils y gagnaient au change. Il en ira ainsi à Québec. Et que dire des fantômes du Forum. Ils survivent toujours au Centre Bell.

Des souvenirs et des frissons

Les têtes blanches déambulaient en grand nombre dans les couloirs usés du Colisée, vendredi. Elles se reconnaissaient. Elles jasaient de ce qu’elles y ont vécu au cours des années. Les jeunes ne profitent plus d’un congé scolaire en semaine pour assister au tournoi. Ils viennent plutôt en grand nombre les fins de semaine.

Georges Lacasse, 76 ans, se promet de ne pas lâcher, l’hiver prochain.

Témoin des adieux, il tient absolument à assister à la réorientation du tournoi. «Lizette m’accompagnera encore.»

Le couple de Limoilou ne s’est pas formé au tournoi comme d’autres qui ont couronné cette rencontre par un mariage ou des ébats qu’ils qualifiaient de «sexuels» dans la pénombre des dernières rangées des mezzanines.

Ghyslain Bérubé, un dinosaure chez les bénévoles, ne demandera pas à ce qu’on le garde prisonnier dans un racoin du Colisée. Il poursuivra l’aventure avec ses nombreux amis. Le déménagement l’emballe.

Dans 56 ans, l’âge actuel du tournoi, on se souviendra de l’année du déménagement comme celle où Philippe Couillard et le PLQ occupaient le pouvoir, celle aussi où le Canadien connaissait du succès, en quête de sa première coupe Stanley depuis 1993.

Enfin, diront certains, celle de la dernière année de la télésérie Lance et Compte.