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Harvey arrache le bronze

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FALUN | Le Québécois Alex Harvey a remporté la médaille de bronze lors de l’épreuve de skiathlon des Championnats du monde de ski de fond, samedi.

FALUN | La couleur d’une médaille ne reflète pas toujours sa réelle valeur. Celle de bronze qu’a reçue Alex Harvey, hier à Falun en Suède, n’avait pas de prix pour récompenser son effort qui l’a mené jusque «dans la cave des souffrances».

Puisant jusqu’au fond de ses réserves, il a terminé troisième au skiathlon de 30 km des championnats mondiaux de ski de fond et partagé le podium avec le champion russe Maxim Vylegzhanin et le Suisse Dario Cologna, qui ont réglé leurs différends au sprint. Dans leur suite, un Québécois qui venait de jouer à la locomotive presque toute la journée a savouré ce qui s’avérait une forme de victoire pour lui.

«Cette médaille a une plus grande valeur (que celle d’argent de jeudi) parce que ç’a été une réelle

bataille», a admis le skieur de 26 ans qui devient, jusqu’à nouvel ordre, le seul homme doublement médaillé de ces mondiaux après sa deuxième place au sprint individuel.

Les jambes comme des briques

Dans les 3 premières boucles réservées au style classique — son pas de prédilection —, Harvey a révélé sa forme optimale en agissant comme principal animateur. Premier à se présenter dans la zone de transition à la mi-course, il a ensuite maintenu ses ambitions de prétendant dans la phase de style libre.

Par contre, il semble qu’il nous ait tous bernés en se tenant ainsi aux avant-postes. Ses problèmes récurrents de circulation sanguine aux artères iliaques lui ont fait souffrir le martyre dans les montées, surtout dans la redoutée Morderbakken. Même les 44 300 spectateurs annoncés par les organisateurs n’ont rien perçu!

«En “skate” (style libre), ce n’était pas facile. J’allais en avant, pas parce que je me sentais bien, mais plutôt parce que je ne me sentais pas bien. Je voulais ralentir le tempo. Dans les montées, j’avais les jambes dures comme de la brique», a-t-il admis.

«Me semble qu’il ne “filait” pas si mal, non?», nous a même lancé Dario Cologna.

«En classique, j’ai essayé de me séparer (du peloton), mais il n’y avait pas les gros ténors qui voulaient s’amener avec moi. Je restais en avant parce que je me sentais bien et j’essayais d’imposer un bon rythme. Mais en skate, je restais en avant pour aller lentement parce que je n’avais pas de bonnes jambes», a expliqué Harvey.

De bons skis

Quand Cologna a attaqué dans l’ultime montée, on a senti que Harvey s’accrochait. Favorisé par des skis avec une bonne glisse, il a ensuite exploité les faux plats ascendants et les descentes des deux derniers kilomètres pour reprendre vie. Cinquième à son entrée dans le stade, il a doublé le Français Maurice Manificat, pourtant un spécialiste en style libre, et fondu ensuite sur Didrik Toenseth, écartant la Norvège du podium pour la première fois de ces mondiaux. «Je le voyais souffrir de ses jambes, mais il a réagi en étant tactique au “boutte”. Il est tellement fort et en forme qu’il a réussi à pallier ça», a fièrement observé son entraîneur Louis Bouchard.

«Dans les descentes, fallait juste que je pense à rester sur mes skis parce que je commençais à être dans les «vaps» un peu», a blagué le double médaillé.


RÉSULTAT - SKIATHLON 30 KM

1- Maxim Vylegzhanin, Russie, 1 h 16 m 25 s
 
2- Dario Cologna, Suisse, + 0,4 s
 
3- Alex Harvey, Canada, + 1,6 s
 
4- Didrik Toenseth, Norvège, + 3,4 s
 
5- Maurice Manificat, France, + 10,2 s
 
23- Ivan Babikov, Canada, + 2 m 43 s 

Brèves

Une médaille doublement appréciée

Alex Harvey revoit la somme de travail accompli ces dernières années
Dans les trois premières boucles réservées au style classique — son pas de prédilection —, Alex Harvey (à droite) a révélé sa forme
optimale en agissant comme principal animateur.
photo afp Dans les trois premières boucles réservées au style classique — son pas de prédilection —, Alex Harvey (à droite) a révélé sa forme optimale en agissant comme principal animateur.

FALUN | Alex Harvey était le seul du trio à tout connaître de la cérémonie des médailles d’hier soir: le protocole, le chemin jusqu’à l’estrade d’honneur et surtout le bonheur de s’y trouver.

Depuis sa médaille d’argent de jeudi, le Québécois avait l’expérience de cet exercice qui marque les festivités du soir dans le centre-ville de Falun.

Le double médaillé dit avoir savouré plus intensément l’exercice, cette fois aux côtés du Russe Vylegzhanin et du Suisse Cologna.

«Je l’ai appréciée vraiment plus celle-là», a-t-il exprimé, en soulignant encore le travail des farteurs et surtout de Louis Bouchard et de son encadrement au Centre national d’entraînement Pierre Harvey.

«Mon problème dans les montées en «skate» est connu, alors on a travaillé pour que je devienne l’un des meilleurs au monde dans les autres sections d’une course», a-t-il partagé.

Un velours pour Bilodeau

Dans la foule, durant la cérémonie, quelques drapeaux canadiens donnaient la réplique aux autres nations. En retrait, Bouchard revoyait lui aussi la somme du travail des dernières années qui ont amené son protégé sur la même tribune d’honneur pour une deuxième soirée.

«Ce n’est pas compliqué: il est rendu au “top” de son art», a tenté de résumer l’entraîneur.

Harvey devient ainsi le premier Canadien à s’accrocher deux médailles au cou dans une même édition des mondiaux. Depuis qu’il l’a vu gagner une médaille d’or en sprint par équipe en 2011 et une de bronze en sprint individuel en 2013, le farteur en chef de l’équipe canadienne, Yves Bilodeau, avoue ressentir un petit quelque chose à chaque fois.

«N’importe quelle médaille pour moi a son importance. Que ce soit celles que j’ai vécues avec Alex, Beckie Scott, Sara Brenner ou Chandra Crawford. Mais là avec Alex, c’est sûr que ça a un petit quelque chose de spécial. De vivre ça en plus avec sa mère Mireille qui est ici, c’est sûr que c’est un peu plus émotif», avoue ce natif de Québec, olympien aux côtés de Pierre Harvey aux Jeux de Calgary.

 

Non au sprint par équipe

Alex Harvey et sa médaille de bronze.
photo afp Alex Harvey et sa médaille de bronze.

FALUN | Alex Harvey a décidé de donner la chance à d’autres skieurs de goûter aux joies du podium en renonçant au sprint par équipe d’aujourd’hui.

Après avoir puisé dans «la cave des souffrances» au skiathlon de 30 km, pour reprendre son image, Harvey a convenu qu’il lui fallait commencer à refaire le plein d’énergie d’ici au principal objectif de ses mondiaux, le 50 km en style classique de dimanche prochain. Sa prestation en classique, durant la première moitié de la course d’hier, l’a convaincu plus que jamais qu’il pourra être dans le coup durant l’épreuve-reine des championnats.

«J’aime ça courir, mais si je devais encore repousser encore plus loin dans mes limites, ce serait un plan pour tomber malade», a-t-il expliqué en quittant la cérémonie d’hier soir au centre-ville de Falun.

Plan respecté

Harvey participera au relais masculin du 4 X 10 km de vendredi, qu’il utilisera comme entraînement en intensité, en préparation pour la course du surlendemain. Le plan initial de quatre courses sur six dans ces mondiaux sera donc respecté entre lui et son entraîneur.

«Ç’a été une course très très dure aujourd’hui (hier), a rappelé Louis Bouchard. On sait que ça affecte, une course comme celle-là.»

«À la ligne d’arrivée, j’étais mort, a répété le skieur. J’avais de la misère à penser de façon claire et chaque pas était difficile à faire.»

Un curieux mariage des saveurs allait récompenser le tout en fin de soirée: une bière et une pointe de gâteau…

 

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