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Un ministre (juste pour) l'informatique ?

Un ministre (juste pour) l'informatique ?
Photo d'archives

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Le candidat à la chefferie du Parti québécois, Alexandre Cloutier, croit que le Québec doit se munir d’un ministre délégué au Numérique. Mais à quoi peut bien servir le Dirigeant principal de l'information qu'on a créé en 2011 ?

Ce n’est pas la première fois que l’idée d'un ministre du Numérique est lancée par des observateurs au Québec. Les cousins français, par exemple, ont toujours accordé une section ministérielle distinctive à l’informatique en implantant dès 1995 un ministère responsable des «Technologies de l’information».

Le titre a changé, c’est maintenant le ministère du Numérique qui est chargé des T.I. La France a donc sa Secrétaire d’État chargée du Numérique. Voici le lien pour savoir quelles sont ses tâches selon le décret du Président de la République

Alexandre Cloutier affirme qu’il «est grand temps de mettre fin au Far West dans le domaine de l’informatique (...)Pour ça, il faut qu’il y ait un pilote dans l’avion ».

Comme contribuable, il est plutôt alarmant de voir un élu, qui était récemment ministre, affirmer qu’il n’y a aucun pilote de l’informatique au Québec.

Mais en théorie, il y a un pilote. C’est le Dirigeant principal de l’information (DPI) ou grand patron informatique comme nous l’avons baptisé dans plusieurs reportages. Ce poste a été créé par les parlementaires en 2011. Le chef d’Alexandre Cloutier, Stéphane Bédard, vouait même une grande confiance au DPI lorsqu’il était président du Conseil du trésor.

Pauvre pilote...les propos de M. Cloutier n'ont rien pour le glorifier.

Avec ses propositions et sa volonté de nommer un ministre du Numérique, Alexandre Cloutier veut :

- Une meilleure coordination entre les services informatiques des différents ministères et organismes.

(Selon la loi, cela fait partie des tâches du DPI)

-Mettre fin à la mauvaise gestion et au gaspillage de fonds publics dans le domaine informatique.

(Selon la loi, le DPI doit aussi veiller à cette tâche. Et évidemment, on ose croire que chaque ministère et organisme essaie de bien gérer)

-propose d’étendre le recours au logiciel libre dans l’administration publique

(Selon la loi, le DPI doit «prendre les mesures requises pour que les organismes publics considèrent les logiciels libres au même titre que les autres logiciels»).

-d’insérer des critères d’interopérabilité dans les appels d’offres pour les projets informatiques, afin de s’assurer que les logiciels utilisés par un ministère soient compatibles avec ceux des autres organismes publics.

(Selon loi, cela devrait faire partie des tâches « conseils» et de «coordination» du DPI pour le gouvernement)

-de fusionner les multiples centres de serveurs informatiques du gouvernement

(Une mesure très importante qui fait notamment écho à notre reportage à cet effet avant les Fêtes. Au pouvoir, le PQ avait cependant l’occasion d’emboiter le pas sur ce sujet, mais ça n’a pas été fait)

Sauf pour la proposition sur les logiciels libres qui suscitent toujours une division, peu de gens peuvent s’opposer aux propositions du candidat à la chefferie. Et déjà qu’il se soit mouillé plus officiellement sur les enjeux informatiques, c’est digne de mention pour les observateurs du Numérique. Ces enjeux sont aussi cruciaux qu’ennuyeux à vendre au plan électoral. On l’a vu à la dernière campagne, alors la question informatique s’est démarquée par son indifférence.

Délimiter qui doit gérer les T.I dans un gouvernement, c’est difficile. Chaque ministère et organisme a son enveloppe budgétaire, ses besoins, ses priorités et sa connaissance sur son terrain. Un ministère du Numérique ne peut pas gérer les projets des autres. Mais un grand responsable peut s’assurer d’une direction et d’une vision. C’est exactement et textuellement le mandat que le gouvernement donne au Dirigeant principal de l’information.

Ainsi, bien que les suggestions d’Alexandre Cloutier soient pertinentes, elles sont, en théorie, déjà quasiment toutes appliquées. Le sont-elles correctement ? Ça, c’est une tout autre question. Mais le Québec s’est doté d’une structure, avec le DPI, pour qu’une direction s’occupe de ces problèmes. Si ce n’est pas le cas, faudrait-il créer une autre sorte de direction avec un ministre du numérique ? Ou faudrait-il d’abord s’assurer que le DPI et les directions T.I des ministères et organismes fassent leur travail comme ils doivent le faire ?

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