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Les fameuses primes

Yves Bolduc est donc récompensé pour avoir abandonné ses électeurs moins d’un an après les élections générales

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La démission du ministre de l’Éducation Yves Bolduc a prouvé encore une fois cette semaine qu’il est temps plus que jamais de faire le ménage dans les fameuses indemnités de départ. Ça ne passe plus dans l’opinion publique, à moins qu’elles ne soient justifiées, ce qui n’est pas le cas de l’ex-député de Jean-Talon.

Soyons clairs, l’ex-ministre Bolduc n’a pas volé qui que ce soit en empochant une indemnité de transition estimée à 152 000 $. Il y a droit. Ce sont les règles de l’Assemblée nationale. Mais moralement, c’est inacceptable. Comment expliquer qu’un simple travailleur qui quitte volontairement son emploi ne puisse pas recevoir de l’assurance-chômage, mais qu’un élu ou un haut dirigeant puisse empocher une généreuse prime même s’il démissionne en plein mandat?

Parachute

À mon avis, l’allocation de transition a sa place, mais uniquement lorsqu’un député n’est pas réélu. C’est une forme de parachute destiné à lui permettre de se trouver un autre emploi, comme ça se fait aussi dans le privé. Dans le cas du Dr Bolduc, il n’a pas besoin d’un parachute, puisque son ancienne clinique médicale l’attend déjà à bras ouvert.

En ce moment, Yves Bolduc est donc récompensé pour avoir abandonné ses électeurs moins d’un an après les élections générales, ce qui n’est pas sans conséquence financier pour les contribuables. N’oubliez pas que son départ force une élection complémentaire qui va nous coûter 600 000 $. Pourtant, son propre gouvernement nous répète sans cesse à quel point la rigueur budgétaire est importante. Où est l’exemple?

Balises claires

Il y a quelques années, c’était la norme. Lorsqu’un élu démissionnait de son poste en cours de mandat, peu importe le parti, il empochait la prime et personne ne s’en offusquait. En fait, le public n’était même pas au courant de son existence. Pauline Marois, François Legault, Mario Dumont et Philippe Couillard, entre autres, ont tous eu droit à leur indemnité. Mais les temps ont changé. Depuis le dernier scrutin général, tous les autres qui ont quitté ont renoncé à leur indemnité de départ. C’est le cas d’Elaine Zakaïb du Parti québécois et de Christian Dubé de la CAQ.

Pourquoi laissons-nous encore le choix aux députés? Nous devrions fixer des balises claires aux allocations de transition. Le Parti québécois avait d’ailleurs déposé un projet de loi en ce sens en 2013, mais il est mort au feuilleton. Ce serait une bonne idée de le faire ressusciter. Mais il faut plus. Les mêmes règles devraient s’appliquer aux dirigeants de nos sociétés d’État. Le PDG d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, pourra toucher une allocation de départ de plus de 450 000 $ lorsqu’il quittera le premier mai, même s’il restait deux ans à son contrat.

Quant à l’ex-ministre Bolduc, il nous aura servi sa médecine jusqu’à la fin, en empochant toutes les primes disponibles. La bonne nouvelle, c’est qu’il pourra au moins retrouver la moitié de ses patients toujours orphelins, qu’il avait dû abandonner en devenant ministre, après avoir touché une généreuse prime pour les prendre en charge lorsqu’il était dans l’opposition.

Croyez-vous qu’un ministre qui démissionne devrait recevoir une indemnité de départ ?