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Calmer le jeu

Il n’est jamais drôle de se faire traiter de paresseux, mais c’est encore moins drôle quand c’est sur la base de chiffres douteux

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Rien n’est tout noir ou tout blanc dans cette volonté du gouvernement libéral d’imposer aux médecins généralistes un nombre minimal de patients à voir sous peine de sanctions financières.

Je comprends un peu Gaétan Barrette d’être à bout de patience. Bon, il est vrai qu’il n’en a pas beaucoup en partant. Mais le problème est réel et massif.

Le Québec compte plus de médecins généralistes que l’Ontario en proportion de sa population. Pourtant, l’accès à un médecin de famille y est plus difficile.

Ni les hausses de salaire consenties sans contrepartie de rendement accru ni les petits ajustements ici et là n’ont donné quoi que ce soit.

Tensions

D’un autre côté, mettez-vous à la place des omnipraticiens.

D’abord, le ministre Barrette leur dit carrément qu’ils ne travaillent pas assez. Vous connaissez une personne qui aime se faire dire, plus ou moins subtilement, qu’elle est paresseuse?

Ensuite, Gaétan Barrette dit viser une moyenne de prise en charge de 20 patients par jour, 5 jours par semaine, 200 jours par année. Mais quand on lui demande comment se fera la pondération entre les cas lourds et les cas moins lourds, il répond que cette pondération sera explicitée dans un règlement à venir que personne n’a vu.

Les médecins n’ont pas tort de dire qu’on leur demande de signer un chèque en blanc.

À vrai dire, plus on creuse, plus on découvre que les causes du problème sont diverses: les obligations imposées aux médecins d’être à l’hôpital plutôt qu’en clinique, le paiement à l’acte, deux fois plus répandu au Québec qu’en Ontario, la féminisation de la profession, plus forte ici aussi, les hausses de salaire accordées, qui donnent l’option de faire moins d’heures, etc.

Mais la pire pierre d’achoppement est ailleurs. Il n’est jamais drôle de se faire traiter de paresseux, mais c’est encore moins drôle quand c’est sur la base de chiffres douteux.

Le président de l’Association des jeunes médecins a fait forte impression en accusant carrément le ministre Barrette de présenter un portrait délibérément trompeur de la réalité.

Quand l’intégrité personnelle de votre vis-à-vis est mise en doute, le moins qu’on puisse dire est que cela ne facilite pas le rapprochement.

Négocier

Il serait parfaitement impensable que le bâillon soit utilisé pour imposer quelque chose d’aussi fondamental que l’encadrement punitif de toute une profession.

La commission parlementaire vient à peine de commencer, mais il faudra bien jeter du lest de part et d’autre.

Par le passé, ce genre de situation s’est souvent réglé par une intervention personnelle du premier ministre, faite discrètement pour que personne ne perde la face.

On n’y est pas encore, mais ce serait un dénouement qui n’aurait rien d’étonnant. C’est peut-être même le seul possible.

Que pensez-vous de l’attitude de Barrette face aux médecins ?