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Tirer ou ne pas tirer, telle est la question !

Police de Longueuil
© Courtoisie / SPAL

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Tirer ou ne pas tirer ?

Telle est la question, encore une fois. C’est survenu la nuit dernière, aux petites heures du matin, sur le territoire desservi par le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL). Les patrouilleurs ont pris en chasse un véhicule qui aurait un lien dans un dossier de vol qualifié survenu plus tôt à Brossard.

L’homme tente de fuir. Il va s’enliser au cours de la poursuite. Puis, encore une fois, tout semble se dérouler rapidement. Il serait sorti de son véhicule, un couteau à la main. Et selon l’expression maintes fois utilisée, il aurait foncé sur les policiers. Des coups de feu ont retentit et la menace qu’il posait a été neutralisée. Fin de l’histoire.

Vraiment la fin ? Pas vraiment parce que c’est à ce moment que le débat reprend de plus belle. Il y a une enquête indépendante, une autre où plusieurs voix viendront dire qu’il n’y a rien d’indépendant dans le processus. La police n’est pas neutre quand il s’agit d’enquêter les agissements d’autres policiers. La preuve étant qu’il n’y a pas d’accusations portées contre les flics.

Il y en aura certainement qui viendront dire combien le suspect est un gentil garçon. Il n’aurait jamais fait de mal à une mouche. Il se rendait quand les policiers ont tiré. Ce à quoi la sempiternelle question de savoir s’ils ont visé les jambes s’ajoutera. Et le poivre de cayenne, le bâton télescopique, le Taser et tutti quanti tant qu’à y être. Après tout, il n’avait qu’un couteau.

Et s’il s’agissait d’un criminel avec un lourd dossier, qui a vraiment voulu s’en prendre aux policiers sur place, serait-il toujours aussi bon garçon ? Il est toujours plus facile de douter de la bonne foi des gens en uniforme que des intentions de celui qui à un couteau à la main.

Il y avait une caméra sur le tableau de bord du véhicule de police ? Les agents portaient chacun une caméra personnelle ? Même si c’était le cas, ces images pourraient être interprétées, on l’a vu à Los Angeles en fin de semaine. Rien n’est jamais clair, rien n’est jamais net dans ce genre de situation.

Suicide par policier interposé ?

C’est une autre possibilité à laquelle les enquêteurs de la Sûreté du Québec seront confrontés ici. Le phénomène est connu et identifié comme tel depuis des décennies. Le « suicide by cop » aurait été cité dans les médias depuis le milieu des années 80. Pris de tous les côtés, le suspect ne veut ou ne peut mettre fin à ses jours et provoque une issue souvent fatale pour lui-même. Est-ce le cas ici ? C’est possible que des caméras de surveillance sur les édifices autour le démontrent. Ces caméras pourraient aussi démontrer autre chose. On l’a déjà vu à Trois-Rivières il y a quelques années.

Le Bureau des enquêtes indépendantes

Il faut juste éviter de conclure trop rapidement. L’enquête sera faite avec rigueur, je le sais pour en avoir vécu plusieurs de près durant ma carrière. Je ne connais pas de policier prêt à mettre sa carrière et sa réputation en jeu pour en protéger un autre dans le cadre d’une enquête indépendante, ne vous en déplaise.

Le Bureau des enquêtes indépendantes, le BEI mènera sous peu ces investigations. Elles seront aussi réalisées sous la loupe publique, comme celle-ci. Il y aura plus d’accusations à l’égard des policiers ? Je n’ai pas cette impression, je ne m’en cache pas. Ces enquêtes à venir, parce qu’il y en aura d’autres, deviendront l’exclusivité des membres de l’équipe de la Directrice de ce Bureau, Me Madeleine Giauque.

Ils enquêteront de la même façon et avec les mêmes moyens dont disposent les policiers maintenant. Ils soumettront leurs rapports au même Directeur des poursuites criminelles et pénales DPCP qui les reçoit aujourd’hui. Les décisions seront différentes de ce qu’on voit dans la plupart des cas ?

Il y a aujourd’hui une façon de changer la perception de l’automatique bavure policière. Il doit y avoir plus de communications publiques quand les décisions seront rendues par le DPCP. Je m’attends à ce que la vérité crue soit exposée. Que les motifs au soutien de la décision d’accuser ou non soient connus de tous. On acceptera peut être à ce moment qu’il est possible que la seule solution face à une personne avec un couteau est de tirer, ou non...