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Les réseaux sociaux ne sont pas votre salon

Les réseaux sociaux ne sont pas votre salon
Illustration Christine Lemus

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J’aime les réseaux sociaux et le web en général pour les mêmes raisons que tout le monde. La liberté d’écrire ce qu’on veut, quand on veut et surtout de lire et regarder ce dont on a envie, précisément, au moment choisi.

Le sentiment d’accessibilité, de spontanéité avec les autres. Le goût de commenter, de partager. Faire rire. S’obstiner. S’enrager. S’indigner. S’emporter. Mais rappelez-vous donc que...

Vous n’êtes pas dans votre salon.

Je n’en peux plus de lire des atrocités, des messages haineux, des commentaires violents et cruels sous les articles de journaux. Misogynes, racistes, intolérants, haineux. On nage en plein délire d’attaques personnelles, où on débat comme si «l’autre» avait commis un crime à notre égard.

Je sais que ce phénomène existe depuis belle lurette, mais je commence à voir que les gens en ont ras le pompon du fait que beaucoup de gens utilisent ce merveilleux mode de communication pour déverser des propos (et croyez-moi, j’ai une panoplie d’exemples pertinents dans mes archives) d’une horreur sans nom, sans aucune conséquence.

Eh bien voilà. Je suis d’accord pour qu’on puisse dire ce qu’on veut. Mais faudrait bien qu’on se rappelle l’importance de nos gestes. Ça nous concerne tous, même moi.

Tout ça nous ramène à une chose importante trop souvent oubliée dans notre société: «la responsabilité».

Responsable

Vous êtes responsable de ce que vous dites, des mots que vous employez, de l’intention que vous avez eue en déversant votre fiel ou votre humour noir sur une personne ou un événement. Vous devez l’assumer.

Sur le web, on est ensemble.

J’écorche au passage autant l’élitiste, le snob qui écorchera au passage un artiste populaire ou une manière de faire, que monsieur ou madame Tout-le-monde qui va échapper une monstruosité sur une personne publique.

On est tous devant le même problème. On a beau s’entourer, dans la vie, de gens qui nous rassurent sur notre manière de penser et partager avec eux les mêmes jugements, quand on échange sur les réseaux sociaux, les opinions s’entrechoquent. Un exemple? C’est aussi con pour moi de dire que l’actrice Patricia Arquette (Boyhood) a profité des Oscars pour lancer un message féministe et qu’elle l’a fait par opportunisme, parce que c’est bien vu, que pour l’imbécile qui l’a traitée de frustrée, de féministe mal baisée.

On oublie qu’on est ensemble. On oublie la portée de nos mots.

L’autre côté de la médaille

Le côté positif de tout ça, c’est qu’au moins on parle. On débat. De toute ma vie, je n’ai jamais autant entendu parler de féminisme. De lutte contre le racisme. D’inégalités sociales. De lutte des classes. Et c’est bien grâce à INTERNET!

Nous ne sommes plus dans notre salon. Désolée. Oui, je défends la liberté d’expression et je ne suis pas une grande fan du politiquement correct, mais ce que je vois, c’est qu’on a perdu le sens des responsabilités, et qu’on garde en nous une violence inimaginable.

À voir les commentaires sous les articles de tous les chroniqueurs que je connais, sous les nouvelles qui circulent sur Facebook, les attaques en privé ou en public, on permet à la haine de se propager et j’ai toujours fermé les yeux sur elle, préférant l’ignorer. Mais je sens qu’on s’en va vers autre chose. Un besoin collectif de nommer l’inacceptable. Et qu’un propos violent, raciste ou sexiste, même s’il est propagé sur la plateforme la plus libre et la moins réglementée qui soit, devrait tout de même être dénoncé.

C’est facile de déterminer ce qui se dit ou ce qui ne se dit pas.

La ligne n’est pas si mince. Ça ne demande pas tant de nuances et de débats, faire la différence entre un commentaire dur, une remarque sévère, une blague hardcore ou un commentaire violent.

Regardez-vous dans le miroir et demandez-vous si vous pourriez dire tout haut, en personne, ce que vous écrivez si violemment à toute la planète, bien installé devant votre clavier.