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Une tour de 65 étages pour laisser sa marque

Michel Dallaire, un homme d’affaires d’ici, à la tête d’un empire immobilier qui s’étend d’un océan à l’autre

Michel Dallaire, président de Groupe Dallaire et de Cominar, veut laisser sa marque au Québec.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés Michel Dallaire, président de Groupe Dallaire et de Cominar, veut laisser sa marque au Québec.

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À la tête d’un empire immobilier s’étendant d’un océan à l’autre, Michel Dallaire, président de Groupe Dallaire et de Cominar, veut laisser sa marque au Québec avec le projet Le Phare, qui sera le plus haut gratte-ciel canadien à l’est de Toronto.

Son projet de construire à Québec une tour à vocation mixte de 65 étages, d’une hauteur de 250 mètres, suscite de nombreuses réactions, tant du côté de la métropole que de la capitale nationale.

Le projet Le Phare
Michel Dallaire, président de Groupe Dallaire et de Cominar, veut laisser sa marque au Québec.
Photo courtoisie

D’un calme olympien, Michel Dallaire, fils aîné d’une famille de bâtisseurs, est sur la sellette comme jamais depuis l’annonce de ce projet. Bien au fait de tout ce qui a été écrit sur le sujet, il ne se laisse pas démonter par les critiques. Celui qui a dirigé des acquisitions d’immeubles pour plus de deux milliards de dollars en 2014, avec l’achat des actifs d’Ivanhoé Cambridge entre autres, pour le compte de Cominar, dort sur ses deux oreilles.

Motivé par le désir de laisser un legs à la région qui l’a vu grandir et en laquelle il croit plus que tout, il garde le cap sur Le Phare.

Dans une entrevue accordée au Journal, M. Dallaire aborde différents sujets qui permettent de découvrir des facettes méconnues du personnage, habituellement plutôt discret sur sa vie privée.

 

Avec les acquisitions que vous avez faites, Cominar est présent d’un bout à l’autre du pays. Vous pourriez déménager votre siège social où vous voulez. Pourquoi rester à Québec?

Je suis de Québec. J’aime la ville. J’ai grandi sur la rue des Cent-Associés, à Beauport. La première fois que j’ai voulu faire l’acquisition des propriétés Alexis Nihon à Montréal, en 2007, la transaction a avorté sur cette question. Jusqu’à la dernière minute, M. Massicotte (Paul J.) espérait que je déménage mon siège social à Montréal. Je n’ai jamais voulu. J’ai perdu la transaction à cause de ça. Dans la vie, il faut être patient. La transaction est revenue un an plus tard. L’immobilier, c’est une vocation à long terme.

Comment faites-vous pour rester aussi calme et aussi patient? Pratiquez-vous un sport?

C’est dans ma nature. Quand je me couche le soir, je dors! Si je virais en rond et que je stressais, ça voudrait dire que je ne suis pas dans le bon métier. J’ai comme principe qu’il y a juste des solutions dans la vie. Il suffit de les trouver. Pour évacuer la pression, je fais du ski, de la bosse et du sous-bois. J’ai un chalet au mont Sainte-Anne. Quand je skie, je n’ai pas le choix d’être dans ma bulle, car sinon les arbres arrivent vite! Si je reste à la maison, je vais juste travailler. Je me connais.

En public, vous ne manquez jamais une occasion de rendre hommage à votre père, Jules Dallaire. Quelle influence a-t-il eue sur vous?

J’ai tout appris de lui. J’ai eu la chance incroyable de travailler à ses côtés et de passer mes journées entières à apprendre de lui. Jules a toujours été un bon professeur. Il n’a jamais décidé pour nous. Par contre, il était disponible pour nous conseiller en cas de besoin. Très jeune, j’ai été confronté à des dossiers importants, où j’ai appris à faire ma place, pas parce que je m’appelle Dallaire. En même temps, il a toujours été très reconnaissant à la vie. Ce sont des valeurs qui nous ont été transmises.

 

Michel Dallaire, président de Groupe Dallaire et de Cominar, veut laisser sa marque au Québec.
Photo Didier Debusschère

Est-ce que vous auriez aimé faire une carrière politique?

Pas du tout! Les dernières semaines m’ont confirmé que ce n’est pas fait pour moi. Quand je regarde les politiciens, je me dis qu’ils doivent être faits fort. Les gens sont méchants entre eux. On ne fait pas ça entre hommes d’affaires. On se respecte. Les critiques du projet Le Phare ne sont pas faciles. Moi, ça ne me dérange pas. Je passe par-dessus, mais vous n’avez pas idée comment ça affecte mon épouse et mes enfants. Les seuls moments où ça m’affecte, c’est quand ça affecte ma famille. Les politiciens doivent vivre ça tous les jours. Ce n’est pas vivable.

Vous avez lu tout ce qui s’est écrit sur Le Phare jusqu’à présent. Est-ce que vous vous attendiez à autant de réactions?

Pour moi, Québec est une grande ville, une ville prospère. Pourquoi ne serions-nous pas capables d’avoir une ville à l’image des autres grandes villes canadiennes? Je crois beaucoup à la densification et à la mixité. Ce sont des concepts de base en développement durable. Ça n’a pas de bon sens, ce que j’entends. Il faut avoir de la vision. Il faut voir Québec dans 15 ou 20 ans. On est à l’étape de la modélisation. Les plans de construction ne sont pas faits. On ne dépensera pas des millions dans une place publique inutilisable. C’est sûr qu’on est conscients qu’il faut gérer les vents. On connaît tout ça. On n’est pas nés d’hier.

La philosophie de Pierre Péladeau était: «You miss a deal, you get a deal.» Quelle est votre philosophie à vous? Comment vous sentez-vous lorsque vous perdez une offre d’achat?

Je me dis que la mère des opportunités n’est pas morte. Il y en aura toujours. Il faut les identifier et les saisir. Ça prend de l’audace et de la vision. Quand tu as réfléchi à une transaction — et Dieu sait que j’en ai fait des grosses — et que la décision est prise: Go! Il faut y aller. Même s’il peut subsister quelques picotements dans l’estomac. Quand on perd une transaction, on tourne la page et on passe à autre chose.

Vous aidez les Sœurs de la charité de Québec dans la poursuite de leurs œuvres. Est-ce que la religion occupe une place dans votre vie?

Je suis très croyant. Ça ne veut pas dire que je vais à l’église tous les dimanches. J’ai accepté de prendre la coprésidence de la campagne de financement de 15 M$ du diocèse de Québec parce que j’y crois. On peut dire ce qu’on veut, mais l’Église et les communautés religieuses ont bâti le Québec.

Depuis quelques années, vous vous engagez dans le Défi tête rasée de Leucan. Vous avez même passé sous le rasoir. Pourquoi avez-vous choisi cette cause?

Quand on va faire un tour au CHUL et qu’on rencontre des enfants qui luttent pour leur vie, on ne peut pas ne pas vouloir les aider. Mon père est décédé d’un cancer, et j’ai accompagné mon beau-père l’automne dernier pendant les derniers jours de sa vie, emporté lui aussi par un cancer. Il est décédé chez moi. Quand tu as connu ça et que tu regardes les enfants qui luttent pour leur vie, ça vient te chercher de façon incroyable.

En terminant, quels sont les trois objets que vous apporteriez sur une île déserte?

Oh, boy! En fait, ce n’est pas un objet. C’est ma conjointe, Sylvie, avec qui je suis marié depuis 33 ans. Ça va faire 38 ans qu’on est ensemble. Je l’ai connue quand j’avais 15 ans. Je n’ai pas besoin de plus que ça.