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Le général et le particulier

Le roman sans aventure<br />
<b>Isabelle Daunais</b>
Photo Courtoisie Le roman sans aventure
Isabelle Daunais

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Saine et intéressante discussion sur les réseaux sociaux entre romanciers et poètes, à propos de l’essai d’Isabelle Daunais, Le roman sans aventure, dont je vous parlais dans ma dernière chronique.

Sur cette idée de Daunais que le roman québécois (d’avant 1980, il faut le préciser) ne réussissait pas en général à rejoindre le public lecteur hors Québec, les auteurs d’ici, il fallait s’y attendre, n’applaudissent pas à deux mains. Mais quand de formidables auteurs comme Élise Turcotte et Patrick Sénécal (entre autres!) discutent sur ma page Facebook, ça vaut la peine d’écouter. Et bien des noms sont évoqués qui contredisent Daunais, de Perrine Leblanc (L’homme blanc) à Dominique Fortier (Du bon usage des étoiles) à Nicolas Dickner (Nikolski). Ça met un peu d’eau-de-vie dans le vin légèrement bouchonné de Daunais.

Plusieurs auteurs cependant se moquent gentiment de ce que Daunais appelle «Le grand contexte», et affirment que les auteurs québécois sont étudiés dans les universités du monde entier. Kin toé.

Désolé, mais être étudié dans les universités n’est pas la même chose que d’être lu. On étudie de tout, dans les universités, et surtout ce qui est rare. Et une poignée de spécialistes de la littérature québécoise ne fait pas un lectorat mondial.

Tutoyer les géants

Ce que j’affirme, moi, c’est qu’il faut un front de bœuf pour écrire un livre, et que les meilleurs, ici comme ailleurs, ont du bœuf tout le tour de la tête. Ils n’écrivent pas pour eux-mêmes ni pour leur famille ni pour leur clan. Ils écrivent en s’adressant à Cervantes, à Tolstoï, à Zola, à Proust et Joyce, à Woolf et Nin et Yourcenar et Marquez et Kundera etc.

Ils ont l’ambition et la vitalité de dire qu’un livre de plus ne sert à rien, mais qu’un livre puissant est une formule magique pour transcender une époque.

Le voilà, le grand contexte: cette ambition littéraire.

Et nous apprenons, depuis 30 ans, au Québec, à tutoyer les géants, à ne pas «vivre pour un petit pain», à ne pas s’excuser d’exister. Mais il y a encore du chemin à faire.

Les états d’âme des marionnettes

C’est que la littérature québécoise, comme son cinéma d’ailleurs, se préoccupe en général plus du conflit intérieur que du conflit avec l’extérieur. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais l’en-soi, justement, a le défaut d’oublier que l’extérieur existe, et qu’il faut gagner sa vie, et que le monde est souvent injuste, et que les pouvoirs en place sont immenses qui nous manipulent en tirant les ficelles et souvent nous réduisent au statut de marionnettes.

Je veux bien que les marionnettes aient des états d’âme, mais à force de chercher en soi la solution à tous les problèmes (le psychologisme est une plaie sociale), on en arrive à une sorte de démission du monde qui est une acceptation passive de l’injustice.

C’est de cette maladie que souffre encore, parfois, pas partout, pas par tous, mais encore parfois, le roman québécois.

 
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