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L’enquête publique

Le rapport Coulombe 10 ans plus tard

Foresterie
Photo Courtoisie Mais peut-être sentaient-ils vaguement que quelque chose n’allait pas dans le bois, à voir défiler ces fardiers chargés d’arbres de plus en plus petits.

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Jamais nous ne nous attendions, Robert Monderie et moi, à ce que notre documentaire L’Erreur boréale (1999) produise un tel effet auprès du grand public. Nous ne nous doutions pas à quel point les Québécois sont attachés à leur forêt. Comme un arbre en guise de colonne vertébrale. Les vacances préférées des gens d’ici: une chaloupe, une canne à pêche, un petit feu le soir, une tite toune.

Mais peut-être sentaient-ils vaguement que quelque chose n’allait pas dans le bois, à voir défiler ces fardiers chargés d’arbres de plus en plus petits. À percevoir à travers la bande boisée de 20 mètres qui borde les routes d’immenses étendues de coupes à blanc. Peut-être avons-nous fait craquer une allumette dans un mélange de gaz d’appréhension déjà constitué dans l’imaginaire collectif.

Le gouvernement et l’industrie dénoncèrent violemment le film, nous accusant même de mentir. La pauvreté de cette réaction entraî­na la création de l’Action boréale, organisme qui regroupe aujourd’hui 2000 membres de partout au Québec, dévoués à l’implantation d’une foresterie raisonnée. En 2002, le bureau du Vérificateur général conforta nos inquiétudes quand il déclara: «Le ministère des Ressources naturelles n’est pas en mesure de déter­miner s’il y a sur-récolte du bois dans les forêts publiques.»

Nous n’étions plus seuls.

Quelques semaines avant les élections de 2003, je prenais tranquillement une bière à l’Hôtel Albert de Rouyn quand un petit groupe de quatre ou cinq hommes s’avança vers moi. Ils portaient tous un trench-coat descendant jusqu’aux genoux. Tiens... des politiciens! C’était Jean Charest et sa garde rapprochée, en pleine campagne électorale. Il prend la peine d’écouter ce que j’avais à dire quant à la nécessité de mettre sur pied une enquête publique sur la gestion de notre forêt.

«Si je suis élu, je la ferai. Qu’il me dit.»

Et il l’a faite. Sous la forme d’une commission d’étude présidée par Guy Coulombe, ex-grand commis de l’État. La commission conclut à une gestion calamiteuse de notre patrimoine forestier. Non seulement on coupait trop, mais on coupait mal. Et partout.

Le logiciel qui présidait à la distribution du bois aux usines n’était pas fiable. Le patron de la forestière Tembec, Frank Dottori, parlait même d’un régime d’open bar: «On nous accordait du bois qui n’existait même pas.»

Les travaux de sylviculture ne remplaçaient pas la récolte annuelle. Les forêts du sud étaient en perdition, tellement écrémées que les ébénistes s’approvisionnaient désormais aux États-Unis.

Parmi les 150 recommandations du rapport, on proposa de réduire la possibilité de coupe de 20% (ce qui fut fait) et de protéger 12% de chacune des 11 grandes provinces écologiques du Québec (ce qui n’est pas encore fait).

Mais surtout, il recommanda au gouvernement d’approvisionner l’industrie non plus en fonction de la grosseur des usines, mais en fonction de ce que la nature peut offrir. Une gestion écosystémique, en somme. Toute la classe politique et l’industrie sont tombées su’l cul. Une gestion quoi?

• Deuxième texte d'une série de sept de monsieur Richard Desjardins qui seront publiés tout au long de la semaine

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