/news/politics
Navigation

Jean Tremblay part en guerre contre Greenpeace et les intellectuels de ce monde

Coup d'oeil sur cet article

Le maire de Saguenay Jean Tremblay invite les «fantômes» de Greenpeace à quitter le Québec, estimant que ceux-ci exercent une forme de «terrorisme» en imposant leurs propres règles qui nuisent aux projets porteurs d’emplois pour la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.


«C’est rendu que c’est Greenpeace qui mène le bal et qui établit les règles. C’est du terrorisme ça! Pas dans le sens violent, mais dans le sens qu’une personne arrive ici, établit des règles, et nous dit si tu ne fais pas ça comme ça, voici ce qui va arriver. [...] C’est de l’intimidation», a soutenu au Journal le premier magistrat de Saguenay, quelques heures après que son administration eut publié une vidéo sur le site web de la ville dans laquelle le maire appelle les syndicats et les travailleurs à se mobiliser pour dénoncer Greenpeace et «les intellectuels de ce monde» qui, selon lui, menacent des emplois et nuisent au développement économique de la région.

L’intervention de Jean Tremblay survient alors que la direction de Produits forestiers Résolu (PFR) se dit «incertaine» quant à l’avenir de ses trois usines à papier de la région, en pointant directement du doigt Greenpeace. C’est que l’organisme fait pression sur les clients de PFR pour qu’ils cessent de s’y approvisionner, parce que la multinationale a perdu la certification environnementale FSC.

«Il faut que ça arrête, c’est eux autres qui «runnent», poursuit M. Tremblay. On sait très bien que notre environnement c’est important, et on va bâtir nos usines en fonction des règles démocratiques du ministère de l’Environnement. C’est pas les affaires à Greenpeace», affirme celui qui craint que l’organisme freine des projets d’importance pour la région, comme celui d’un terminal d’exportation de gaz naturel liquéfié sur le site de Grande-Anse et la mine d’apatite d’Arianne Phosphate au Lac à Paul.

Le maire se trompe de cible

Greenpeace rétorque que Jean Tremblay mélange carrément les choses. «Il a clairement une incompréhension de ce que sont les marchés internationaux et de comment les normes fonctionnent», indique Nicolas Mainville, porte-parole de Greenpeace, rappelant que la norme FSC est une certification indépendante qui n’est pas administrée par Greenpeace.

«De parler d’une forme de terrorisme, c’est inapproprié, on fait justement partie de la solution, affirme M. Mainville. On appelle M. Tremblay à se mobiliser pour faire pression sur Résolu pour qu’elle récupère la certification, qui est prisée par plus de 1 800 entreprises dans le monde. La direction menace de fermeture, continue de faire du chantage, alors que tout le monde sait  que la solution n’est pas de blâmer Greenpeace, mais de récupérer la certification», avance le porte-parole.

La CSN passe son tour

À la CSN, on n’entend pas répondre à l’appel lancé par Jean Tremblay. Selon le président de la Fédération de l’industrie manufacturière de la CSN, Alain Lampron, qui représente une partie des travailleurs des usines Résolu d’Alma et de Kénogami, il est impératif que tous les acteurs concernés mettent plutôt l’épaule à la roue pour que PFR aient à nouveau la certification. Cibler Greenpeace n’est donc pas la solution, selon lui.

«C’est de simplifier beaucoup les choses, avance-t-il. Ce n’est pas Greenpeace qui a inventé la norme FSC. Elle est de plus en plus répandue depuis 20 ans et si on ne l’a pas, il y a plusieurs clients avec lesquels on ne pourra faire affaire. C’est important qu’on travaille ensemble pour la ravoir, c’est de nos jobs dont il est question», insiste-t-il.


Citations du maire Tremblay

«Je ne connais pas une seule personne de Greenpeace, c’est des fantômes qui ont un budget de 300 millions $ et qui ont la vérité, qui sont plus intelligents que tout le monde. Pendant ce temps-là, nos travailleurs perdent leur emploi et il y a des gros projets qui s’en viennent. Mais c’est Greenpeace qui va décider, c’est ça la démocratie? Je suis tanné que ces fantômes-là imposent leurs règles et fassent trembler toutes les industries.»

«S’ils veulent, qu’ils retournent à Amsterdam à leur siège social, on n’en veut pas. Qu’ils laissent faire le Québec, s’il y a une place où on ne pollue pas, c’est au Québec.»

«Je lance un appel aujourd’hui aux syndicats et à nos travailleurs pour qu’on se mobilise, parce que si ça continue comme ça, ils n'auront plus d’emplois, nos travailleurs. On n’est plus capable de développer des projets.»

«On a une forêt extraordinaire, mais les gens de Greenpeace avec leurs certifications, puis leurs grandes règles, ils sont plus intelligents que nos gouvernements qui établissent des règles et qui sont élus démocratiquement.»

«On s’en vient avec des beaux projets à Saguenay; la liquéfaction du gaz naturel, Arianne Phosphate, BlackRock... Ils vont tout nous bloquer, je vous le dis. On n’aura plus d’emplois dans la région. Ces gens-là sont en train de nous mener par le bout du nez. Alors je vous demande, les syndicats, les travailleurs... Mobilisons-nous contre Greenpeace et les intellectuels de ce monde.»

«Greenpeace, inquiétez-vous pas, ils vont continuer de se promener en bateau un peu partout, mais qu’ils nous laissent la paix au Québec. On sait très bien ce que c’est l’environnement, et on a un très grand respect pour la nature. Mais on veut aussi se développer et on veut que nos travailleurs aient de l’emploi.»


La vidéo de Jean Tremblay a certes provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. La majorité des commentaires qui ont déferlé sur Twitter dénonçaient les propos du premier magistrat de Saguenay. Les humoristes ont été nombreux à le faire.