/misc
Navigation

On se serait attendu

Le rapport Coulombe 10 ans plus tard

Coup d'oeil sur cet article

Ce rapport Coulombe (2004) était riche de contenu. Il y avait dans cette équipe, entre autres, un ingénieur forestier, un informaticien de la forêt, un biologiste, un sociologue. Ils ont rapidement cerné les problèmes pressants et proposé des solutions parfois radicales, mais néanmoins réalisables. Confronté à la rigueur de l’analyse, le gouvernement n’a pas eu d’autre choix que de l’accepter, du moins en paroles.

C’est sûr qu’il en faut du temps pour passer d’une foresterie qui conçoit le territoire comme un simple réservoir de mètres cubes de bois, à une foresterie qui priorise le maintien de la biodiversité et conditionne la récolte des ressources. Il en faut du temps aussi pour éduquer l’industrie à ce changement de perspective.

«C’est comme un paquebot qui doit virer de cap, ça s’fait pas d’un coup sec», disait-on à l’époque. Sauf que 10 ans plus tard, on a l’impression que le bateau est encore attaché au quai.

À tout le moins, on se serait attendu à ce que cessent le plus rapidement possible les pratiques forestières grossières et dommageables. Comme l’abattage à la machinerie lourde sur les sols fragiles du Nord. Comme la pratique des éclaircies dites «commerciales», qui consiste à couper tout ce qu’il y a autour d’un arbre qu’on aura privilégié, un résineux de préférence. À terre les cèdres, les bouleaux, les nids d’oiseaux, la biodiversité quoi! Cette pratique qui nous a déjà coûté des milliards a été jugée inefficace par la Commission. Ça fait de plus gros arbres, certes, mais sur un hectare de sol forestier, ça ne donne pas plus de bois.

Étant donné qu’on veut favoriser le maintien de la biodiversité, ça n’aurait pas été compliqué de fermer les chemins forestiers une fois la récolte empilée dans la cour de l’usine. Le fractionnement du territoire par les trails de skidoo et de VTT est devenu important. La faune se retrouve perturbée par tous ces courageux prédateurs à deux pattes qui prennent nos forêts pour des théâtres de guerre faunique. Tout en prenant bien soin d’être les seuls à détenir des carabines parmi les ours et les orignaux...

La révélation la plus inattendue, peut-être, du rapport Coulombe portait sur l’état de décrépitude de nos forêts du Sud. La soi-disant coupe «sélective» qu’on y exerçait s’est toujours résumée en fait à sélectionner les plus beaux arbres de sorte que nos ébénistes s’approvisionnent aux États-Unis depuis belle lurette.

On se serait attendu à ce que le gouvernement retire aux compagnies le droit de désigner elles-mêmes quels arbres peuvent être abattus (le martelage). Et aussi qu’il les remplace en plantant des essences appartenant au territoire au lieu de «sapiniser» et d’«épinettiser» tout le Sud sous prétexte que ça coûte moins cher et que ça demande moins de soin.

Et justement, ces ébénistes, luthiers et artisans, véritables multiplicateurs de valeur ajoutée, ne devraient-ils pas bénéficier d’une préséance quand vient le temps d’octroyer le bois disponible? Actuellement les rois du bas de gamme –madrier, plywood et carton – ramassent tous les volumes récoltables et laissent même souvent pourrir par terre les essences non désirables – de leur point de vue – qui se dressent sur le chemin des abatteuses. Comme l’érable piqué du Témiscamingue avec lequel on peut façonner de belles et bonnes guitares.

Mais en tout premier lieu, on se serait attendu à ce que le Québec conçoive un plan général de foresterie aux larges horizons, incluant les générations à venir, et répondant à ces deux questions: Que doit-on leur laisser en termes de ressources? Que pouvons-nous leur emprunter aujourd’hui?

Ce respect envers les autres aurait pu se concrétiser par des accords décents – semblable à l’Entente de la Baie-James – avec les Premières Nations algonquine, atikamekw, innue, qui encore aujourd’hui, n’ont pas d’autre droit que celui d’être consultées. C’est-à-dire rien.


• Ceci est le troisième texte d'une série de sept de Richard Desjardins qui seront publiés tout au long de la semaine

*****

Vous désirez réagir à cette chronique dans nos pages Opinions? Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante: jdm-opinions@quebecormedia.com .