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Les bonnes intentions : des oui, des mais

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Il m’est arrivé une fois de parler avec l’ancien premier ministre Parizeau. Je lui demande s’il trouve normal qu’année après année les redevances forestières que le Trésor public encaisse de la part de l’industrie ne suffisent jamais à compenser pour les travaux de sylviculture que nous assumons. Il me répond:

Non, ce n’est pas normal. La forêt est toujours gérée selon un modèle colonialiste. Lévesque aurait voulu changer tout ça dans les années 60, mais il en avait plein les bras avec la nationalisation de l’électricité. Et rien n’a été fait. Hélas!

La moindre trace de profit aboutira dans les poches des actionnaires

Modèle colonialiste. Cela signifie que cette industrie applique une pression impitoyable et constante sur l’État pour obtenir la ressource naturelle avec le moins de contraintes possible. Soyez assurés que si les forestières pouvaient tout récolter avec une seule machine, elles le feraient.

Ce modèle induit également que nous payons entièrement les réparations. Sur la période s’étalant de 2011 à 2017, il nous aura coûté collectivement plus d’un milliard et demi de dollars pour prendre soin de notre forêt même en tenant compte des redevances perçues auprès des forestières. Alors que la moindre trace de profit aboutira dans les poches des actionnaires.

Le maintien de cette économie négative, humiliante, ne peut s’expliquer que par la volonté politique de subventionner des jobs en région, là où les élections provinciales se jouent depuis toujours.

Pourquoi alors ne pas suspendre cette industrie et utiliser ce milliard et demi pour recycler les jobs vers la reconstruction de notre forêt? Elle a besoin d’un long repos. Si cette dernière proposition peut sembler irréaliste à court terme, du moins a-t-elle le mérite de nous éloigner de l’aberration permanente.

Malgré tout, il convient de reconnaître les efforts du gouvernement pour comprendre le rapport Coulombe. Il a même tenté d’appliquer certaines de ses recommandations.

Tout d’abord, on a changé le logiciel Sylva inventoriant les arbres, mais ne pouvant préciser où ils étaient. Le nouveau, du nom de Woodstock –rappelant quelque chose de trippant – est plus efficace à cet égard, semble-t-il.

On a nommé un forestier en chef qui détermine pour chaque région les volumes de bois disponibles à récolter, mais comme son bureau ne sait pas ce que le Québec veut faire de son territoire à long terme, les résultats de ses travaux demeurent aléatoires et alimentent de la chicane un peu partout.

La planification forestière, contrôlée par l’industrie, est revenue aux mains de l’État. C’est bien normal, la ressource étant de nature publique. Mais faute de savoir-faire, on appelle à la rescousse des experts venant du privé, compétents dans l’extraction du bois, certes, mais ignorant tout d’une gestion écosystémique. Mot encombrant, pour eux. Une sorte de privatisation insidieuse du ministère.

On a annoncé que beaucoup de la responsabilité forestière serait dévolue aux régions et prise en charge par les Conférences régionales des élus (CRE), ces clubs de maires de la place, implantés à travers le Québec, grassement subventionnés, qui nomment leur chef sans que la population locale ait son mot à dire. La CRE d’Abitibi-Témiscamingue s’était officiellement engagée auprès du gouvernement à tenir des consultations publiques concernant le choix de territoires à préserver. Or, notre «chef» à nous, Jean-Maurice Matte, maire de Senneterre, a décidé, sans même consulter ses collègues, d’annuler ces consultations!

Nous nous réjouissons que le gouvernement veuille abolir ces instances antidémocratiques que sont les CRE, mais qui va se tenir maintenant responsable de la gestion de notre forêt régionale? L’Action boréale? On n’en demande pas tant!

Aussi, il faut saluer la décision du gouvernement de ne plus garantir, année après année, la totalité du bois disponible aux seules mêmes compagnies forestières. Désormais, 30 % de la ressource est mise à l’enchère. Pour le moment, ce sont – à peu de chose près – ces mêmes entreprises qui «bident». On aurait pu en profiter pour octroyer ce bois en priorité à ceux qui le transforment au-delà du madrier et du papier.


• Ceci est le cinquième texte d'une série de sept de Richard Desjardins qui seront publiés tout au long de la semaine


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