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La belle loi

Le rapport Coulombe dix ans plus tard

Foresterie

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Notre ministre Laurent Lessard, responsable des forêts, résumait, il n’y a pas longtemps, l’essentiel de ses préoccupations: «Nous sommes tributaires de ce qui se passe aux États-Unis.» Cela veut dire que lorsque la construction va bien là-bas, on fait rouler les usines. Lorsque ça ne va pas, on les ferme. Voilà où nous en sommes rendus après 150 ans de foresterie: une cour à bois américaine.

Et de plus en plus exigeante, par-dessus le marché. En effet, nos clients industriels américains, comme Home Depot, réclament que leur approvisionnement provienne de forêts bien gérées. Comme on dit, «certifiées». Le mot embête tout le monde, car si les critères exigés pour obtenir la certification étaient appliqués intégralement sur le terrain, il n’y aurait plus de foresterie dans ce pays. Comme d’habitude, on a fait appel à des lexicologues pour travestir la réalité. Parce que, franchement, sur le terrain, on ne voit pas de grande différence entre une coupe «certifiée» ou non. Ça demeure toujours une forme de saccage. La petite harde de caribous forestiers de Val-d’Or va s’éteindre dans une forêt «certifiée».

Mais l’annonce la plus porteuse de sens fut sans doute l’adoption de la Loi sur l’aménagement durable des forêts (2010) pilotée par le regretté ministre Claude Béchard. La loi vise à assurer le maintien de la biodiversité et la viabilité des écosystèmes en diminuant les écarts entre la forêt aménagée (comprendre «bûchée») et la forêt naturelle. C’est une belle phrase, ambitieuse, et qui engage beaucoup.

Comme il n’y a pas deux forêts pareilles, on peut s’imaginer qu’on va constituer des équipes d’écoforestiers, les outiller comme il faut, ne serait-ce que pour dresser l’inventaire de ce qu’il y a dans ces forêts.

Dans cette loi, les beaux principes y sont déclinés dans une impressionnante nomenclature d’objectifs, mais on attend depuis cinq ans les règlements visant à codifier le comportement des indus­triels en forêt. Comme un beau dentier étincelant mais dépour­vu de dents. Pour le moment, cette Loi sur l’aménagement durable demeure l’expression d’un grand désir de plaire et de faire rêver. Ce n’est pas à dédaigner par les temps qui courent, me direz-vous, mais cette loi s’incarnera-t-elle sur le terrain avant la fin du monde?

Rien n’est moins sûr. Ce même gouvernement qui s’engage à opérer un virage écosystémique majeur dans ses forêts vient d’effectuer un «massacre à la tronçonneuse» dans deux program­mes majeurs de recherche, l’un en sciences forestières, l’autre en compréhension des écosystèmes forestiers. À ce petit drame s’ajoute son incompressible obsession, on dirait, à vouloir réduire à néant les postes de biologistes et ceux liés à la protection de la faune.

Nous entretenons quand même la moindre lueur d’espoir sitôt qu’elle se pointe. Le ministère responsable des ressources naturelles a bien tenté de convaincre l’industrie minière de reconsidérer son historique droit de veto sur des territoires où des projets autres que miniers s’avèrent hautement souhaitables. Comme la protection des sources municipales d’eau potable ou l’instauration d’aires protégées. En vain.

Ce qui intéresse cette industrie, entre autres, c’est que nous assumions collectivement le milliard de dollars que ça coûtera pour nettoyer ses propres sites contaminés! En signe de bonne volonté cependant, elle était prête à ouvrir ses livres de comptabilité, chose taboue depuis toujours. Le gouvernement Couillard a jugé que c’était trop de bonté. Nous paierons pour les dégâts miniers et l’industrie pourra continuer de manipuler ses chiffres en toute clandestinité légale.

Nous verrons demain comment l’Action boréale se bat pour protéger le plus beau joyau de l’Abitibi, Kanasuta, contre les pouvoirs conjugués des industries miniè­res et forestières... et contre l’impéritie du gouvernement.


• Ceci est le sixième texte d'une série de sept de Richard Desjardins qui seront publiés tout au long de la semaine

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