/world
Navigation

La mort mystérieuse qui ébranle l’Argentine

Le décès par balle du procureur qui voulait emprisonner la présidente soulève des questions

Coup d'oeil sur cet article

Un scandale impliquant la présidente de l’Argentine, un procureur mort d’une balle dans la tête, les services secrets argentins, le gouvernement iranien et un attentat antisémite non résolu ébranle l’Argen­tine depuis la mi-janvier. Voici un résumé de l’affaire en 14 étapes.

Un attentat dévastateur
1- Le 18 juillet 1994, un attentat à la voiture piégée est commis contre un centre communautaire juif, l’Association mutuelle israélite de Buenos Aires (AMIA), 85 personnes sont tuées et 300 personnes sont blessées. Les coupables n’ont jamais été inculpés.  

Extraditions refusées
2- En 2006, Alberto Nisman, le procureur qui enquêtait sur cette tragédie depuis 1997, a conclu que de hauts responsables iraniens ont commandé et financé l’attentat de l’AMIA. Il a déposé des accusations et Interpol a lancé des mandats d’arrêt internationaux l’année suivante. Les responsables iraniens ont toujours nié toute implication et les demandes d’extradition ont été refusées.

Un suicide déguisé ?
3- Le 18 janvier 2015, Alberto Nisman est retrouvé mort d’une balle dans la tête dans la salle de bains de son appartement de Buenos Aires. Un pistolet de calibre .22 est retrouvé à ses côtés. La porte de l’appartement n’a pas été forcée et aucune note de suicide n’a été retrouvée. Il avait 51 ans.

Mandat d’arrêt à la poubelle
4- Le lendemain de sa mort, Alberto Nisman devait présenter devant une commission parlementaire les résultats de son enquête, un document de 300 pages qui inculpait, entre autres, la présidente du pays, Cristina Kirchner. «Je risque de ressortir de cette histoire mort», aurait décla­ré M. Nisman la veille de sa mort. Un mandat d’arrêt contre la présidente et son ministre des affaires étrangères a aussi été retrouvé dans la poubelle de son appartement­­.  

Pétrole contre céréales
5- Quelques jours plus tôt, M. Nisman avait accusé, sur tous les plateaux de télévision, la présidente et ses ministres d’avoir étouffé la responsabilité de l’Iran dans l’attentat contre le centre communautaire juif. Selon le procureur, un pacte secret entre la présidente et le régime des ayatollahs aurait garanti l’immunité de l’Iran en échange de pétrole. L’Argentine aurait en retour fourni des céréales à l’Iran.  

Conversations interceptées
6- Selon l’enquête de M. Nisman, des appels téléphoniques entre l’Iran et la présidence de l’Argentine, interceptés par les services secrets argentins, ont révélé ces pourparlers secrets.

Un « sinistre complot »
7- Le 22 janvier, la présidente Kirchner, qui avait au départ dit que la mort de M. Nisman s’apparentait à un suicide change d’avis. Elle allègue qu’il s’agit plutôt d’un sinistre complot ourdi­­ par des espions pour déstabiliser son gouvernement. Elle avance que M. Nisman a été manipulé par d’anciens agents du Secrétariat d’intelligence de l’État, plus précisément Anto­nio Stiusso, l’ancien chef des services de renseignement, qui a été remercié en décembre dernier.  

Journaliste en fuite
8-  Le 26 janvier, Damián Pachter, le premier journaliste à avoir signalé la mort suspecte du procureur, fuit l’Argentine pour Israël, craignant pour sa vie. Le même jour, la présidente dit dans un discours télévisé qu’elle compte dissoudre le Secrétariat d’intelligence de l’État puisqu’il n’a pas «servi les intérêts du pays».

Armé pour sa sécurité
9- Le 28 janvier 2015, Diego Lagomarsino, un assistant de M. Nisman, a déclaré que son patron craignait pour la sécurité de sa famille et lui avait demandé une arme à feu. Il lui a prêté le pistolet de calibre .22 avec lequel le procureur a été tué. Le gouvernement insinue que M. Lagomarsino était un agent de renseignements, peut-être impliqué dans un complot machiavélique.

Un espion en cavale
10- Le 3 février, Viviana Fein, la procureure chargée de l’enquête sur la mort de M. Nisman convoque Antonio Stiusso, l’ancien chef du renseignement, pour témoigner dans cette affai­re. M. Nisman et lui se seraient téléphoné dans les heures qui ont précédé son décès. En date de vendredi, M. Stiusso était toujours introuvable.

La présidente sous pression
11- Pendant ce temps, la présidente Kirchner commet des bourdes diplomatiques qui laissent penser qu’elle serait en train de craquer sous la pression du scandale. Au cours d’une mission commerciale en Chine le 4 février, elle a partagé sur son compte Twitter des commentaires jugés racistes envers ses hôtes chinois.

Un juge rejette la plainte
12- Le 26 février, un juge fédéral argentin­­ a rejeté la plainte pour entrave à la justice déposée contre la présidente Cristina Kirchner.

Le gouvernement réplique
13- Le 4 mars, un procureur argentin a fait appel de cette décision de ne pas poursuivre la présidente. Le même jour, le gouvernement argentin a publié une publicité dans les journaux locaux­­ dénonçant le travail d’Alberto Nisman et l’accusant d’avoir tenté de «déstabiliser le gouvernement».

Thèse du suicide écartée
14- Le 5 mars, la famille d’Alberto Nisman a dévoilé lors d’une conférence de presse un rapport médico-légal­­ indépendant qui prouve que M. Nisman a été assassiné.

*****

Vous désirez réagir à cet article dans nos pages Opinions? Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante: jdm-opinions@quebecormedia.com .