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La détresse des étudiants en médecine

Il y a quelques semaines, une étudiante en médecine de 27 ans a été trouvée morte dans son auto. Suicide.

La détresse des étudiants en médecine
illustration benoit tardif, colagene.com

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La jeune Québécoise poursuivait ses études avec succès, même si elle avait traversé un épisode dépressif deux ans plus tôt. Tragiquement, la lourdeur des études en médecine aura eu raison de son enthousiasme.

Sa mère se demande aujourd’hui pourquoi les résidents en médecine qui obtiennent un congé de maladie pour épuisement ne peuvent reprendre le travail de façon progressive.

Selon un sondage mené par la Fédération médicale du Québec en 2012, un étudiant sur cinq (20 %) a songé au suicide. Enfin, selon le rapport du programme d’aide aux médecins, 124 médecins résidents ont consulté le programme l’an dernier.

Comment expliquer cette détresse des étudiants en médecine?

De nos jours, entrer en médecine est encore plus difficile qu’à mon époque: il faut des résultats scolaires quasi parfaits et passer plusieurs entrevues.

Il n’est donc pas étonnant de constater que près de 70 % des étudiants sont des femmes puisqu’elles sont plus studieuses que les garçons et nécessairement obtiennent de meilleures notes.

Une infirmière avec qui j’ai travaillé en psychiatrie a décidé de faire sa médecine après plusieurs années de pratique. Lors de la remise de son diplôme, elle me confiait qu’en première année, ses résultats au premier examen avaient été de 95 % et qu’elle s’était pourtant retrouvée parmi les derniers de la classe.

Cette anecdote fait réfléchir.

Obsession de la performance

Obsédés par la performance, les futurs médecins risquent-ils de devenir des cerveaux sans âme?

Cette obsession des résultats scolaires, qui commence tôt, constitue-t-elle une qualité essentielle pour devenir un bon médecin?

Mon fils me racontait que ses amis qui voulaient être médecins n’ont même pas soumis leur candidature dans diverses facultés de médecine, assurés qu’ils étaient de ne pas être acceptés à cause d’une cote R trop basse.

Il y a des années, le Conseil supérieur de l’éducation affirmait que les études en sciences pures étaient la voie la plus sûre pour une carrière en médecine. Est-ce la meilleure voie?

Au cours des études, la compétition est féroce.

Lors des études collégiales, on prône la compétition, le perfectionnisme et la rigueur pour entrer en médecine.

Je ne suis pas convaincu que ces qualités font des médecins plus humains et empathiques. Il n’est donc pas étonnant qu’une fois en médecine, les étudiants, et les étudiantes en particulier, ressentent une pression énorme qui crée une anxiété de performance épuisante et qui, parfois, cache un profond désarroi.

Des questions

Voilà pourquoi je me pose certaines questions.

Les étudiants entrent-ils trop jeunes en médecine?

La performance scolaire comme critère de sélection favorise-t-elle les gens brillants, mais obsessifs et perfectionnistes à outrance, au détriment de candidats aux qualités humaines et relationnelles plus évidentes?

Devrions-nous privilégier des tests psychologiques plus poussés dans lesquels toutes les variables de la personnalité seraient évaluées?

Les réponses à ces questions permettraient peut-être de former des médecins plus humains et de diminuer la pression sur les étudiants.

Devant cette détresse, les facultés en médecine doivent s’efforcer d’améliorer les modes de sélection des candidats et de mieux les encadrer pendant leurs études.

L’objectif est simple. Il faut parvenir à diminuer les consultations au programme d’aide aux jeunes médecins et à prévenir à tout prix les tragédies douloureuses.

Si vous avez besoin d’aide

SOS Suicide

www.sos-suicide.org

1-800-595-5580

Suicide Action Montréal

www.suicideactionmontreal.org

(1-866-277-3553) partout au Québec

Jeunesse, J’écoute

www.jeunessejecoute.ca

1-800-668-6868

Tel-Jeunes

www.teljeunes.com

1-800-263-22660