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Les Desmarais cèdent Le Soleil à leur ex-majordome

Martin Cauchon crée Groupe Capitales Médias et acquiert six journaux de Gesca

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La famille Desmarais a cédé mercredi ses six journaux régionaux, dont Le Soleil, à l’ex-ministre libéral fédéral Martin Cauchon, dans le cadre d’une transaction qui a laissé en plan beaucoup plus de questions que de réponses.

Combien M. Cauchon, un ami de la famille Desmarais, a-t-il déboursé pour acquérir Le Soleil, Le Quotidien, Le Nouvelliste, Le Droit, La Tribune et La Voix de l’Est? Mystère. «C’est de nature privée. Les termes et les conditions sont confidentiels», a répété Martin Cauchon, qui a été ministre de la Justice sous Jean Chrétien.

Comment M. Cauchon, qui a tenté sans succès de devenir chef du Parti libéral du Canada il y a deux ans, a-t-il réuni le financement? Les a-t-il vraiment payés? Impossible de le savoir.

Que cela signifie-t-il pour l’avenir de ces journaux et pour leurs employés? Y aura-t-il des mises à pied lorsque le nouveau propriétaire aura mis en place son modèle d’affaires?

«Trop tôt» pour le dire, a insisté Martin Cauchon, qui a déjà travaillé comme majordome au domaine des Desmarais à Sagard, dans Charlevoix, selon ce qu’avait révélé The Gazette en 2009.

Photo Le Journal de Québec, Stevens LeBlanc

Selon l’analyste en médias Claude Thibodeau, qui a déjà été éditeur au Soleil, «M. Cauchon est un front pour la famille Desmarais. La main droite vend à la main gauche, je pense que c’est une espèce de réaménagement comptable», soutient celui qui voit cette transaction comme un «retentissant échec de la gestion de Guy Crevier».

Une bombe

Le monde des médias québécois a été frappé par une bombe, mercredi, lorsque Gesca a annoncé avoir vendu tous ses journaux régionaux et leurs sites internet à Gestion Capitales Médias, une entreprise enregistrée 24 heures plus tôt et dont l’unique actionnaire est Martin Cauchon.

Gesca ne possède plus désormais que La Presse de Montréal et sa version tablette, La Presse+. Selon certains observateurs, cette transaction pourrait accélérer la disparition de La Presse papier, un projet avec lequel jonglent les propriétaires de Gesca depuis fort longtemps.

Mercredi, Martin Cauchon n’a pas caché que l’acquisition des six journaux régionaux par sa nouvelle entreprise était liée directement au virage tout numérique dans lequel a décidé de plonger tête première la filiale de Power Corporation. «Il va sans dire qu’on se questionnait sur les médias régionaux, a-t-il reconnu. Petit à petit, on les fondait à La Presse+ en édulcorant leur personnalité.»

Rentabilité

Même si les journaux de Gesca ont subi d’importantes réductions d’effectifs au cours des derniers mois, Martin Cauchon a promis de tout faire pour en assurer la rentabilité et a écarté des fermetures de journaux.

«Je crois fermement à l’avenir d’une presse régionale forte, et, comme seul actionnaire, j’ai l’intention d’en assurer le maintien en tenant compte de ses besoins particuliers et du contexte d’affaires de l’industrie», a-t-il indiqué.​

C’est Claude Gagnon, l’éditeur du Soleil, qui devient PDG de la nouvelle entreprise qui compte 530 employés.

Péladeau n’y croit pas

Le candidat au leadership du PQ et actionnaire de contrôle de Québecor, Pierre Karl Péladeau, y est allé d'une sortie virulente en matinée sur Twitter. «La famille Desmarais s'est trouvée un "faux-nez" pour la fermeture des quotidiens Gesca. La question qui tue : Quand?» Québecor est le compétiteur direct de Gesca avec Le Journal de Québec et Le Journal de Montréal.

En entrevue au FM 93 mercredi midi, Martin Cauchon a toutefois répliqué au candidat à la chefferie du Parti québécois. «Je trouve cela surprenant de la part d’un politicien, à moins que ce politicien-là ait deux chapeaux et qu’il mêle les deux chapeaux», a-t-il rétorqué.

Une fois de plus, il n’a pas voulu dire de quelle façon a été conclue la transaction avec la famille Desmarais. «Il existe aujourd’hui des structures financières, il existe des prêteurs [...] Les gens qui font des transactions dans le secteur privé ne vont pas mettre sur la place publique les termes et conditions de la transaction et du financement.»


Ce qu’ils ont dit...

«C’est une transaction d’affaires avant tout. (...) On espère, un, que la qualité de l’information va demeurer. Deux, que les emplois vont demeurer et trois, qu’il y aura une diversité d’accès à l’information.»

– Hélène David, ministre de la Culture et des Communications

«Martin Cauchon m'a appelé ce matin (mercredi). On va lui souhaiter bonne chance. Je lui ai dit: "lâche pas!" Ça nous prend deux quotidiens forts à Québec. On mérite ça. La ville a besoin de ça. Il (M. Cauchon) se lance dans toute une aventure, mais il avait l'air bien décidé ce matin.»

– Régis Labeaume, maire de Québec

«Tout le monde va arriver avec de bonnes intentions, croire en l’information régionale, je pense qu’il est de bonne foi. (...) Le Soleil aussi, est plus qu’un média régional, pour moi c’est un média de stature nationale. (...) Tout ce qui m’intrigue c’est combien a coûté cette transaction, comment M. Cauchon a-t-il réussi à réunir les fonds pour obtenir tous ces médias-là.»

– Agnès Maltais, députée de Taschereau et porte-parole péquiste pour la Capitale-Nationale

«La pire crainte que j'ai, c'est que le nouveau propriétaire réduise le nombre de journalistes dans ces six journaux. On sait que déjà les médias sont très concentrés au Québec. On ne peut sûrement pas dire que le nombre de journalistes est très élevé.»

– François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

«Mes pensées vont aux artisans qui vivent une période d'incertitude. On souhaite que la qualité de l'information, la pluralité des idées et les emplois soient préservés. Il arrive parfois que ce type de décision est profitable: il y a 12 ans, Bombardier se départissait des produits récréatifs et aujourd’hui, BRP est une entreprise solide et florissante.»

– Gérard Deltell, député de Chauveau et porte-parole caquiste pour la Capitale-Nationale

«Il y avait une inquiétude du groupe des six depuis quelques mois. On voit maintenant cet avenir, du moins sur papier aujourd’hui, assurer par la venu d’un groupe émergeant.»

– Lise Millette, présidente de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec

«Ils se sont rendu compte que le modèle de La Presse+ est très coûteux et qu’il sollicite davantage les annonceurs nationaux. Ça convient peut-être à La Presse, mais pas aux régionaux à long terme.»

– Daniel Giroux, secrétaire général du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval
 
«C’est plutôt une bonne nouvelle, alors qu’on attendait des nouvelles catastrophiques. On craignait des fermetures, que Le Soleil devienne un onglet sur la tablette de  La Presse+. Ma première réaction est favorable, en plus que la venue d’un nouveau joueur n’est pas mauvaise, ça peut amener de la diversité.»
 
– Dominique Payette, professeure au département d’information et de communication de l’Université Laval et auteure du rapport Payette sur l’avenir de l’information au Québec
 

– Avec la collaboration de Sophie Côté, de Pierre-Olivier Fortin, de Pierre Couture, de Taïeb Moalla, de Nicolas Saillant, de Marc-André Gagnon et de l'Agence QMI

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