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Le grand retour de Yeruldelgger

Le grand retour de Yeruldelgger
Photo courtoisie, Richard Dumas

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Après nous avoir offert un premier polar qui a réussi à attirer l’attention de tous les médias, Patrick Manoukian, alias Ian Manook, revient en force avec Les temps sauvages, le second opus des aventures du policier mongol Yeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhan.

S’il y a un polar dont presque tout le monde a entendu parler l’an dernier, c’est bien Yeruldelgger. À ce jour, il a récolté pas moins de 12 prix littéraires, et ceux qui l’ont dévoré d’un trait seront sûrement ravis d’apprendre que la suite est aussi bonne, sinon meilleure. Non seulement parce qu’elle nous permet d’en apprendre davantage sur la Mongolie et ses contrées frontalières, mais parce que l’intrigue qu’elle nous réserve est encore mieux ficelée.

Ironie de la situation, Ian Manook a pourtant écrit Les temps sauvages sans avoir fait le moindre plan... «J’ai commencé par poser deux scènes qui me plaisaient, explique-t-il lors de l’entrevue téléphonique qu’il nous a récemment accordée. D’un côté, il y a donc celle d’un cavalier et d’un cheval qui ont été complètement écrasés par un yack, et de l’autre, le cadavre d’un inconnu bloqué dans la montagne. Ensuite, tout le plaisir a été de garder ces deux scènes et de resserrer les boulons de façon à ce que le roman se tienne du début à la fin. Mais l’écriture sans plan étant forcément foisonnante, il m’est arrivé de rédiger plusieurs pages que j’aimais beaucoup, même si je ne savais pas trop où elles allaient me mener. Au lieu de les rejeter, j’ai préféré tordre un peu plus l’histoire pour qu’elles puissent y trouver leur juste place.»

L’histoire qui en résulte est d’ailleurs particulièrement tordue, Ian Manook n’ayant reculé devant rien pour nous glacer le sang.

Sueurs froides garanties

Yeruldelgger
 – Les temps sauvages
Ian Manook, 
aux Éditions Albin Michel, 
524 pages
photo courtoisie
Yeruldelgger – Les temps sauvages Ian Manook, aux Éditions Albin Michel, 524 pages

Contrairement au premier opus, qui se déroulait à la belle saison, Les temps sauvages nous plonge d’emblée en plein cœur de l’hiver mongolien. Et dans les steppes de ce vaste pays recouvert de neige, deux hommes seront subitement refroidis. Le premier à cause d’un yack tombé de nulle part, le second à cause d’une mystérieuse opération militaire qui a manifestement mal tourné. La belle Oyun, qui a juré de tuer tout homme qui la prendrait sans amour, tentera ainsi de comprendre comment un bovidé a pu atterrir sur la tête d’un cavalier solitaire galopant à 500 km de la capitale.

Quant à Yeruldelgger, qui est à la fois le supérieur d’Oyun et le meilleur flic de la police criminelle de Mongolie, il sera lui-même rapidement accusé de meurtre: la prostituée qui lui servait d’indic a en effet été assassinée dans la chambre d’un luxueux hôtel d’Oulan-Bator et d’après les images captées par les caméras de surveillance, il aurait été le dernier à la voir vivante. Malgré les charges qui pèsent sur lui, Yeruldelgger est cependant nettement plus préoccupé par la disparition du gamin que cette prostituée avait adopté. Et pour cause: en cherchant désespérément à mener une vie meilleure en France, le jeune Ganshü est tombé entre les griffes d’un groupe de mafieux impitoyables.

«La Mongolie a toujours été un pays un peu brutal, en partie à cause de ses conditions difficiles de vie dans les steppes, précise Ian Manook. Mais ce qui se développe de plus en plus depuis que la domination soviétique a pris fin, c’est la violence due à l’alcoolisme, qui lui, est dû à la pauvreté. Dès que les nomades perdent leur cheptel de 50 têtes, ils n’ont plus rien. La seule solution qu’il leur reste? Planter leur yourte à Oulan-Bator. Les alentours de cette ville se sont ainsi transformés en gigantesque bidonville et la corruption y est endémique. Ce à quoi s’ajoute l’incroyable pollution liée au mauvais charbon ou aux pneus de voiture dont ils se servent sept mois par an pour se chauffer. De ce fait, Oulan-Bator est devenue la deuxième ville la plus polluée au monde...»

La recette du succès

Une partie des Temps sauvages se déroulant également en Normandie, on ne tardera pas à rencontrer Zarzavadjian, un ex-super agent des forces spéciales de l’armée chargé de retrouver 150 wagons disparus pour le compte de la police ferroviaire. Et on mentirait en disant qu’on n’a pas immédiatement succombé au charme de ce nouveau venu plein d’allant qui, tout comme l’auteur, est d’origine arménienne.

«Zarza sera sûrement appelé à avoir une belle vie littéraire, ajoute Ian Manook. On devrait d’ailleurs le retrouver dans le troisième volet des aventures de Yeruldelgger, dont le fond géopolitique portera cette fois sur les problèmes de pollution par l’eau. Car d’ici 10 ou 15 ans, la steppe mongolienne n’aura plus d’eau du tout, le désert de Gobi progressant chaque jour de trois mètres. Si j’écris d’abord pour que mes histoires plaisent aux gens, j’en profite aussi pour les enrichir de petites piques sur le monde contemporain.»

Une formule magique qui risque de continuer à envoûter quantité de lecteurs.


On pourra très bientôt rencontrer Ian Manook en chair et en os, puisqu’il sera présent à la 4e édition des Printemps meurtriers de Knowlton, qui se tiendront cette année du 14 au 17 mai 2015. Pour en savoir plus: lesprintempsmeurtriers.com.