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Les envols de Banks

Les envols de Banks
photo courtoisie

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Le romancier américain Russell Banks fait partie de ces quelques auteurs que je lis inconditionnellement. L’auteur de Sous le règne de Bone, Pourfendeur de nuages et American Darling est un extraordinaire écrivain qui est capable de grandes sagas sociales comme de rugueux portraits. Il n’hésite pas à prendre à bras-le-corps des sujets qui pourraient sembler à première vue rebutants.

J’en veux pour preuve cette exploration de la vie des «délinquants sexuels» en Floride, que la loi contraint à rester éloignés des écoles et des parcs, ce qui les a réduits à vivre sous des viaducs, parqués illégalement, ou à fuir carrément la civilisation. Nulle part bienvenus, nulle part autorisés... Rendre un délinquant sexuel compréhensible aux yeux des lecteurs, non pas vraiment sympathique, mais pas antipathique non plus, c’était un tour de force réussi, avec Lointain souvenir de la peau.

Mais tous ses livres valent le détour.

Recueil de nouvelles

Banks nous revient avec Un Membre permanent de la famille, un recueil de nouvelles, et c’est toujours la même préoccupation des gens laissés à eux-mêmes qui l’anime, les gens un peu perdus, ceux qui ne sont pas des exemples de réussite, des gens qui survivent, malgré tout, aux tensions sociales et intimes qui les déchirent. Divorces, mortalité, difficultés économiques. La vie quotidienne est une épreuve que Banks chante mieux que quiconque.

Dans la première nouvelle, un gardien de sécurité à la retraite, ancien Marine, dépouillé de ses moyens de survie financiers par la crise économique, vole des banques parce qu’il ne veut pas dépendre de la générosité de ses enfants, devenus policiers...

Tout l’art de Banks consiste à ne pas juger ses personnages, mais à nous les montrer dans leurs contradictions si humaines, si ordinaires, et pourtant...

Dans une écriture fine qui semble être entièrement au service du récit, mais qui dans les faits sait envoûter avec discrétion, Banks montre l’individu déchiré de l’intérieur, écrasé par l’extérieur, mais acceptant souvent son sort sans un mot, car que peut-il faire pour échapper aux meules du social, sinon attendre en espérant mieux?

Banks lui-même, bien qu’il soit devenu un romancier de réputation internationale, ne l’a pas toujours eu facile. Fils d’un plombier alcoolique qui a déserté la maison quand il avait 12 ans, il a vendu des chaussures et décoré des vitrines avant d’enseigner l’écriture puis de vendre suffisamment de livres pour en vivre.

Après lui en avoir longtemps voulu, il a aussi travaillé comme plombier auprès de son père, un métier qu’il a tout de suite détesté. «Et moi, tu penses que j’aime ça?», lui avait répondu son père. Et Banks d’avouer qu’à ce moment, il avait compris quelque chose de son père qui l’empêcherait pour toujours de le condamner sans procès.

Cette anecdote, on la retrouve dans le formidable entretien qu’il a accordé à The Paris review, qu’on peut lire, en anglais, à cette adresse: https://bit.ly/YW3Y0L

C’est du bonbon, et ça ne coûte pas un rond. Ce qui n’est pas rien, par les temps qui courent.