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Dans l’art d’exagérer, c’est dur à battre

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Le CN a gagné la médaille d’or cette semaine dans l’art de vouloir tuer un projet. J’ai failli m’étouffer en lisant que les coûts pour repeindre le pont de Québec passeraient de 200 millions à environ 400 millions, soit le double du montant qui était avancé jusqu’à maintenant par la compagnie ferroviaire. De toute évidence, c’est l’effet que le CN souhaitait provoquer. Mais peut-on vraiment se fier à une seule étude, celle de Roche?

Étrange augmentation

Je ne suis pas ingénieure, mais il y a lieu de se poser de sérieuses questions. Comment les coûts peuvent-ils augmenter aussi rapidement? Le pont Jacques-Cartier entre Montréal et la Rive-Sud, qui mesure 2,7 kilomètres, a été complètement repeint entre 1989 et 2007. Selon la société des Ponts Jacques-Cartier et Champlain inc., qui gère les infrastructures fédérales dans la région de Montréal, la facture totale s’est élevée à 48 millions de dollars à l’époque. Pourtant, le pont de Québec est presque trois fois moins long. Évidemment, là s’arrête ma comparaison puisque plusieurs autres facteurs peuvent influencer le prix.

Mais contrairement au CN, la Société du pont Jacques-Cartier reconnaît l’importance de la peinture. On soutient que ce n’est pas seulement esthétique, que la peinture protège les structures du sel, du vent, du verglas et empêche l’acier d’être grugé. Si le pont de Québec est à ce point rouillé, c’est qu’il a été négligé.

C’est quand même bizarre que le CN, qui était pourtant prêt à collaborer avec la Ville de Québec pour réaliser une étude plus approfondie sur les coûts, ait décidé sans en parler de commander sa propre étude. Et comme par hasard, les résultats sont dévoilés quelques semaines seulement avant le départ des maires de Québec et Lévis pour Memphis qui souhaitaient assister à la réunion annuelle des actionnaires.

Le prix citron au CN

Vraiment, le CN mérite le prix citron pour le manque de subtilité. La stratégie de la compagnie ferroviaire est claire. En révélant un chiffre aussi gros, elle voulait faire peur à la population. Il faut une autre étude bien détaillée. N’oublions pas que le CN a tout intérêt à miner l’appui de la population au projet de peinture, puisque l’entreprise ferroviaire n’a aucunement l’intention de faire sa part pour redonner au pont ses lettres de noblesse. Pourtant, je vous rappelle que le CN a enregistré un bénéfice net de près de 3,2 milliards de dollars en 2014, en hausse de plus de 21 %.

Mais jusqu’où allons-nous tolérer une telle situation. Ce pont, il est d’une grande utilité. Il n’y a pas que la valeur patrimoniale et architecturale. C’est tellement désolant de voir que le propriétaire, qui l’a reçu en cadeau du fédéral en 1995 en plus de recevoir plusieurs terrains, préfère investir le strict minimum pour le garder sécuritaire.

J’en suis rendue à me dire que l’idéal, ce serait que le fédéral en reprenne possession et le confie à une Société qui s’assurerait de l’entretenir et de le mettre en valeur et qui chargerait le gros prix au CN pour les droits de passage de ses trains.

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