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Elle est au cœur d’une percée révolutionnaire contre le cancer

La Dre Annick Desjardins et ses collègues s’attaquent aux tumeurs au cerveau avec le virus de la polio

Elle est au cœur d’une percée révolutionnaire contre le cancer
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Joëlle Parent

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Une chercheuse québécoise se trouve au cœur d’une percée révolutionnaire dans la lutte contre le cancer aux États-Unis. La Dre Annick Desjardins traite des patients atteints de tumeurs au cerveau avec le virus de la polio. Dans certains cas, les résultats sont quasi miraculeux.

NEW YORK | Une chercheuse québécoise se trouve au cœur d’une percée révolutionnaire dans la lutte contre le cancer aux États-Unis. La Dre Annick Desjardins traite des patients atteints de tumeurs au cerveau avec le virus de la polio. Dans certains cas, les résultats sont quasi miraculeux.

«Le but est de réveiller le système immunitaire, explique Dre Annick Desjardins. On lui joue un tour en lui faisant croire que la polio est présente dans le cerveau, mais il s’agit de la tumeur».

Cette nouvelle thérapie n’est encore qu’à ses premiers tests sur des patients, mais elle attire déjà l’attention de nombreux médias.

L’émission 60 Minutes de CBS y a consacré un reportage d’une heure, dimanche dernier.

La Québécoise Dr Annick Desjardins au Duke Cancer Center en Caroline du Nord avec sa patiente, Stephanie Lipscomb, qui est en rémission d'un glioblastome, le cancer du cerveau le plus agressif. Mme Lipscomb a accepté de prendre part à la première phase d'un essai clinique lors duquel le virus de la polio modifié a été injecté directement dans la tumeur. Quatorze mois plus tard, la tumeur continue de rétrécir sans l'utilisation de  chimiothérapie ou radiothérapie.
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Joëlle Parent
La Québécoise Dr Annick Desjardins au Duke Cancer Center en Caroline du Nord avec sa patiente, Stephanie Lipscomb, qui est en rémission d'un glioblastome, le cancer du cerveau le plus agressif. Mme Lipscomb a accepté de prendre part à la première phase d'un essai clinique lors duquel le virus de la polio modifié a été injecté directement dans la tumeur. Quatorze mois plus tard, la tumeur continue de rétrécir sans l'utilisation de chimiothérapie ou radiothérapie.

La tumeur a disparu

Dre Desjardins est neuro-oncologue au «Brain Tumor Center» de l’université Duke, en Caroline du Nord, depuis 10 ans.

En mai 2012, son équipe a traité pour la première fois une jeune femme atteinte d’un glioblastome, la forme de cancer du cerveau la plus agressive. Le taux de survie n’est que de quelques mois.

On a injecté dans la tumeur un poliovirus modifié génétiquement (voir page de gauche). Il est létal pour les cellules cancéreuses, mais sans danger pour les cellules normales.

Quatorze mois plus tard, la jeune femme est en rémission totale, sans l’utilisation de chimio ou radiothérapie. La tumeur a tout simplement disparu.

Dose toxique à évaluer

Jusqu’à maintenant, 22 patients atteints d’un glioblastome ont été traités avec le virus de la polio. Quatre sont en rémission et onze ont perdu la vie pour diverses raisons.

«L’état physique de certains patients était déjà trop faible, d’autres ont eu des crises épileptiques, certains ont décidé d’arrêter le traitement parce que leur qualité de vie avait trop régressé», explique Dre Desjardins.

L’étude est toujours au stade expérimental. «On évalue la toxicité et la dose adéquate à injecter. À chaque patient on apprend à se réajuster», explique la médecin.

L’idée de traiter le cancer avec des virus fait son chemin depuis au moins 100 ans, mais s’est précisée récemment, grâce aux progrès technologiques.

Prudence

Éventuellement, le poliovirus pourrait être utilisé pour traiter d’autres types de cancer.

Dre Desjardins est prudente, il est encore trop tôt pour crier victoire.

«On n’a pas fait assez de suivis encore, mais on est clairement en train de faire un bon de géant dans la recherche sur le cancer», se réjouit-elle.


« À 10 ans, je savais que je voulais être oncologue »

Pour Annick Desjardins, la fascination pour le cerveau et le cancer remonte à la petite enfance.

«À l’âge de 10 ans, je savais déjà que je voulais être oncologue. Mes parents ont toujours fait beaucoup de bénévolat pour la Société canadienne du cancer. On faisait des collectes de fonds, c’était une cause très importante dans ma famille», raconte la scientifique de 40 ans.  

«Lorsque j’ai fait ma médecine, je suis tombée amoureuse de la neurologie. J’ai donc décidé de combiner mes deux passions, la neurologie et l’oncologie».

Du Bic à la Caroline

Originaire de Rimouski, Dre Desjardins a fait ses études de médecine à l’Université Sherbrooke, où elle s’est spécialisée en neurologie.

Elle a ensuite reçu une bourse de recherche en neuro-oncologie de l’université Duke en Caroline du Nord en 2003.

Elle n’est jamais repartie. La faculté lui a offert un emploi avant même la fin de ses études.

«C’était toute une surprise, je devais revenir au Québec après. Tous mes meubles étaient entreposés au Québec. Je ne pouvais pas refuser, c’est tout un honneur de se faire offrir un poste de recherche à Duke. Ici, je peux me dévouer à 100 % au cancer du cerveau, c’est très spécialisé et il n’y a pas de manque de financement pour la recherche».

Annick Desjardins
Dr. Annick Desjardins, neuro-oncologue au Duke Cancer Center en Caroline du Nord. La Québécoise a fait ses études de médecine à l'Université Sherbrooke avant d'aller se spécialiser en neuro-oncologie aux États-Unis en 2003 à Duke University. Elle a été engagée par l'université en 2005.
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Joëlle Parent
Dr. Annick Desjardins, neuro-oncologue au Duke Cancer Center en Caroline du Nord. La Québécoise a fait ses études de médecine à l'Université Sherbrooke avant d'aller se spécialiser en neuro-oncologie aux États-Unis en 2003 à Duke University. Elle a été engagée par l'université en 2005.

Comment détruire une tumeur au cerveau avec le poliovirus

 

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