/lifestyle/psycho
Navigation

Les illusions entourant la communication

Loving couple chat
illustration fotolia

Coup d'oeil sur cet article

Plus du tiers des demandes de consultation en thérapie ont trait aux difficultés conjugales. Et la principale difficulté mentionnée concerne les problèmes de communication. Après plus de trente ans d’exercice en thérapie conjugale, j’en viens plutôt à la conclusion que les couples n’ont aucun problème de communication, mais ont trois illusions la concernant.

La communication non violente (CNV)

Il existe actuellement de nombreux livres écrits autour de la CNV, technique développée par le psychologue étatsunien Marshall B. Rosenberg et popularisée au Québec par Thomas d’Ansembourg. Cette approche est enseignée par de nombreux intervenants lors d’ateliers sur la communication.

En soi, cette approche est très logique :

1. Décrire la situation en termes observables et partageables;

2. Exprimer les attitudes et les sentiments suscités par cette situation;

3. Clarifier le besoin;

4. Exprimer une demande de façon positive.

Deux exemples :

1. «Lorsque je parle, pourrais-tu attendre que j’aie fini avant de prendre la parole à ton tour pour ainsi mieux répondre à mon besoin d’expression.»

2. «Je me sens en colère devant ton retard. J’ai besoin de sentir que tu tiens compte de moi.»

Selon la Dre Sylvie Godin de l’Université Laval, il n’existe aucune preuve scientifique de l’efficacité ou de l’utilité de la CNV. Pour elle, «la CNV est une simple description de concepts et de techniques pour résoudre des conflits» (Wikipédia).

La communication « Tu » tue

Pour le psychosociologue Jacques Salomé, toute communication qui commence par «Tu» tue la communication. J’ai eu l’occasion d’en discuter avec lui afin de lui démontrer que ce n’est pas le «Tu» qui tue la communication, mais bien ce qui vient après ce fameux «Tu».

Les observations en laboratoire de l’équipe du Dr Gottman ont démontré que les membres des couples heureux n’utilisaient pas les principes de la CVN et qu’ils parlaient très souvent en termes de «Tu». Sauf que, contrairement aux membres des couples malheureux, ils font suivre ce «Tu» d’un compliment cinq fois plus souvent que d’un reproche. On pourrait parler d’une communication positive plutôt que non violente.

Trois illusions

La première des illusions reliées à la communication tient au fait que les gens pensent qu’en communiquant, ils vont nécessairement se comprendre et se mettre d’accord. Communication signifie davantage commerce que compréhension ou communion.

Si après un échange, deux personnes se rendent compte qu’elles ne sont pas d’accord, elles ont un problème de consensus et non de communication. Au contraire, elles ont eu une excellente communication si elles ont pris conscience de leurs points de vue respectifs.

La deuxième illusion concerne le contenu de la communication. Les couples malheureux parlent davantage de ce qui ne vas pas, de leurs conflits, de leurs défauts plutôt que de parler de ce qui va, de ce qu’ils aiment chez l’autre, de leurs qualités et de leurs forces.

Les membres des couples heureux évitent les sujets sur lesquels ils savent qu’ils ne seront jamais d’accord et négocient des ententes à double gagnant. Ils préfèrent être heureux plutôt que de convaincre l’autre ou de l’humilier en mettant l’accent sur ses torts.

Le troisième problème tient à l’interprétation des mots. Un «Je t’aime» dit par un homme n’a probablement pas tout à fait la même signification que dit par une femme. Sans parler du ton sur lequel il est dit.

Sans oublier le langage corporel, lequel selon les psychologues constituent plus de 50 % de la communication. Dire un «Je t’aime» en pitonnant sur la télécommande n’a pas la même portée que le dire en tenant les mains de son partenaire et en le regardant dans les yeux.