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1994-1995, saison des adieux

1994-1995, saison des adieux
Photo d'archives

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Les changements majeurs au deuxième étage des Nordiques, combinés à ceux effectués sur la glace parmi le personnel de joueurs annoncent une saison captivante pour la formation québécoise en 1994-1995. Elle devra faire oublier la déception de la campagne précédente, après la récolte de 104 points en 1992-1993, qui s’est conclue par une débandade en première ronde contre le Canadien, vainqueur de la Coupe Stanley.

Non seulement les Nordiques s’annoncent favoris pour terminer au premier rang dans la division Nord-Est malgré l’opposition de Pittsburgh et de Boston, mais il ne faudrait pas s’étonner qu’ils bataillent pour le premier rang dans la Ligue nationale. De là à les inclure parmi les favoris pour remporter la première coupe de leur histoire, il n’y a qu’un pas de lutin à franchir.

Les trois paragraphes qui précèdent auraient pu commencer l’analyse d’un chroniqueur de la saison à venir dans la LNH. Ils auraient reçu l’approbation de beaucoup d’amateurs.

Il fallait néanmoins attendre la fin du premier lock-out. La fin est survenue assez tôt pour permettre la présentation d’une saison, mais trop tard pour que celle-ci excède 48 parties, la première étant jouée au début de janvier. Elle passera à l’histoire comme étant celle des adieux des Nordiques.

Les Fleurdelisés à la potence

L’abandon de plusieurs équipes dans le combat pour l’instauration d’un plafond salarial force plusieurs d’entre elles, le 13 janvier, après 103 jours de conflit, à accepter l’armistice. La construction de leur nouvel amphithéâtre les oblige à dénicher des fonds et à réduire les retards. Les plus riches se bouchent les oreilles lorsqu’il leur est proposé d’aider les moins nantis, comme cela se fait dans d’autres sports professionnels.

La devise américaine devient la monnaie de la LNH. Plusieurs organisations aboutissent dans un cul-de-sac financier, dont Québec, Winnipeg, Hartford et d’autres, qui chercheront des solutions miracles.

Marcel Aubut, dans un dernier blitz, lance un appel désespéré pour que le gouvernement provincial et la Ville assument la construction d’un amphithéâtre répondant aux critères de Gary Bettman. Il encaisse un échec. Le 25 mai, il y aura 20 ans que la conférence de presse annonçant la vente des Nordiques au groupe Comsat aura eu lieu à l’hôtel Le Concorde (1995). Dans les semaines qui suivront, l’équipe partira pour Denver et deviendra l’Avalanche. Comme quoi, ça prend peu de temps entre l’annonce de la décision et le branle-bas de combat pour l’installer sous d’autres cieux. On se tient loin d’un calendrier de plusieurs mois.

La fin des Nordiques survient après 23 ans, si on calcule les années de l’Association mondiale de hockey.

La perte de Sundin

Ce n’est pas tout à fait l’équipe que les fans de Québec ont connue à sa dernière année qui prendra la route du pays d’Alexis Labranche, l’aventurier des Belles Histoires des pays d’en haut, l’un des premiers grands téléromans de la télé québécoise. C’est dans cette ville de Denver également que la LNH a déjà fermé les livres sur les Rockies du Colorado, qui ont échoué à leur première tentative pour s’implanter.

Pierre Lacroix occupe la fonction de directeur général. Agent de joueurs respecté, il a cédé son entreprise, Jandec, à son associé Robert Sauvé afin de remplacer Pierre Pagé. Il réalise son grand rêve. «Gagner rapidement, voilà le mandat qui m’a été confié. Je ne me fixe aucun échéancier, mais je mènerai les Nordiques vers les plus hauts sommets», déclare Lacroix. Il écorche Pagé en affirmant que les Nordiques ont besoin d’émotions.

Avant de nommer son entraîneur, un job que reluquait Michel Bergeron, Lacroix a procédé à une transaction spectaculaire avec les Maple Leafs de Toronto lors du repêchage en 1994. Il a refilé Mats Sundin et Garth Butcher aux Leafs, en retour de Wendell Clark, Sylvain Lefebvre et Landon Wilson. Une transaction à sens unique, car Sundin a signé une carrière exceptionnelle qui l’a mené au Temple de la renommée du hockey. Clark restera un Leafs pour la vie malgré des déplacements en fin de carrière.

Céder Ron Sutter aux Islanders de New York en retour de l’arrière Uwe Krupp a été nettement plus avantageux.

La fin pour Bergeron

Sachant son ami de longue date aux commandes, Michel Bergeron espérait et pensait que Lacroix lui permettrait de revenir dans le circuit dans un meilleur entourage que la dernière fois. Lacroix se montrait très prudent lorsqu’il discutait de la candidature de Bergeron.

«Michel sera traité comme tous les autres candidats s’il entre dans la course.» Il aurait fallu lire entre les lignes lorsque le dg a déclaré que l’amitié doit survivre aux décisions de l’un ou de l’autre. Sinon, les liens sont fragiles.

Publiquement, Bergeron affichait un optimisme modéré. «Je ne mettrai pas de pression sur Pierre. Ce gars-là est un gagnant. Il me connaît mieux que personne.» Aubut ne se mêlera pas du dossier. Il laisse l’entière liberté à son dg de choisir son entraîneur. Les noms d’Alain Vigneault, Bob Hartley et Jacques Martin circulent.

Le 4 juillet, une bombe explose à Québec. Non seulement Bergeron ne deviendra pas l’entraîneur des Nordiques, mais il n’occupera aucun poste dans l’organisation des Nordiques. Lacroix prétend qu’il a été prévenir son ami à son domicile, car il s’agissait d’une décision déchirante pour lui.

Bergeron est dévasté par la nouvelle. Il s’efforce de le cacher. «Je tenais à diriger les Nordiques. Pierre en a décidé autrement. Je respecte beaucoup cet homme et ça ne changera pas. Si les Nordiques gagnent la coupe Stanley, je le féliciterai en premier.»

L’avenir a démontré que l’amitié a éclaté entre les deux hommes. René Angélil, un ami commun, a vainement tenté de recoller les pots cassés. D’autres amis de Lacroix et de Bergeron ont également choisi leurs camps. Ce fut la fin de la carrière d’entraîneur de Bergeron, la LNH oubliant rapidement les entraîneurs francophones.

Lacroix n’a pas laissé que Bergeron derrière lui. Les préposés à l’équipement et soigneurs René Lavigueur et son fils Jean-René, René Lacasse et le physiothérapeute Jacques Lavergne ont dû dire adieu à une carrière qu’ils adoraient. Lacasse ne s’en est jamais relevé. Après quelques décennies dans le hockey professionnel, son rêve de chérir la coupe Stanley ne se réalisera jamais. Il ne méritait pas ça, après des années de dévouement et de discrétion.

Lacroix a plutôt choisi de confier les Nordiques à Marc Crawford, qui connaissait du succès dans la Ligue américaine. Jacques Martin et Joël Quenneville le seconderaient. Quant à François Giguère, comptable de profession, il acceptera le boulot d’adjoint de Lacroix.

Vite, la coupe

Les Nordiques connaîtront beaucoup de succès en 1994-1995. Ils termineront au premier rang dans la division Nord-Est avec 65 points (48 matchs). Seuls les Red Wings de Detroit en amasseront davantage (70). Le Canadien prendra le sixième et avant-dernier rang dans la division des Bleus.

L’Avalanche du Colorado a effectué une entrée triomphale à Denver. L’équipe a été présentée aux fans comme une candidate à la coupe Stanley dès 1995-1996. Ils allaient savourer la magie de Joe Sakic et de Peter Forsberg. L’équipe deviendra supérieure toutefois lorsque Lacroix ira chercher dans des transactions les attaquants Claude Lemieux et Mike Keane, le défenseur Sandis Ozolinsh et... le gardien Patrick Roy.

Un an après le départ de Québec, les anciens Nordiques remporteront la coupe Stanley. Un coup de poignard au cœur des partisans québécois.

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