/lifestyle/techno
Navigation

L’écoute en continu, légale ou pas?

Le Trône de fer est la série la plus piratée dans le monde.
Photo courtoisie Le Trône de fer est la série la plus piratée dans le monde.

Coup d'oeil sur cet article

En naviguant sur Internet, vous découvrez un site web qui vous permet de visionner gratuitement le dernier épisode du Trône de fer. Avez-vous le droit de le faire? Une zone grise dans la loi semble le permettre.

De plus en plus de Canadiens consomment leurs films et leurs séries sur Internet, selon une nouvelle étude de la firme The Convergence Consulting Group.

Mais, si certains sites web, comme Netflix, diffusent du contenu avec l’autorisation des détenteurs de droits d’auteurs, d’autres le font sans leur consentement et, évidemment, sans leur remettre les profits qui devraient leur revenir. Ces sites sont illégaux.

Le fait de les consulter et d’y visionner du contenu (ce qu’on appelle du streaming en anglais) est-il, lui aussi, illégal? Apparemment pas. «Comme l’écoute en continu n’implique pas de réel téléchargement [l’œuvre n’est pas enregistrée sur l’ordinateur] il semble peu probable que ce soit considéré comme une infraction», explique le titulaire de la Chaire de recherche en droit d’Internet et du commerce électronique de l’Université d’Ottawa, Michael Geist.

«La loi a été faite de façon à viser ceux qui rendent le contenu disponible sans autorisation, pas ceux qui y accèdent», précise-t-il.

En fait, la loi n’est pas claire à ce sujet, concède-t-il. «Il y a un doute à savoir si le visionnement sur un site web non-autorisé est une infraction. Ce n’est pas clair que c’est le cas. Mais, même si ça l’était, l’identification de l’internaute fautif est quasi impossible», dit-il.

Il est donc très peu probable qu’un internaute qui visionne du contenu sur un site web non-autorisé s’expose à des conséquences. Il faut toutefois garder en tête que cette action prive les auteurs de l’œuvre, que ce soit de la musique, un film ou une série, de leur dû.

Une question de marché

En visant les pirates qui tirent profit du vol de droit d’auteur, par exemple ceux qui mettent sur pied des sites web de visionnement non-autorisés, plutôt que les internautes qui ne font que consommer le contenu, le gouvernement envoie un message, estime Michael Geist.

«On reconnaît que l’idée de viser des individus dans des cas d’utilisation non-commerciale n’est pas une stratégie efficace», dit-il.

À son avis, il s’agit moins d’une question légale et plus d’une question de marché.

«Au Canada, il y a cinq ou six ans, l’utilisation de Bittorrent [téléchargement illégal] était responsable d’environ 35% du trafic sur les réseaux internet à l’heure de pointe. Aujourd’hui, c’est descendu à 5% et la majorité des internautes sont plutôt sur Netflix, à la même heure. Donc notre responsabilité, ici, n’est pas tant de se concentrer sur les règles, mais plutôt d’offrir des alternatives légales qui soient compétitives et attirantes», estime-t-il.

En Norvège, selon une nouvelle étude, seulement 4% des personnes de moins de 30 ans téléchargent illégalement de la musique. On explique ce faible taux par la popularité des services d’écoute de musique en continu.

Les données démontrent donc que lorsqu’il y a des alternatives viables, le taux d’infraction baisse dramatiquement.

Difficiles à discerner

Mais avec la montée en popularité de l’écoute en continu, les sites web non-autorisés se multiplient et il peut être difficile de discerner ceux qui sont légitimes de ceux qui ne le sont pas. «Souvent, ces sites sont conçus pour ressembler à des sites autorisés et ils fonctionnent de façon similaire», souligne Michael Geist.

À ce sujet, il cite en exemple la couverture médiatique qu’il y a eu autour de la sortie du documentaire Citizenfour. «Plusieurs grands médias ont souligné qu’il était maintenant possible de le visionner légalement sur un site web de documentaires. Mais il s’est finalement avéré que le site en question n’avait pas l’autorisation pour le diffuser, raconte-t-il. Si plusieurs médias ont été embrouillés, je ne suis pas certain qu’on puisse s’attendre à ce qu’un internaute moyen fasse la distinction.»

 


5 trucs pour repérer les sites web non-autorisés 

1. La pub: les sites web non-autorisés sont souvent envahis de pubs et des fenêtres «pop-up» s’ouvrent au moindre clic.

2. Le nom du site web vous dit-il quelque chose? Semble-t-il affilié à une chaîne de télévision ou à un média quelconque? Par exemple, Tou.tv appartient à Radio-Canada, Netflix est un service reconnu, Club illico appartient à Vidéotron, Shomi appartient à Rogers et Shaw; les logos des compagnies qui détiennent ces services sont affichés sur leur page d’accueil et on peut généralement leur faire confiance.

3. Vous demande-t-on de payer? Si la réponse est non, posez-vous des questions. Certains services sont gratuits, mais ils sont rares. Le fait qu’on ne vous demande pas de vous abonner et/ou de payer devrait sonner une cloche.

4. La qualité des vidéos est-elle bonne? Normalement, quand on vous demande de payer pour un abonnement, la qualité des vidéos qu’on vous offre est relativement bonne. Si l’image est pixélisée et que le son est pourri, posez-vous des questions.

5. Vous propose-t-on de visionner des films qui sont encore à l’affiche au cinéma? Si oui, encore une fois, posez-vous des questions. Certains films sont lancés simultanément au cinéma et sur le web, mais c’est très rare. Si on vous propose un film avant la date annoncée de sa sortie sur DVD et Blue-Ray, c’est probablement parce qu’il a été obtenu de façon illégale.

Évidemment, il s’agit simplement de quelques trucs de base. Même en se posant toutes les bonnes questions, on peut se faire prendre.

Voici donc quelques suggestions de sites autorisés :

  • Netflix
  • Club Illico
  • Shomi
  • CraveTV
  • Tou.tv
  • Crackle

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.