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La Désirade, terre de marins

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ÎLE DE LA DÉSIRADE, Guadeloupe | La Désirade, «c’est un tout petit pays que l’on peut porter dans son cœur». C’est une île souvent battue par les vents, peuplée de marins-pêcheurs durs à la tâche, qui a durant son histoire connu l’adversité sous toutes ses formes.

Tout le monde ici – soit les 1634 habitants – réside dans le bas non loin de la mer, des belles plages et des lagons, de part et d’autre de l’unique route de 11 km qui relie les deux extrémités de l’île.

L’autre moitié de l’île, une «montagne» culminant à 273 m, est occupée par une épaisse végétation que se partagent les cabris, élevés en liberté, ainsi que les iguanes et les agoutis.

Emmanuel Robin, que l’on présente comme la mémoire de l’île dont il fut maire durant une trentaine d’années jusqu’en 2003, est un remarquable conteur. Alors que nous étions installés à la pointe de la Frégate, il m’a situé les faits marquants qui ont ponctué les quatre derniers siècles de l’histoire de l’île.

La première vocation de La Désirade, officialisée par un édit royal au début du XVIIe siècle, fut de servir de lazaret, mais aussi de lieu de relégation. Les lépreux de toutes les colonies antillaises françaises devaient ainsi être regroupés sur l’île. À peu près dans le même temps, on décida d’y reléguer les mauvais sujets. Les familles nobles payaient aussi pour que leurs rejetons jouant les trublions y soient mis à l’écart.

La léproserie, un ensemble d’une vingtaine de maisons abritant une centaine de malades, ne fut fermée que vers la fin des années 1950.

La création de domaines cotonniers par un groupe d’une cinquantaine de colons blancs vivant en autarcie avait nécessité l’introduction dans l’île de 200 à 300 esclaves noirs d’origine africaine.

Au lendemain de l’abolition de l’esclavage, en 1848, les Grands Blancs, propriétaires terriens, quittèrent les lieux. Les descendants de cadets de famille, les Petits Blancs et l’ancienne population servile y demeurèrent. Il en a résulté un métissage qui explique la physionomie actuelle de la population.

POPULATION ARC-EN-CIEL

«Ici, il n’y a pas racisme. Dans la même famille, on peut trouver toute la gamme de couleurs de peau. C’est le seul endroit de tout l’archipel de Guadeloupe où l’on trouve cet équilibre», constate Emmanuel Robin.

Entre autres épreuves qui ont frappé l’île, il y eut une épidémie de choléra à la fin du XIXe siècle, qui a tué 232 personnes sur une population de 1700 habitants.

Il y a eu aussi l’incendie qui dévasta une partie de Beauséjour, le chef-lieu de l’île, en 1928, obligeant le maire de l’époque, Philippe Daney de Marcillac, à aller quémander de l’aide auprès de toutes autorités possibles. Une rue lui est aujourd’hui dédiée à Beauséjour sous le nom de «Maire mendiant».

Plus récemment, en 1989, le cyclone Hugo a détruit la station météo installée à la pointe est de l’île. Il n’en subsiste que les murs soumis aux vandales.

Le symbole de l’opiniâtreté des Désiradiens est assurément l’alignement d’éoliennes sur «la montagne». En cas de menace de cyclone ou d’ouragan, on les couche tout simplement au sol en attendant l’accalmie.

Avec une centaine de détenteurs de permis de pêche commerciale, La Désirade arrive en tête des ports de tout l’archipel de la Guadeloupe. Les marins-pêcheurs d’ici pêchent la langouste ou traquent le marlin, le thon et la dorade coryphène.

«Une économie de type familial, c’est le développement harmonieux que l’on peut vouloir pour La Désirade. Cela revient à combiner les activités liées à la pêche, à l’élevage de cabris et au tourisme», dit Emmanuel Robin.

La forme de tourisme que l’on pratique ici se veut une immersion dans la vie des insulaires. On côtoie ceux-ci au café sur le port. Ou encore, au «Sénat», sous le carbet, où des habitués jouent aux dominos chaque soir. Ou aussi à la table des petits restaurants. Et dans tous ces lieux, on échange et on lie connaissance.

Et tout cela à quelques pas d’un superbe lagon...


REPÈRES

  • La Désirade se situe à 45 minutes de bateau à l’est de la Guadeloupe.
  • L’île ne compte que deux petits hôtels mais offre plusieurs logements et maisons à louer.
  • Bonnes tables: Lagranlag, Rose Ita, et Chez Nounoune.
  • La liaison maritime est assurée tous les jours par deux compagnies au départ de Saint-François, en Guadeloupe. Le Babou One est équipé de stabilisateurs.
  • Le Babou One propose un laissez-passer (89€) combinant trois îles et permettant de se rendre certains jours à Marie-Galante et aux Saintes. Info: www.babouone.fr
  • Air Transat, durant la saison hivernale, et Air Canada, toute l’année, desservent la Guadeloupe au départ de Montréal.
  • Infos: www.rendezvousenfrance.com; www.rendezvousenfrance.com; www.iledesirade.fr