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Mon printemps

Mon printemps
Illustration Christine Lemus

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Parce que je me sens toujours un peu bizarre quand le beau temps revient. Toute cette lumière, cette chaleur. Je me dévêts, je me sens nue, les bras à l’air, dehors, alors que mon corps a été couvert de chandails, de manteaux, de tuque et de mitaines, pendant de longs mois.

Parce que je me sens toujours un peu bizarre quand le beau temps revient. Toute cette lumière, cette chaleur. Je me dévêts, je me sens nue, les bras à l’air, dehors, alors que mon corps a été couvert de chandails, de manteaux, de tuque et de mitaines, pendant de longs mois.

Et là, tu reviens, le printemps. Tu me prépares à l’été. Mon premier été sans mon grand-père. Mon premier été où je ne pourrai pas aller à ma petite boutique préférée de Québec qui a fermé ses portes. Un premier été où je ne vivrai plus dans mon petit quartier de Montréal, déménagement oblige. Un été de petits deuils ici et là, qui laissent la place au changement, à l’adaptation.

Avec un vent chaud qui me traverse la nuque, je traverse les rues de Montréal et je constate que le temps passe et que, parfois, non, ce n’est pas vrai que plus ça change, plus c’est pareil.

Je viens de fêter mon anniversaire. Et je me rends compte que les années de ma vie passent et qu’il n’y en a jamais une qui ressemble à l’autre. Ça m’excite, ça me garde en vie et, parfois, ça me donne le vertige.

Il y aura ces étudiants qui profiteront de la température clémente pour arpenter les rues de Montréal.

Il y aura ces policiers qui auront chaud, sous leurs lourds uniformes.

Il y aura les politiciens bien à l’abri, dans le Parlement.

Vivre doucement cette douce transition pour me faire oublier cet interminable hiver austère...
 

C’est le printemps. La programmation télévisuelle estivale qui va nous bombarder d’émissions ensoleillées et dynamiques où tout le monde sourit à belles dents.

Ce sont les terrasses des restos qui vont nous accueillir à bras ouverts, avec leur deux pour un sur la bière et leur pichet de sangria.

Ce sont les garçons qui vont zieuter les gonzesses en mini-jupes, ce seront les filles qui seront contentes de pouvoir enfin les porter sans collants.

C’est le printemps pour tout le monde, pour les petits et les grands, les bons et les méchants, les indignés et les cyniques, les inconscients et les naïfs.

Un printemps lourd et bruyant d’un côté et léger et lumineux de l’autre. Avec le beau temps revient le chant des manifestants d’un côté, et le bonheur de l’autre.

J’en ferai quoi de mon printemps, je ne le sais pas. Marcher pour la Terre?! Écrire au soleil!? Vivre doucement cette douce transition pour me faire oublier cet interminable hiver austère...

Je marche vers l’été en me rappelant qu’en août, je vais voir mon frère se marier. Une célébration de l’amour, sous mes yeux, en France par-dessus le marché. Parce que même après un hiver familial où les deuils se sont accumulés, dans une société morose où on n’en finit plus de manifester, il y a encore des gens qui décident de s’aimer. Et de le célébrer.

Salut le printemps. Je vais te prendre. Avec tout ce qui m’attend.