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Larose mortuaire

Essais de littérature 
appliquée
Jean Larose, 
Boréal
photo courtoisie Essais de littérature appliquée Jean Larose, Boréal

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Pendant que des petits ninjas encagoulés qui confondent mangas et Bourdieu renversent à l’UQAM des machines distributrices en croyant renverser le système, on est en droit de se demander où va l’Université, où va le Savoir, où va la Culture.

Certes, il faut en fumer du bon pour être optimiste, et les signes se multiplient d’un important ressac envers la pensée, les artistes, les intellectuels, et ce n’est pas parce que Jean là là Tremblay ne pourra plus réciter le Notre Père au conseil municipal que la pensée critique a gagné.

On vit des moments troublants, c’est le moins qu’on puisse dire. Et il est nécessaire d’y réfléchir, d’étudier les grands courants de fond qui travaillent au corps une société qui se cherche. Encore faut-il agir en éclaireur, c’est-à-dire être le porteur d’une pensée lumineuse, sinon à quoi bon? Déplorer la noirceur en s’y vautrant est une forme de complaisance.

Avec ses Essais de littérature appliquée, publiés chez Boréal, Jean Larose accepte encore, peut-être pour une dernière fois, de sonner l’alarme et de déplorer l’état du monde. L’auteur de La petite noirceur (prix du Gouverneur général en 1987) enfourche à nouveau son cheval fourbu pour se lancer dans ce qui ressemble à une bataille perdue d’avance, livrée par habitude sur un champ en ruine.

Longtemps professeur de littérature maintenant à la retraite, Larose nous offre un mince recueil de textes publiés entre 1995 et 2010 qui, tous, déplorent l’état lamentable des choses et la mort de la Culture telle que l’auteur l’a connue : «L’humanisme était jadis transmis dans les institutions d’enseignement de l’élite cléricale et bourgeoise, mais sa disparition appauvrit toutes les classes, la langue française de tous, la culture de tous», écrit-il dans son introduction.

C’est un point de vue. Mais pour avoir longtemps fréquenté les archives de la télé de Radio-Canada, et pour avoir visionné des vox-pops de la fin des années 50, je peux affirmer avec certitude que la langue française de tous, à l’époque, était lamentable, mâtinée de franglais et syntaxiquement douteuse, au mieux. Ce que l’Élite a perdu, une partie du peuple l’a gagné.

Vieux grincheux

Mais c’est justement la nostalgie d’une élite dont il faisait partie qui traverse les textes de Larose, et la mort de sa culture n’est pas la mort de la culture tout court.

Pas grand-chose qui trouve grâce à ses yeux dans le monde d’aujourd’hui, rien, en fait, le cinéma, le multimédia, la politique, rien de bon, que des signes d’agonie... et c’est exactement ce qui a fait de lui un intellectuel dépassé, cette incapacité à voir dans le chaos contemporain autre chose que la fin des haricots. Comme si le monde ne s’était jamais réinventé dans ses multiples convulsions.

Après lui déluge, et il n’y a rien à espérer? Désolé, mais c’est un recueil de vieux grincheux. Un vieux grincheux intelligent et cultivé, oui, brillant, par moments. Mais ça ne rend pas sa compagnie attirante pour autant.

 

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