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Monsieur Québec inc.

À table avec Normand Provost

GEN-CAISSE-DEPOT-MEQ
Photo d’archives, Agence QMI

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La vente du Cirque du Soleil a fait resurgir une vieille question. Doit-on intervenir pour protéger les fleurons du Québec inc.?

La vente du Cirque du Soleil a fait resurgir une vieille question. Doit-on intervenir pour protéger les fleurons du Québec inc.?

Normand Provost, l’ex-Monsieur Québec inc. de la Caisse de dépôt, a répondu à cet enjeu qui préoccupe tous les Québécois, quelques jours avant le début des rumeurs. L’homme connaît bien les entreprises d’ici. Il a mis le nez dans plus de 1000 dossiers de financement ou d’acquisition pendant sa carrière de 34 ans, à la Caisse. Le gestionnaire nous avait aussi livré sa vision du Québec inc. du 21e siècle.


Cinq questions

Est-ce que le Québec doit protéger ses entreprises?

«Si nous sommes heureux de voir CGI ou Couche-Tard devenir des géants mondiaux, en faisant des acquisitions, il faut accepter de perdre des entreprises. Les Québécois sont plus sensibles, car nous sommes une petite population. Cela dit, quand on décide d’intervenir, il ne faut pas s’imaginer bâtir un athlète en travaillant avec un corps mort. On doit miser sur une entreprise bien positionnée sur l’échiquier mondial, qui a de bonnes perspectives de croissance et qui a une équipe de direction solide. Si ces critères sont rassemblés, il peut être avantageux d’intervenir.»

Est-ce que nos entreprises doivent sortir du Québec pour avoir du succès?

«Pas le choix. Si tu veux être un joueur de renommée mondiale, tu dois sortir du Québec. On est un marché de seulement 8 millions de personnes. La compagnie qui veut bénéficier d’une masse critique ou d’avantages concurrentiels particuliers, offerts dans certains pays, comme la proximité des ressources naturelles, n’a pas le choix de se doter des conditions gagnantes. La localisation géographique est une composante du succès.»

Quels étaient vos critères pour investir dans une entreprise?

«Mon premier critère était l’équipe de direction, mon deuxième était l’équipe de direction et mon troisième était encore l’équipe de direction. Le meilleur exemple que je peux donner est encore Couche-Tard. Il y a vingt ans, tout le monde prédisait la fin des dépanneurs car les épiceries ouvraient plus longtemps. C’est l’équipe de direction qui a fait la différence dans cet environnement en changement. Il y avait toute une équipe à la tête de Couche-Tard. Dans certaines entreprises, le succès vient du secteur, pas de la direction.»

L’IRIS évalue que 604 G$ dorment dans les coffres des entreprises du pays, dont 112 G$ au Québec. Est-ce que ça nuit à la croissance économique?

«C’est comme ça dans tous les pays industrialisés. La crise de 2008 a été tellement majeure que tout le monde a levé le pied pour renforcer son bilan et ses liquidités. Et comme la croissance a tardé à venir, les entreprises n’ont pas trouvé d’opportunités d’investissement. Ce n’est pas malsain à court terme, mais à long terme on ne peut pas garder cette situation car le capital doit travailler. Sinon, ça affecte la performance financière de l’entreprise et le retour sur investissement. Et si les entreprises sont moins prospères, il peut y avoir des conséquences sur l’économie.»

Des dirigeants étrangers ont pris les rênes de fleurons québécois. Est-ce qu’on forme une relève compétente?

«Il y a aussi des Québécois au sommet d’entreprises mondiales. Par exemple, Louis Chênevert a dirigé United Technologies et Patrick Pichette s’occupe des finances de Google. Si je compare nos dirigeants à ceux que j’ai connus ailleurs dans le monde, nous n’avons pas à être gênés. Et dans l’entrepreneuriat, les jeunes peuvent être conseillés par des mentors, des bâtisseurs d’expérience. Les Dutil, Marcoux et autres n’ont pas eu ce privilège.»

 

Brèves

Qui est-il?

Normand Provost

Normand Provost est conseiller du président de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Il a exercé plusieurs postes au sein de l’institution avant sa retraite, en 2014, dont celui de premier vice-président, Placements privés. Actuellement, il siège sur les conseils de Québecor Média et de la Fondation de l’entrepreneurship.
 

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