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16 ans de dur labeur à la poubelle

Un projet majeur du ministère de la Sécurité publique a été géré par un fonctionnaire accusé de fraude

Le système informatique qui piétine depuis 16 ans dans les bureaux du ministère permettrait notamment d’améliorer l’échange de renseignements au sein des services correctionnels, qui ont notamment été critiqués après les évasions 
d’Orsainville.
photo d’Archives Le système informatique qui piétine depuis 16 ans dans les bureaux du ministère permettrait notamment d’améliorer l’échange de renseignements au sein des services correctionnels, qui ont notamment été critiqués après les évasions d’Orsainville.

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Les ennuis se poursuivent pour le ministère de la Sécurité publique qui, cette fois, doit recommencer à zéro un projet informatique commencé il y a 16 ans et notamment géré par un haut fonctionnaire arrêté deux fois pour fraude par l’UPAC.

Les ennuis se poursuivent pour le ministère de la Sécurité publique qui, cette fois, doit recommencer à zéro un projet informatique commencé il y a 16 ans et notamment géré par un haut fonctionnaire arrêté deux fois pour fraude par l’UPAC.

Après les évasions, les dépassements de coûts dans un projet de radiocommunication et un retard de 200 % dans le projet informatique d’écoutes électroniques, le ministère éprouve encore des difficultés dans un dossier qui était pourtant qualifié de prioritaire depuis longtemps: Sentinelle.

Un des gestionnaires du projet, confirment nos documents, était Abdelaziz Younsi, le grand patron de l’informatique du ministère de la Sécurité publique, de 2006 à 2014. Dans les derniers mois, il a été arrêté par l’UPAC deux fois. Les faits reprochés ne concernaient pas Sentinelle, mais le gouvernement a entrepris une enquête administrative sur ses implications, a confirmé le ministère.

Sentinelle vise la création d’un système informatique pour un meilleur partage de l’information au sein des services correctionnels.

Dans la foulée de l’affaire Livernoche

Dans une note publiée par le ministère, il est expliqué que la volonté d’améliorer l’échange d’information a notamment été déclenchée par le cas «Alexandre Livernoche», qui avait ébranlé tout le Québec en 2000. Le jeune de 13 ans avait été assassiné par un homme qui aurait dû être derrière les barreaux, avait révélé un rapport qui exposait des problèmes sur le plan de l’échange d’information.

Durant ces mêmes années, le Québec a lancé son projet d’informatisation de la justice dans lequel devait être inclus le système pour les services correctionnels. Le projet devait être fini en 2007. En 2012, c’était loin d’être terminé et le projet a été abandonné. 40 M$ se sont envolés en fumée.

En deux volets

Au lieu de refaire un grand projet, le tout a été divisé en deux volets. Un pour la justice et un pour la sécurité publique (services correctionnels), baptisé projet Sentinelle. En 2013, le ministère nous disait que le chantier avançait bien. C’était faux. Peu de temps après, le projet évalué à 36 M$ était arrêté après des dépenses de 1,3 M$.

Et voilà qu’on a appris que l’aventure reprend pour une troisième fois puisque le ministère a récemment demandé au Conseil du trésor qu’on lui remette 15,6 M$ pour le nouveau projet, dont 12 M$ qui serviront à payer les entreprises privées. Le dossier est en analyse.


« Inquiétant pour l’administration de la justice » — Éric Caire

Le député de la CAQ Éric Caire est doublement «scandalisé» par cette ­déroute, non seulement parce que les contribuables se font avoir, dit-il, mais parce qu’il y a des impacts pour la ­sécurité du public.

Il rappelle que ce projet était d’une importance capitale il y a 16 ans pour le bon fonctionnement de la justice et de la protection publique.

«Nous sommes extrêmement inquiets puisqu’il s’agit d’un projet qui gère les dossiers de preuve. Nous sommes inquiets pour les contribuables et aussi pour l’administration de la justice», indique-t-il.

«Il est grand temps qu’une enquête soit entreprise sur ces questions, surtout en considérant qu’un des directeurs technologiques du ministère dans ce projet a été Abdelaziz Younsi. La lumière doit être faite sur tous les cafouillages de la sorte.»

Éric Caire, Député de la CAQ
Photo d'archives
Éric Caire, Député de la CAQ

Mettre une équipe en place

Le porte-parole caquiste pour les dossiers informatiques s’intéressait d’ailleurs à ce dossier depuis quelques semaines.

À son sens, il est temps qu’une équipe soit rapidement mise en place «pour amener la justice dans la modernité», a poursuivi le député, déplorant que les façons de faire n’aient pas été changées depuis 16 ans.

Si le projet n’avance pas, la porte-parole du ministère de la Sécurité publique, Alexandra Paré, nous explique que c’est notamment en raison du «contexte budgétaire actuel».

«On veut s’assurer de bien faire les choses, que ce soit la meilleure technologie», a-t-elle expliqué.

Soulignons que le site internet gouvernemental qui devrait expliquer pourquoi le projet Sentinelle dérape ne donne aucune explication. Il est même écrit que le projet était achevé à 40 % avant d’être stoppé, alors qu’en réalité, il n’était plutôt qu’au stade embryonnaire, à l’étape du dossier d’affaires.

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