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Je t'aime ma fille !

Petits pieds de bébé
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Je t’aime ma fille

J’ai volontairement attendu quelques heures avant d’écrire ces mots. Quelques heures après avoir lu cette nouvelle où, à Québec, un père a littéralement torturé son bébé âgé d’un mois à peine. Côte fracturée, palais et frein de langue partiellement arrachés, ecchymoses et autres blessures infligées par un homme qui n’aurait jamais dû avoir d’enfant.

J’ai attendu parce que mon patron et le Journal n’auraient pas été d’accord avec les premiers mots qui me sont venus en tête. Ma première réaction devant cette brutalité sans nom en était une de colère et d’incompréhension. Comment peut-on en arriver à martyriser un bébé naissant pour ensuite prétendre que c’est la petite sœur de 19 mois qui est responsable de ces voies de fait ?

L’homme de 30 ans a plaidé coupable et recevra une sentence appropriée, enfin je l’espère. La peine maximum pour ce crime est de 14 années de pénitencier et les plaidoiries sur sentence auront lieu au mois de juin prochain.

Après la colère me sont revenus en mémoire quelques dossiers où des enfants s’étaient retrouvés victimes durant ma arrière de policiers. Des enfants, des bébés qui n’avaient jamais demandé à venir au monde dans la violence, l’abus et le rejet, comme si la chose était possible. Certains ont survécu et d’autres sont morts, des bébés, des enfants.

J’ai déjà mentionné avoir travaillé à Interpol. Les dossiers d’exploitation sexuelle des enfants sur lesquels j’ai travaillé comprenaient aussi des bébés de quelque mois à peine. Vous pouvez imaginer le dégout du policier, du père, quand je voyais des enfants abusés par des adultes lâches et inhumains.

Savez vous à quoi ressemble un bébé « shaké » sur une table d’autopsie ? Je le sais, je l’ai vu avant que le scalpel du pathologiste n’entreprenne ses recherches sur le corps d’une frêle poupée devenue sans vie par la rage d’un parent ou d’un chum.

Ou encore essayer de comprendre comment il est possible d’enfoncer un bas dans la bouche d’un bébé qui a le rhume et qui pleure. Ça dérangeait les ébats de sa mère et de son ami du moment à ce qu’il parait. Bof, le bébé est mort étouffé, et puis après ?

Retour à Québec

Selon ce qui est rapporté, la conjointe de l’homme aurait protégé celui-ci, refusant de porter plainte. Est-ce que l’on va ensuite apprendre qu’elle avait peur de porter dénoncer ? Elle craignait la violence de quelqu’un dont la manifestation du contrôle s’exprime en coups sur un bébé au point de lui causer de cruelles blessures ? C’est possible, ça s’est déjà vu. 

Il existe des solutions pour éviter de transformer les enfants en victime. La première et la plus sûre, n’en faites pas ! C’est juste trop simpliste, je le sais. Il y a cependant d’autres alternatives avant d’en arriver à la violence envers les enfants. Il y a des groupes d’entraide plein le bottin téléphonique. Pour les hommes, pour les femmes, avant d’en venir au coups et d’abuser d’un bébé.

Pour éviter que l’impatience et la frustration ne deviennent des plaies et des points de suture, il y a des solutions. De se servir du téléphone pour faire un appel à l’aide au lieu de s’en servir pour frapper un enfant, c’est possible. Aller prendre l’air quelques minutes pour éviter de perdre la carte, ça se fait !

Et ma fille dans tout ça ?

Elle est belle, c’est une jeune femme merveilleuse. Oui elle a changé ma vie, oui elle a chambardé mon quotidien quand elle est née, elle le fait encore, plus de vingt ans après sa naissance. Mais jamais au point de devenir violent à son égard, jamais !

Elle ne s’en souvient pas mais la première fois où j’ai été confronté à la mort d’un bébé brassé, je suis revenu à la maison ce jour là en faisant un détour par une bijouterie. Ce jour là, elle a reçu sa première paire de boucle d’oreilles. Je me souviens l’avoir pris dans mes bras, m’être assis dans mon fauteuil et lui avoir parlé doucement, longuement, en la berçant.

Elle avait alors 3 mois, le même âge que la poupée vue quelques heures plus tôt sur les dalles de la morgue...
 


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