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États-Unis : la primaire des milliardaires

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Cette fin de semaine, les aspirants à la nomination républicaine pour la présidentielle de 2016 convergent vers Las Vegas pour courtiser des milliardaires. C’est l’élection primaire «invisible», où bien des choses sont décidées avant qu’un seul vote n’ait été déposé.

L’élection présidentielle de 2016 devrait coûter plus de 5 milliards $ aux grands partis. Ce sera environ le double des dépenses de 2012 et presque le quadruple de celles de 2008.

Ces montants frappent l’imagination, mais les États-Unis sont un pays riche et immense où on dépense plus en publicité pour bien des produits de consommation que pour l’élection d’un président. Le problème, c’est que cet argent doit venir d’un trop petit nombre de donateurs, dont l’influence devient incontournable. Comme les candidats ne peuvent pas compter sur suffisamment de petits dons, ils doivent solliciter l’appui de mégadonateurs, qui s’attendent à un retour sur leur «investissement».

À chacun son milliardaire

À Las Vegas aujourd’hui, les candidats courtisent le multimilliardaire Sheldon Adelson, qui avait dépensé 93 millions $ pour les républicains en 2012 et dont le favori cette fois-ci serait Marco Rubio. Pour les candidats républicains, l’essentiel de la campagne à ce stade-ci consiste à recueillir l’appui de ces milliardaires qui leur garantiront les fonds pour survivre une dure campagne et leur donneront accès à leurs vastes réseaux d’amis aux poches profondes.

En tête de ce groupe sélect se trouvent les frères Charles et David Koch, qui valent plus de 80 milliards $ et qui ont clairement signalé qu’ils appuieront le républicain dont les engagements s’aligneront le mieux sur leurs priorités, notamment la maximisation de l’exploitation pétrolière aux États-Unis et au Canada.

Évidemment, les démocrates doivent eux aussi s’attirer les faveurs de mégadonateurs. Même si leur programme politique les situe nettement à gauche des républicains, cette dépendance financière laisse des traces.

Inégalités économiques et malaise démocratique

Cette concentration du pouvoir entre les mains d’une infime minorité et la croissance des inégalités de revenus aux États-Unis font craindre à plusieurs que le pays s’éloigne de son idéal démocratique et ressemble davantage à une oligarchie ou une ploutocratie.

En effet, les politologues constatent que les préférences du citoyen moyen influencent les politiques, mais lorsque ces préférences s’opposent à celles des mieux nantis, c’est pratiquement toujours les mieux nantis qui l’emportent. De plus, une bonne partie des classes moyennes et inférieures perçoivent leurs intérêts comme étant semblables à celui des nantis, alors que cette concordance est souvent illusoire.

En quoi ceci nous concerne-t-il? Les inégalités de revenus sont moins élevées chez nous qu’aux États-Unis, mais la tendance est à la hausse. On note aussi, comme dans le dernier budget fédéral, une propension des gouvernements à favoriser l’intérêt des mieux nantis, en comptant sur le fait que bien des électeurs moyens assimilent leurs intérêts à ceux des plus riches, parfois à tort.

Quant au coût exorbitant des campagnes électorales et à leur financement de plus en plus réservé à une élite à l’influence démesurée, nos voisins nous montrent une voie à ne pas suivre.

 

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