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Des toxicomanes fragilisés par des coupes à l’aide sociale

Une quarantaine de centres de thérapie risque de fermer ses portes

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À 18 ans, la jeune Tanya veut se sortir de la toxicomanie pour de bon. Sobre depuis un mois et demi, elle craint de devoir reprendre le chemin de la prison, alors que les nouvelles coupes dans l’aide sociale ne lui permettront plus de payer ses frais de séjour en thérapie.

«Si je suis ici, c’est que j’ai choisi de me sortir du cercle vicieux. Mais avec ces coupes, je vais retourner à Tanguay et retomber dans le même pattern», explique Tanya Michaud-Bonsant, depuis la Maison Renasci, en Estrie, où elle séjourne selon une ordonnance de la Cour.

«Mes parents ne sont pas présents. C’est l’aide sociale qui m’aide à me sauver la vie», ajoute-t-elle.

Comme des milliers d’autres Québécois, Tanya reçoit 747 $ chaque mois de l’aide sociale pour couvrir, entre autres, les frais liés à sa thérapie contre la dépendance. Mais dès demain, cette prestation passera à 200 $ en vertu des nouvelles mesures appliquées par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale. Ce montant n’est même pas suffisant pour payer les 350 $ par mois que la Maison Renasci lui charge.

Quand Tanya a été arrêtée pour vol le mois dernier, elle sortait à de prison. Elle consommait du cannabis, de l’ecstasy, du speed, de la cocaïne et de l’opium.

«J’ai vraiment touché le fond du baril. Chaque jour, je me levais et je voulais m’en sortir, mais je n’avais pas le support pour le faire.»

Si elle est aujourd’hui très fière de sa sobriété, Tanya se sent encore fragile. Elle rêve d’étudier en littérature. Pas question pour elle d’être une «bs» ou une voleuse.

«Je veux avoir une vie normale», dit-elle.

Le directeur de la Maison Renasci, Étienne Lavoie, qui craint de devoir fermer ses portes, ne cache pas sa colère par rapport à ces coupes. «Cette mesure-là n’a aucun sens. J’ai l’impression que le ministère ne s’est pas renseigné sur ce que ça coûte d’être hébergé en maison de thérapie.»

Quatre personnes ont déjà quitté hâtivement leur thérapie chez lui depuis la semaine dernière, par peur de manquer de moyens, et une baisse des inscriptions lui fait craindre le pire.

Une quarantaine de centres en danger

Selon le directeur général de l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance, Vincent Marcoux, une quarantaine d’établissements, sur les 73 que compte le Québec, se retrouvent dans cette situation.

C’est aussi le cas du centre d’aide contre la dépendance Dianova, à Terrebonne. Pascal Corbeil, qui y est depuis un mois, se demande lui aussi comment il fera pour payer le reste de sa thérapie de six mois. Bien qu’il n’ait pas emprunté la voie carcérale, c’est la quatrième fois qu’il entreprend cette démarche. Et il entend bien la terminer, cette fois.

«Je vais sortir avec encore plus de dettes accumulées. Je ne sais pas comment je vais pouvoir rester, j’ai besoin de cette thérapie», lance-t-il.

«Ça coûtera beaucoup plus cher»

Seulement à la Maison Renasci ce sont 27 personnes qui devraient reprendre le chemin de la prison si le centre ferme ses portes.

«Et ça coûtera beaucoup plus cher à l’État! s’exclame Étienne Lavoie. Ici, une personne coûte 74 $ par jour, alors qu’en prison, c’est 300 $. C’est totalement illogique.»


- Avec la collaboration de Denise Proulx

Brèves

Le ministère entretient la confusion

Depuis que les bénéficiaires de l’aide sociale qui séjournent dans un centre de traitement de la dépendance ont appris que leur prestation passerait de 747 $ à 200 $ par mois, le ministère ne cesse de leur envoyer des lettres de précision.

Certaines personnes ont reçu jusqu’à trois lettres du ministère en deux semaines, leur disant qu’elles pourraient avoir droit à de l’aide supplémentaire si elles ont un logement à payer. Mais on ne leur précise pas le montant ni comment recevoir cet argent. On les renvoie à leur Centre local d’emploi.

Certains bénéficiaires qui perçoivent de l’aide extérieure se voient carrément couper leur chèque. «Ils n’auront plus le droit d’être bénéficiaires de l’aide sociale ni de participer au centre de thérapie», s’insurge Bruno Ferrari, le directeur du centre Dianova.

Aide gouvernementale

Pour chaque personne en désintoxication, le ministère verse 1517$ au centre de thérapie, soit 50 $ par jour. Le Centre Dianova demande également entre 10 $ et 14 $ par jour à chaque résident. À la Maison Renasci, en Estrie, on charge 11$ de plus par jour.

Au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, on explique que les 200 $ sont une allocation pour les besoins personnels des résidents, et non pour payer leur thérapie.

«Les centres qui ont des difficultés à y arriver [avec les 1517 $ alloués par le gouvernement] sont invités à consulter le ministère. La porte est ouverte pour un soutien additionnel», a dit au Journal le porte-parole du ministère, David McKeown.

La prestation supplémentaire pour logement peut aller jusqu’à 416 $, a-t-il expliqué.

Une lettre avisant les bénéficiaires du changement a été postée le 14 avril, jour de la conférence de presse du ministre Sam Hamad où il annonçait des coupes dans l’aide sociale. Cette mesure devrait permettre des économies de 6,1 M$, selon le ministère.

Toutefois, «ces modifications n’ont pas été mises en place par souci d’économie, mais pour une question d’équité», a précisé M. McKeown.

- Camille Laurin-Desjardins, Le Journal de Montréal et la collaboration de Denise Proulx

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