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Les mauvais millions

Hélène David
Photo d'archives Hélène David

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On ne va pas se plaindre, quand même. Treize millions pour le livre, ce n’est pas des pinottes, et le milieu a très bien réagi à l’annonce de la ministre de la Culture, Hélène David quant à son Plan d’action sur le livre.

On ne va pas se plaindre, quand même. Treize millions pour le livre, ce n’est pas des pinottes, et le milieu a très bien réagi à l’annonce de la ministre de la Culture, Hélène David quant à son Plan d’action sur le livre.

L’Union des Écrivains du Québec dit merci. Les éditeurs disent merci. Les libraires disent merci. Les bibliothèques disent merci.

En période d’austérité, c’est considérable: 12,7 millions de dollars sur deux ans, dont 10,7 d’argent frais. Achat de livres et d’ouvrages numériques pour les bibliothèques. Animation en bibliothèques, clubs littéraires et ateliers d’écriture pour promouvoir le livre. Aide au passage numérique pour les libraires. Aide fiscale pour les éditeurs.

Le lecteur

On n’a oublié personne, ou presque.

On a juste oublié le lecteur.

Mais non, nono, il ne s’agit pas d’offrir des millions aux lecteurs pour qu’ils puissent s’acheter des livres!

Je parle d’éducation.

Parce que voyez-vous si le monde du livre se porte de plus en plus mal, ce n’est pas parce qu’on manque de livres ou d’écrivains. C’est qu’on manque de lecteurs. En ce sens, le plan d’action du gouvernement libéral est typique: on soutient l’industrie plutôt que le citoyen.

On aide les éditeurs, mais on coupe dans l’éducation. Cherchez l’erreur.

Dans les cours de français au cégep, ils sont 45 étudiants par classe. C’est 15 de trop pour offrir un véritable suivi, pour accompagner les étudiants les plus faibles, ceux qui lisent mal et lentement, et ne réussissent pas vraiment à entrer dans un livre sans qu’on leur tienne la main.

Quand un prof a 45 étudiants devant lui, il enseigne pour la moyenne. Je veux dire par là qu’il s’adresse principalement aux 20 étudiants qui saisissent plus ou moins bien, ceux qui ne sont ni trop mauvais ni trop bons. Les plus forts, les plus allumés, il les laisse se débrouiller tout seuls. Mais les plus lents, les plus faibles aussi on les laisse plus ou moins à eux-mêmes, et ceux-là abandonnent la partie avant même de commencer à jouer. Ils ont de la difficulté à entrer dans un livre? Alors ils ne liront pas de livres, plus jamais, dès qu’ils ne seront plus obligés de le faire, point à la ligne.

Un drame

On ne manque pas de lecteurs parce que les livres sont plates ou que les écrivains utilisent des mots trop compliqués. On manque de lecteurs parce que 50 % de la population est constituée d’analphabètes fonctionnels, y compris ceux qui vont au cégep. Ça veut dire que la moitié de la population québécoise, de tout âge, de toutes origines, trois millions de personnes qui peinent à lire et à comprendre un simple message écrit.

Soutenir l’industrie, oui, bon d’accord, je veux bien. Mais abandonner trois millions de citoyens à leur analphabétisme, c’est, à mes yeux, un drame, c’est même un crime.

Or cette statistique ne bouge pas, sous le PQ, sous les Libéraux, c’est toujours la même. La moitié de la population ne sait pas assez bien lire pour comprendre l’article que vous avez sous les yeux.

La véritable question c’est: à qui profite ce crime?

 

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