/news/education
Navigation

Les profs forcés de s'améliorer

Pamela Morris, Don Campbell et Vanessa Zahra enseignent à l’école primaire Madoc Drive, à Brampton, où ils suivent des ateliers de formation tous les mois.
Photo Le Journal de Québec, Daphnée dion-viens Pamela Morris, Don Campbell et Vanessa Zahra enseignent à l’école primaire Madoc Drive, à Brampton, où ils suivent des ateliers de formation tous les mois.

Coup d'oeil sur cet article

MISSISSAUGA – Au cours des dernières années, les résultats des élèves ontariens se sont améliorés de façon spectaculaire, ce qui a permis de diminuer le décrochage scolaire. Pour y arriver, des formations obligatoires pour les profs ont été mises sur pied dans les écoles où les bulletins des élèves étaient plus faibles que la moyenne provinciale.

Samedi, Le Journal a levé le voile sur la recette du succès ontarien, qui a permis de faire passer le taux de diplomation de 68 % à 84 % en 10 ans seulement. L’un des secrets de ce succès: la formation des enseignants.

C’est ce qui a permis à l’école secondaire T. L. Kennedy, qui n’a pas toujours eu bonne réputation, d’améliorer considérablement les résultats de ses élèves en mathématiques.

«On ne dit pas aux profs qu’ils n’enseignent pas bien. On leur dit: voici des stratégies qui marchent, appuyées par la recherche, et on aimerait que vous les essayiez. Et ça fait vraiment toute la différence», affirme le directeur adjoint, Brent Serebrin. Présentement, 95 % des élèves de 9e et de 10e années obtiennent la note de passage, même si l’école est située en milieu défavorisé.

Un groupe de six enseignants se rencontre toutes les trois semaines, pendant une demi-journée, pour faire le point sur les difficultés des élèves et trouver comment les aider.

Dans les écoles du conseil scolaire de Peel, l’enseignement explicite est très répandu.

BIEN REÇUE PAR LES ENSEIGNANTS

Cette formation, qui est obligatoire, est finalement bien reçue par les enseignants, raconte Dolly Mehra.

«Au début, oui, c’était vu comme une autre chose qui s’ajoutait sur notre pile de choses à faire. Mais, ensuite, quand on s’est assis ensemble et qu’on a fait le travail, on a commencé à voir les résultats chez nos élèves. C’est vraiment impressionnant!» lance cette enseignante d’anglais qui n’a pas eu un échec dans sa classe depuis le début de ce programme de formation, il y a cinq ans.

DU NOUVEAU TOUS LES MOIS

Un programme semblable existe aussi pour des écoles primaires où les résultats des élèves sont plus faibles. Encore une fois, la formule varie d’une école à l’autre. À l’école primaire MacDoc Drive, située à Brampton, c’est la conseillère pédagogique Wendy Nearing, du conseil scolaire de Peel, qui anime les ateliers qui se déroulent pendant deux demi-journées, une fois par mois. «On demande aux enseignants d’essayer une nouvelle pratique tous les 30 jours», explique-t-elle.

La directrice de l’école, Claudine Stuccato, participe aussi aux formations. «L’idée, ce n’est surtout pas de blâmer les enseignants, mais d’apprendre tous ensemble», dit-elle.

Et, visiblement, les profs ont répondu à l’appel. «J’ai appris plus cette année, avec les formations, que pendant les cinq dernières années, lance Don Campbell, qui enseigne depuis 15 ans. Ça nous permet de devenir de meilleurs enseignants et de développer une excellente collaboration entre nous.»

Sa collègue Paméla Morris renchérit: «En changeant ma façon d’enseigner, ça permet à mes élèves d’aimer les mathématiques, alors que c’était loin d’être le cas l’an dernier.»


Les résultats des élèves en hausse

  •  De 54 % à 72 %

- Le pourcentage d’étudiants de troisième et de sixième années qui atteignent les normes provinciales en français et en mathématiques, entre 2003 et 2014.

  • De 700 à 63 écoles

- Nombre d’écoles primaires où moins du tiers des élèves atteignent les normes provinciales en mathématiques et en français, de 2004 à 2014.


Mettre les profs dans le coup

Il est difficile d’apporter un vent de changement dans les écoles si les enseignants n’y adhèrent pas. Le succès de la réforme ontarienne s’explique aussi par le fait que les enseignants ont été mis dans le coup dès le départ. La réduction du nombre d’élèves par classe et les augmentations de salaire ont aussi pesé dans la balance.

Michael Fullan, expert de renommée internationale et conseiller spécial du gouvernement de l’époque, insiste aussi beaucoup sur l’importance de travailler en étroite collaboration avec les profs.

«On a fait la réforme en partenariat avec les enseignants, avec beaucoup de consultation et sans avoir une approche punitive comme on voit souvent aux États-Unis», affirme-t-il en entrevue au Journal. Le programme d’évaluation des enseignants qui existe en Ontario a d’ailleurs été modifié sous le gouvernement de Dalton McGuinty, arrivé au pouvoir en 2003.

Cette approche de collaboration — et non de confrontation — explique que la réforme ait donné les résultats attendus, conclut aussi l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un récent rapport sur le modèle ontarien.

DÉCISIONS POLITIQUES

M. Fullan reconnaît par ailleurs que quelques décisions, comme la réduction du nombre d’élèves par classe au début du primaire en 2006, ont été prises pour des raisons politiques.

«On sait que la réduction du nombre d’élèves par classe ne signifie pas nécessairement une augmentation des résultats des élèves. C’est un fait démontré par la recherche. Mais il y avait de bonnes raisons politiques de le faire à l’époque», explique-t-il, tout en rappelant que l’accent a surtout été mis sur la formation des enseignants.

Dans le cadre de précédentes négociations avec les profs, des augmentations de salaire ont aussi été consenties, si bien que les enseignants gagnent aujourd’hui environ 25 % de plus qu’en 2003, avant l’arrivée au pouvoir des libéraux.

Mais le vent a tourné depuis. En 2013, le gouvernement a imposé un gel de salaire aux enseignants et demande la même chose lors de la présente ronde de négociations.

Les syndicats d’enseignants contactés par Le Journal ont d’ailleurs refusé de commenter ce dossier en raison des négociations en cours avec le gouvernement.


Une ombre au tableau: des profs en grève, des élèves privés d’école

Le succès entourant la lutte au décrochage en Ontario pourrait être assombri par le climat tendu qui règne présentement entre les enseignants et le gouvernement, dans le cadre des négociations pour le renouvellement de leur convention collective. Déjà, des profs sont en grève générale illimitée dans quelques conseils scolaires et les enseignants du primaire ont annoncé une grève du zèle à partir du lundi 11 mai. «Oui, ça peut affecter le portrait d’ensemble. Mais je crois qu’à ce stade-ci, il s’agit d’un processus normal de négociation et j’espère que ce sera réglé d’ici quelques mois», affirme Michael Fullan, doyen émérite de l’Institut des études pédagogiques de l’Université de Toronto, qui conseille toujours le gouvernement libéral en matière d’éducation.


Des profs aussi mieux payés

Ontario

Salaire minimum: 44 590 $

Salaire maximum (après 10 ans): 75 336 $

Québec

Salaire minimum: 40 317 $

Salaire maximum (après 15 ans): 72 212 $

Au premier échelon, l’écart est de 10,6 %.

Au dernier échelon, l’écart est de 4,3 %.

* Source: Indicateurs de l’éducation au Canada, Statistique Canada

 

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.