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Les défis d’être mère en 2015

«On dirait qu’on n’en fait jamais assez. On s’impose toutes l’image de la mère parfaite», dit Mélanie Boisvert, entourée d’Émile, 9 ans, et de Maëlle, 6 ans. La maman croit malgré tout avoir trouvé le bon équilibre entre son emploi et le temps passé avec ses enfants.
Photo Agence QMI, Marie-ève Phaneuf «On dirait qu’on n’en fait jamais assez. On s’impose toutes l’image de la mère parfaite», dit Mélanie Boisvert, entourée d’Émile, 9 ans, et de Maëlle, 6 ans. La maman croit malgré tout avoir trouvé le bon équilibre entre son emploi et le temps passé avec ses enfants.

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Être mère en 2015, c’est travailler à temps plein, s’occuper encore davantage des enfants que son conjoint, effectuer toujours plus de tâches ménagères, mais aussi ressentir une pression sociale, peu importe les choix qu’on fait. Être mère en 2015, c’est donner l’impression d’être Wonder Woman. Ou plutôt, c’est rêver d’avoir les pouvoirs de cette héroïne pour arriver à tout faire.

Conciliation travail-famille

Le plus grand défi de la maman, en 2015, reste de trouver un équilibre entre le boulot et le temps passé auprès de sa famille.

«C’est l’enjeu qui préoccupe le plus la jeune génération, on le voit dans les sondages, dit Julie Miville-Dechêne. Elle cherche un meilleur équilibre, et ne veut pas sacrifier sa vie de famille pour sa carrière.»

Les mères au travail représentent maintenant la norme. Elles veulent mener une carrière, mais sont souvent déchirées, remarque la présidente du Conseil du statut de la femme.

«Les attentes sont très élevées et c’est dur de gagner sur tous les tableaux.»

D’ailleurs, la mère qui ne prend pas tout son congé parental se bute encore souvent à de l’incompréhension de la part de son entourage, fait-elle remarquer.

Les mesures de conciliation travail-famille ont fait un bon pas au cours des dernières années, surtout dans le secteur public, mais ne sont pas encore la norme, croit Mme Miville-Dechêne.

Et selon Francine Descarries, il ne faut pas se leurrer: c’est très souvent la mère qui fera ces aménagements.

Pour l’auteure Martyne Huot, fondatrice du site d’information Réseau Familles, l’important est d’établir des priorités, si on ne veut pas être constamment à bout de souffle.

«Les planchers ne seront peut-être pas vernis et les verres en cristal pas lavés, mais on va avoir passé une belle journée à ne rien faire en famille», illustre-t-elle.

La maternité retardée

Les femmes ont de moins en moins d’enfants, et les ont de plus en plus tard.

«Le pic de la fertilité, pour la femme, vient justement au moment où sa carrière prend son envol, habituellement, souligne Julie Miville-Dechêne. Donc plusieurs choisissent de retarder la maternité pour pouvoir s’épanouir davantage professionnellement.»

Mais ce n’est pas toujours évident pour les femmes qui font ce choix. Car avoir un enfant plus tard signifie aussi avoir moins d’énergie. La sexologue Julie Pelletier, également chroniqueuse au Journal, remarque ce défi chez sa clientèle.

«En période de périménopause, on a des symptômes de fatigue, on est plus à fleur de peau. Et toutes ces choses à gérer, avec un enfant en bas âge, c’est un gros poids sur les épaules.»

Mais la maternité plus tardive a également de bons côtés, comme la maturité.

«En vieillissant, c’est plus facile de mettre de côté ce qui n’est pas important et de se concentrer sur ce qu’on veut vraiment. Alors qu’à 20 ans, on veut tout avoir et tout faire.»

Le partage des tâches

«Les mères en font toujours plus, mais les hommes font des progrès.»

Tel est le constat que fait la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, à propos de la toujours épineuse question du partage des tâches domestiques entre les mères et les pères.

«Les jeunes pères passent plus d’heures à s’occuper des enfants, mais ça stagne un peu en ce qui concerne les tâches domestiques», constate Mme Miville-­Dechêne.

Ce qu’on appelle la «charge mentale», soit la prévision des soupers et l’organisation des horaires de chacun, revient encore très souvent à la mère, ajoute-t-elle.

Mais les choses tendent à changer, remarque la fondatrice de l’Institut de recherche en études féministes de l’UQAM, Francine Descarries.

«Un père a maintenant la permission de consoler un enfant, il va lui mettre un chapeau... Ce sont des gestes qui n’existaient pas il y a 30 ans!»

témoignages de mamans

Elles réussissent à coordonner le boulot, les courses et les tâches ménagères, s’occupent de leurs bambins, les aident à faire leurs devoirs... Mais les jeunes femmes sondées par Le Journal confient qu’elles ressentent beaucoup de pression sociale par rapport à leur statut de maman.

«J’aime travailler et me réaliser. Mais jamais au détriment de mes enfants, du temps passé avec ma famille. Je ne me verrais pas faire plus d’heures», affirme Mélanie Boisvert.

La maman de deux enfants travaille en coordination d’événements et a la chance d’avoir un horaire stable, en semaine, de 8 h 30 à 16 h 30.

«Je ne me verrais pas arriver chez moi à 18 h 30 et devoir commencer à faire le souper... Qu’est-ce qu’il te reste comme qualité de vie avec tes enfants?» se demande-t-elle.

Mélanie, 39 ans, a la garde de ses enfants et s’apprête à emménager avec son conjoint qui a déjà une adolescente de 14 ans.

«C’est sûr que je suis à la course. Le soir, quand je reviens, le bain, les devoirs, les inscriptions à des activités, les interventions parentales quand c’est nécessaire... Ça fait beaucoup de choses à gérer. Mais je crois avoir trouvé un bon équilibre.»

Pourtant, Mélanie avoue avoir souvent «le syndrome de la montagne» et être stressée devant tout ce qu’elle a à faire.

«Le stress, pour les mères, maintenant, est à un autre niveau. C’est la performance, la rapidité, la consommation. On dirait qu’on n’en fait jamais assez. Et on s’impose toutes une image de la mère parfaite.»

C’est aussi de cette pression que tente de se défaire Emilie Sarah Caravecchia, jeune mère de deux petits garçons et professeure de littérature au cégep. Ses horaires de cours peuvent faire en sorte qu’elle finisse tard, selon les sessions.

«C’est sûr que je veux leur donner le meilleur. Des fois, je ressens de la culpabilité, quand je manque de temps avec eux.»

Mais la maman de 33 ans a besoin de travailler, et d’être stimulée intellectuellement. Et elle l’avoue: elle est heureuse dans les deux sphères de sa vie et pense aussi avoir trouvé un bon équilibre. Il faut dire que les deux papas de ses bambins sont très présents, tient-elle à préciser.

Mathilde Lavigne, 33 ans, est comédienne, donc travailleuse autonome. La maman de deux jeunes enfants travaille aussi à temps partiel dans un bar, donne des cours de tutorat en français à des élèves du cégep et vend des bijoux.

«Je me sens chanceuse, parce que je peux être davantage avec mes enfants quand j’ai moins de contrats, comme je n’ai pas d’emploi régulier de 9 à 5», explique-t-elle.

Mais dans ces moments, elle a aussi l’impression d’être parfois «maman à la maison», ce qui n’est pas très valorisé dans la société, ajoute-t-elle.

«On se définit tellement par le métier qu’on fait, aujourd’hui. Et pas pour le souper que tu prépares ! La pression, pour moi, est d’être socialement considérée en gagnant ma vie, tout en ayant des enfants.»


Statistiques

Sources: Sondage Léger réalisé en 2014 pour Le Journal, Institut de la statistique du Québec et Conseil du statut de la femme

 

 

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