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L’âge du trop

L’effet papillon

Jussi Adler-Olsen, Albin-Michel
Jussi Adler-Olsen, Albin-Michel

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«J’ai décidé de laisser de côté mon esprit critique, et je me suis bien amusé», a dit Jules, 15 ans, à la sortie du cinéma. «C’était nul, mais c’était bien», a-t-il ajouté, et ce dernier commentaire pourrait s’appliquer à la moyenne des gros films américains des dernières années.

«J’ai décidé de laisser de côté mon esprit critique, et je me suis bien amusé», a dit Jules, 15 ans, à la sortie du cinéma. «C’était nul, mais c’était bien», a-t-il ajouté, et ce dernier commentaire pourrait s’appliquer à la moyenne des gros films américains des dernières années.

Évidemment, on ne s’attend pas de Thor qu’il cite Schopenhauer, même si Freud se serait bien amusé en analysant son rapport intime avec son gros marteau, les personnages de superhéros ne seront jamais bien plus consistants que la mince feuille de papier qui les a vus naître. Il est cependant douloureux d’imaginer que des hommes et des femmes de pouvoir, supposément intelligentes, aient lu le scénario des Avengers: l’ère d’Ultron et se soient dit: «scénario, nul. Dialogues, nuls. Super, on va y investir 150 millions de dollars!»

Le cinéma hollywoodien n’a plus grand-chose à voir avec les êtres humains qui constituent sa clientèle cible. La vie des Dieux et des ultra-riches en armure de métal ne nous renvoie au fond qu’à notre petitesse, nos dettes, nos incertitudes et nos fragilités. S’ensuit une course au plus, au trop: plus d’effets spéciaux, plus de batailles interminables, plus d’héroïsme, d’ennemis, de dangers. L’écran de cinéma est une explosion de couleurs et de sons qui nous plonge dans une transe nourrie de popcorn, une sorte de lavage de cerveau. Et pourtant, jamais le citoyen ordinaire n’a-t-il eu si peu de pouvoir sur son destin depuis l’invention du cinéma.

Effet papillon

Je suis bon public. Je sais faire la différence entre le divertissement et le septième art. Mais il y a quelque chose de pourri au royaume d’Hollywood qui contamine également les autres formes d’art ou de divertissement, comme par une sorte d’effet papillon.

L’effet papillon, c’est d’ailleurs le titre du dernier opus de Jussi Adler-Olsen, dont la série de romans noirs m’avait jusqu’à présent beaucoup intéressé. Une petite unité de policiers danois rouvre des dossiers abandonnés. Cette unité V est composée d’un inspecteur qui traîne un puissant sentiment de culpabilité, d’une assistante limite schizophrène et d’un réfugié musulman drôle et inquiétant à la fois.

Les quatre premières enquêtes département V se lisait avec bonheur, avec ce qu’il fallait de divertissement et d’humanité pour qu’on passe un bon moment sans se sentir manipulé, et avec un supplément de complexité qui nous portait réfléchir un tantinet.

Rien de cela dans l’Effet papillon. Poursuites interminables et répétitives, situations invraisemblables. J’en veux pour preuve la situation initiale : un jeune garçon s’enfuit dans les bois pour échapper à ses poursuivants, dans le noir, et décide de se creuser un trou exactement là où les mêmes poursuivants avaient jadis enterré un cadavre. Dans les bois et dans le noir! Quelle coïncidence! Et tout le reste est à l’avenant : tiré par les cheveux, dans le but d’en mettre plein la vue.

Il est douloureux d’imaginer que des éditeurs supposément intelligents, aient lu le manuscrit et se soient écriés : «chouette, on le publie». C’est pourtant le cas.

Super zéro.

 

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