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David Letterman : survivre aux crises...

Late Show with David Letterman
CBS

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À peu près tout a été dit et écrit sur David Letterman qui a tiré sa révérence cette semaine après 33 ans à l’animation d’un talk-show de fin de soirée aux États-Unis. Son autodérision légendaire, son art inégalé de l’entrevue, ses fameux « Top Ten » complètement débridés... Ce que je retiens de cet animateur hors norme a plus ou moins à voir avec le tsunami d’hommages qui a déferlé sur lui au cours des dernières semaines.


David Letterman est entré à CBS en 1993, après 11 années à NBC, mais surtout, après avoir subi une humiliation professionnelle éminemment publique. Grand favori pour succéder au monstre sacré Johnny Carson à la barre du Tonight Show (dont il était le remplaçant régulier), Letterman a été platement tassé au profit de son rival Jay Leno.


Coup cruel du tout aussi cruel destin télévisuel, Letterman n’a jamais pu oublier...  Mais plutôt que d’en pleurer, il a choisi, fidèle à lui-même, d’en rire jusqu’à la fin. Même au moment de livrer son tout dernier monologue en ouverture d’émission, à quelques minutes de sa retraite, mercredi soir, à 67 ans.


« Pour être honnête avec vous, ça commence à avoir l’air que je n’aurai pas le Tonight Show! » Clin d’œil suave à un revers amer subi il y a plus de 20 ans. Du Letterman à son meilleur.


En janvier 2000, autre coup dur pour l’humoriste issu d’une famille tricotée serrée d’Indianapolis. Et celui-là, très personnel: une chirurgie d’urgence pour des problèmes cardiaques qui ont tué prématurément son père 27 ans plus tôt. Lors qu’il revient à la barre du Late Show après cinq semaines d’une convalescence très médiatisée, pas une once de mélodrame.


« Vous ne devinerez jamais ce qui m’est arrivé... J’ai subi un quintuple pontage. Et en plus, je me suis fait couper les cheveux! ».


Devant nous à l’écran, un animateur en pleine possession de ses moyens, qui nous montrait tout bonnement comment passer à autre chose après le choc de la maladie.


Lors d’une période infiniment triste de l’histoire américaine, sept jours après les attentats du 11 septembre 2001, c’est d’ailleurs à lui qu’est revenu la délicate tâche de recommence à faire rire les New-yorkais et l’Amérique toute entière.


« Si vous vivez jusqu’à l’âge de mille ans, arriverez-vous un jour à comprendre ça?... ». Là encore, il a trouvé les mots et le ton juste. Il nous a consolés, donné du courage.


Le regarder remercier sa femme Regina et son fils Harry dans l’assistance lors des dernières minutes de sa dernière émission m’a fait encore plus réaliser l’immense capacité de Letterman à survivre aux crises.


« Merci d’être ma famille. Je vous aime tous les deux et c’est tout ce qui compte, n’est-ce pas? » 


Évidemment, on a tous pensé à ce gênant épisode d’octobre 2009 où l’animateur, victime de chantage, avait dû révéler devant quelque 5 millions de téléspectateurs  avoir eu une aventure sexuelle avec une de ses employées.


Un peu à l’image de David Letterman, on subit tous dans la vie nos revers de carrière, nos ennuis de santé, nos tourmentes familiales, nos catastrophes plus ou moins personnelles.


Ce que je retiens de David Letterman, c’est sa façon à travers les années d’affronter l’adversité. Avec humour, bien sûr, mais aussi avec humilité, avec élégance et humanisme. J’en retiens finalement un Letterman extrêmement résilient. À l’image de son pays, qui en matière de résilience justement, en a beaucoup à nous apprendre.