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Médecins de 9 à 5

Au sommet pour l’argent, mais en déclin pour l’implication sociale

Young Doctor with piggy bank
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Beaucoup de médecins ont perdu la vocation. Ils n’exercent plus leur profession avec désintérêt et dévotion, comme les générations précédentes. Pour plusieurs, la motivation première est devenue l’argent. Combien de temps va-t-on encore pouvoir tenir le coup aux yeux de l’opinion publique comme la profession la mieux rémunérée si on offre de moins en moins de services?

La population québécoise n’acceptera pas bien longtemps de verser plus de cinq milliards de dollars à quelques milliers de médecins pour des services qu’ils rendent de moins en moins avec humanité.

Les résultats d’un sondage international récent du Commonwealth Fund montrent l’insatisfaction des Québécois devant leur système de santé.

En se comparant à 10 pays, le Québec arrive à l’avant-dernière place (23%), juste avant les États-Unis (22%) et derrière le Canada (35%), qui est au huitième rang sur 10 pays en ce qui a trait au bon fonctionnement de leur système de santé.

Selon le même sondage, 65% des Québécois estiment que le réseau a besoin de «changements fondamentaux» et 12% croient qu’il faut «rebâtir le système au complet».

Autre résultat inquiétant: 32% des Québécois ont dû attendre plus de deux mois pour voir un spécialiste, le pire résultat des 10 pays du sondage.

De son côté, l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) a récemment publié des données sur le système de santé canadien.

On y apprend que l’accès à un médecin de famille diminue d’année en année au Canada et que le Québec est l’une des provinces où la situation est la plus difficile.

Quant aux médecins spécialistes, le temps d’attente pour les consulter augmente de plus en plus. En 2003, 10% des Canadiens devaient attendre trois mois ou plus pour voir un spécialiste; en 2011, ce taux s’établissait à 17%. Il y a tout lieu de croire que le Québec vit la même situation.

Génération

Enfin, les jeunes médecins ont développé une relation différente à l’exercice de la médecine. Hommes et femmes accordent une grande priorité à leur qualité de vie. En fin de compte, ils pratiqueront peut-être une médecine plus humaine, mais ils consacreront aussi moins de temps à leur profession, ce qui n’aidera pas à améliorer les services au patient.

Pour toutes ces raisons, il faut s’attendre à ce que les gouvernements fassent le ménage dans les modes de rémunération des médecins. Les patients ont de plus en plus l’impression qu’ils n’en ont pas pour leur argent.

La relation à la médecine a profondément changé depuis un demi-siècle, c’est un fait.

Les plus vieux médecins entraient en médecine comme en religion; ils avaient la vocation (du latin, vocare, être appelé).

À mon époque, la médecine était une profession.

Un simple métier

Aujourd’hui, c’est devenu un métier comme un autre, une bonne façon de gagner sa vie. C’est encore très louable, mais ça installe une dynamique différente dans le système de santé. Exercer une médecine de «9 à 5» sans engagement social et avec moins d’empathie pour le patient, c’est la triste évolution dont nous sommes témoins depuis quelques années.

Si les médecins ne changent pas de comportement, ne mettent pas la main à la pâte et n’aident pas plus les citoyens par des actions concrètes, la population soutiendra et encouragera toute action radicale des politiciens à leur égard.


Références

♦ Commonwealth Fund : International Health Survey, 19 novembre, 2014.

♦ Institut canadien d’information sur la santé (ICIS): Données sur le système de santé canadien, 10 avril 2014, 49 pages.