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Un cauchemar à la Edgar Allan Poe

Un cauchemar à la Edgar Allan Poe
JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL

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L’écrivain français Alexandre Postel, lauréat du Goncourt du premier roman pour Un homme effacé, propose un roman à la mécanique implacable, inspiré par le style d’Edgar Allan Poe, un de ses auteurs préférés, pour son deuxième opus, L’ascendant.

Son histoire, très courte, est à glacer le sang. Le narrateur, à la demande d’un psychiatre, doit raconter les événements qui, en l’espace de cinq jours, ont dévasté sa vie.

Le jeune vendeur de téléphones mobiles apprend le décès de son père, avec qui il entretenait des rapports très distants. Il se rend dans la petite ville où il vivait et, pour s’occuper des obsèques, s’installe quelque temps dans sa maison.

En descendant à la cave, il fait une découverte épouvantable: une jeune femme est enfermée dans une cage. Épouvanté, bourré de pilules et hanté par la figure de son père, le jeune homme s’enfonce dans une situation de cauchemar.

Hériter d’un crime

«Ce que raconte le roman, c’est cette découverte et les jours qui suivent: ce qu’il fait, comment il réagit, ce que ça éveille en lui», expliquait Alexandre en entrevue, à l’occasion de sa visite au Québec, en avril. «C’est une histoire en un sens sur le sentiment de filiation puisqu’il hérite d’un crime. Il devient premier témoin, peut-être aussi complice. Il se pose aussi la question du rapport qu’il avait avec son père, d’autant qu’il a une sorte de sentiment de culpabilité dans sa relation avec son père puisqu’il a été un mauvais fils, en quelque sorte. Du coup, ça crée une espèce d’interrogation qui relève de quelque chose d’assez mystérieux. C’est une sorte de parabole sur ce que c’est que d’hériter, sur le sentiment de filiation.»

Comme un roman gothique

Son histoire, ajoute-t-il, se lit un peu comme une sorte de roman gothique comme on les faisait au XIXe siècle, avec des jeunes femmes séquestrées dans des châteaux. «C’est une sorte de variation moderne sur cet héritage littéraire.»

«Il y a une logique du cauchemar dans le premier livre, et j’ai essayé de la donner au deuxième plus encore, parce que ça se passe dans un milieu clos. J’ai essayé de recréer la consistance du cauchemar dans ce livre.»

Ses influences littéraires tombent directement du côté de l’Américain Edgar Allan Poe. «C’est une sorte de fantastique psychologique ou de fantastique moral, un peu comme dans Poe, et aussi avec tout ce que Poe appelle «The Imp of the Perverse» — le démon de la perversité —, une sorte de pulsion bizarre qui pousse les individus à mal agir ou à ne pas faire ce qu’il faudrait. Le personnage du deuxième roman subit un peu une pression de cette nature.»

Poe est l’un de ses auteurs préférés, mais il ne souhaitait pas du tout faire une imitation. «C’est quelque chose qui s’en inspire, mais qui se passe en France, dans un monde contemporain. Poe est particulièrement apprécié en France parce qu’il a été traduit par Baudelaire. Du coup, il a eu tout de suite un grand prestige en France.»

>> Alexandre Postel est né en 1982.

>> Il a obtenu le Goncourt du premier roman pour Un homme effacé, paru en 2013 aux Éditions Gallimard.

>> Il a aussi obtenu le prix littéraire Québec-France Marie-Claire-Blais pour Un homme effacé, en 2015. Du coup, il a fait une tournée au Québec.


EXTRAIT
«Je me suis réveillé vers midi et j’ai su d’emblée — à mon regard figé dans la contemplation du plafond, à la lourdeur de mes jambes, à la confusion de mes pensées — que ce serait une de ces journées qu’on habite comme un corps sans tête. Journées sans matinée ni lendemain, journées qui s’achèvent avant qu’on n’ait eu le temps d’en prendre possession, journées qui ressemblaient trop à l’image que, parfois, je me faisais de ma propre vie.»
— Alexandre Postel, L’ascendant