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Les mauvais traitements envers les enfants: au-delà de la responsabilité parentale

Béluga mort
Photo Courtoisie Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins

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Durant les 35 dernières années, le nombre d’enfants et de jeunes signalés à nos services de protection a augmenté de 178%. Nous en sommes à 82000 signalements par année sans que cela nous hantent le moindrement.

Pourtant des vies entières sont hypothéquées par la violence physique, verbale ou sexuelle, par la négligence ou l’abandon. Certains même en meurent. Nous nous contentons de blâmer les parents. Les causes dépassent pourtant bien largement la seule responsabilité parentale.

Blâmer les parents est la chose la plus facile et la moins engageante à faire. Ils ont abusé de leur enfant, les ont battus ou négligés parce qu’ils sont dépravés, toxicomanes, incompétents, irresponsables. L’histoire est dite, le jugement est rendu. Point à la ligne. Ce verdict trop facile nous arrange.

Ce n’est pourtant pas toute l’histoire, loin de là. Après plus de 25 ans de recherche en épidémiologie de la maltraitance des enfants, j’en suis venu à la conclusion que pour se comporter en parent bienveillant, il fallait plus que de l’amour. Il fallait d’abord se retrouver dans un environnement convenable, un environnement non-toxique. Et ce depuis sa propre naissance. On apprend à devenir parent auprès de sa mère, de son père ou d’autres modèles pour qui on a de l’attachement, de l’affection ou minimalement de l’estime. Certains adultes devenus parents n’auront pas eu cette chance. Ou ils n’auront pas eu l’occasion de s’informer convenablement, d’apprendre le B.A.-BA du rôle de parent auprès de leurs propres parents ou des parents de leurs amis. Certains autres auront été élevés à la dure, sans respect, sans égard à leur santé ou leur sécurité. Ils auront appris qu’un parent peut-être cruel, insouciant ou négligent et auront associé l’amour parental avec ce type de comportements. D’autres auront été soumis à des modèles culturels où l’on confond aisément discipline et brutalité envers les enfants. Autrement dit, les ressources personnelles indispensables à un parent bienveillant leur font défaut dès le point de départ.

Si de surcroît ces parents se retrouvent devant un enfant malade, handicapé ou dont le tempérament est difficile, les risques de dérapage augmentent considérablement. Être un parent bienveillant, affectueux, patient, endurant est beaucoup plus à notre portée lorsque l’enfant ou les enfants dont on a la responsabilité sont en santé, ont bon caractère et nous comblent de leurs progrès. Les enfants sont une précieuse ressource pour les parents. Dans certains cas, c’est moins vrai. Beaucoup moins vrai. C’est alors que ces parents doivent pourvoir compter, plus que ceux dont les enfants ne présentent pas de problèmes, sur leurs propres ressources ou sur des ressources présentes dans leur environnement pour ne pas craquer devant les exigences que la présence et les besoins de leur enfant leur posent.

Par ailleurs, il n’y a pas une seule étude que je connaisse et qui ferait la démonstration que vivre dans la pauvreté ou isolé sont des conditions aidantes pour les parents. Aucune. Mais il y en a des dizaines qui prouvent exactement le contraire, qui font la démonstration que l’indigence, la grande précarité et le manque de soutien d’amis, de connaissances, de membres de la famille ou ultimement de services spécialisés augmentent considérablement le risque de mauvais traitements envers les enfants. L’isolement, souvent accompagné par des humeurs dépressives, l’alcoolisme  ou la toxicomanie, peut être un puissant détonateur de la violence ou de la négligence parentale. Entendons-nous bien: la pauvreté et l'isolement ne conduisent pas imnnaquablement à l'abus ou à la négligence envers les enfants. Ces facteurs en augmentent le risque, comme une courbe dangereuse accroît le risque de dérapage et de capotage. On ne s"y casse pas tous la figure, mais à la fin de l,année, on y recensera plus d'accidents.

L’été semble enfin vouloir s’installer. J’ai eu peur que non. Un vieux de Charlevoix me disait fin mars : « Ça m’a tout l’air que l’hiver a décidé de passer l’été par icitte». Comme à chaque été, je remettrai mon kayak à fleur d’eau sur le Saint-Laurent dans le coin de Port-au-Persil et de Tadoussac, histoire d’aller à la rencontre des bélugas qui s’y sont installés depuis des siècles. L’observation des mères bélugas est extraordinairement révélatrice de l’importance de la qualité de l’environnement dans la vie des parents. Chaque année, plusieurs mères s’approchent tout près ou tout juste en dessous du kayak avec leur nouveau-né. C’est un spectacle impressionnant et touchant que de voir ce petit suivre sa mère qui le nourrit d’un lait très gras pour qu’il développe rapidement une couche de graisse protectrice contre l’eau froide du fleuve. Ce spectacle cache pourtant un drame. En le nourrissant de la sorte, la mère risque de tuer son petit. Le lait qu’elle lui offre est contaminé par des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) produites pas alumineries de la côte du Saguenay. Ces HAP sont des éléments de contamination extrêmement virulents ; ils se retrouvent dans la chaine alimentaire et accroissent le risque de cancer et chez la mère et chez son nourrisson. Ces mères bélugas font leur boulot convenablement : elles nourrissent leur petit, mais ce faisant elles le tuent parce qu’elles ont le malheur de se retrouver dans un environnement toxique.

Chez l’humain, la toxicité dans la vie des parents se résume à quelques éléments importants : l'absence de modèles compétents,  le manque d’information et d’éducation au rôle parental, les problèmes de santé mentale, la présence d’un enfant qui présentent des difficultés particulières y compris sont arrivée non souhaitée, le manque de soutien matériel et l’isolement social.

Pour chacun de ces éléments qui affaiblissent les parents dans leur capacité de bienveillance, il y a une solution. Il s’agit de s’y consacrer résolument. Mon prochain billet abordera l’examen de ces solutions.