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Prévenir l’abus et la négligence envers nos enfants: une priorité extrême

Prévenir l’abus et la négligence envers nos enfants: une priorité extrême
Photo: Ulysse Lemerise /https://www.yulphoto.ca/

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Les statistiques concernant l’abus et la négligence envers nos enfants et nos jeunes sont navrantes. Nous connaissons les facteurs qui peuvent expliquer ces dérives (voir mes billets du 25 et 27 mai 2015). Et, on peut y faire quelque chose. Cela commence par un engagement ferme de la Ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique à faire de ce dossier une priorité extrême de santé publique.

 

La Ministre déléguée, Lucie Charlebois,  a déjà fait la démonstration de son efficacité. Peu de temps après son arrivée, elle publiait un plan d’action de prévention de l’itinérance. Elle doit désormais s’acharner à prévenir les mauvais traitements envers les enfants et affirmer sans attendre, et avec conviction, que la prévention de l’abus et de la négligence envers nos enfants devient une priorité extrême de santé publique. Autrement dit, elle doit envoyer le signal que « Assez, c’est assez ! » et demander à la Direction de la santé publique de lui présenter un plan de réduction des mauvais traitements envers nos enfants et nos jeunes. Ce plan devrait identifier des objectifs précis à atteindre dans les cinq prochaines années. Elle doit en même temps s’engager à faire état des résultats de ce plan annuellement à l’Assemblée nationale et à la population. Sans un tel leadership, les ressources nécessaires et les changements de pratique ne suivront pas.

 

Dans le cadre de ce plan, certains éléments me semblent absolument indispensables.

 

Premièrement, il faut protéger les gains que le Québec a faits en matière de lutte à la pauvreté depuis 1997. Toutes les données dont nous disposons montrent que la pauvreté a diminué de façon très marquée, notamment chez nos jeunes enfants. C’est un phénomène unique en Amérique du Nord ; il est en très grande partie dû à la création des services de garde éducatifs à tarifs réduits. Leur mise en place a permis à des dizaines de milliers de femmes d’ajouter des gains de travail indispensables au revenu de leur famille. D’autres éléments comme la prestation automatique des pensions alimentaires, la Prime au travail, le programme Soutien aux enfants ont sans aucun doute aussi contribué à cette réussite. Austérité ou non, il faut protéger ces acquis sans lesquels le niveau de négligence envers les enfants serait encore plus alarmant. Les données sont éloquentes à ce sujet.

 

Deuxièmement, l’engagement de la Ministre devrait être suivi de celui de chacun des Directeurs régionaux de santé publique. Ces Directeurs devraient informer la population locale de la situation qui prévaut dans leur région et des objectifs de réduction des méfaits envers les enfants et les jeunes de leur communauté. Il m’apparaît absolument essentiel que chaque ville, chaque village, chaque MRC, chaque citoyen se sente concerné par cette lutte contre les mauvais traitements envers les enfants et les jeunes, que chacun d’entre nous soit littéralement conscrit dans un effort collectif contre l’intolérable. Pour cela, il faut redonner aux Directeurs de santé publique les ressources et la capacité pleine et entière pour qu’ils puissent jouer correctement leur rôle d’animateur des communautés en matière de prévention. Sans un leadership local responsable et assumé, impossible d’y arriver.

 

Troisièmement, il est évident, tant les risques de mauvais traitements envers les enfants sont diversifiés, que nous allons arriver à les neutraliser seulement si les intervenants de tous les horizons (policiers, intervenants en services de garde, en milieu scolaire, de la santé, des services sociaux, élus locaux, intervenants communautaires, syndicats, employeurs et gens d’affaires locaux) travaillent ensemble. Tous les efforts consentis par les intervenants de chacun de ces secteurs d’activités doivent être inspirés par les mêmes données et les mêmes objectifs. D’où, encore une fois, la nécessité d’un leadership local fort. Les intervenants de l’Abitibi-Témiscamingue notamment l’ont bien compris ; ils sont à tester un effort collectif (Ma famille, ma communauté) pour arriver à éviter que des enfants soient placés lorsqu’ils sont signalés. Ce genre d’approche qui mise sur la contribution d’un réseau entourant la famille et protégeant l’enfant pourrait sans doute éviter de nombreux signalements.

 

Enfin, quatrièmement, il faut mieux protéger les enfants les plus vulnérables et accompagner leurs familles avant qu’elles ne dérapent. Le Québec est déjà doté d’un programme de Services intégrées en périnatalité et en petite enfance (SIPP). Ce programme  a fait ses preuves ailleurs dans le monde. Il faut désormais l'offre intégrale de ce programme à toutes les familles québécoises auxquelles il est destiné. Il faut également mieux soutenir les familles nouvellement arrivées au Québec. Ces familles éprouvent trop souvent des difficultés à la fois à accéder aux services et aux ressources de leur communauté et à décoder les normes de leur société d’accueil en matière de parentage.

 

Bref, il y a du pain sur la planche.