/investigations
Navigation

Service payant à Montréal et gratuit à Québec

Aucun frais pour payer son stationnement avec son téléphone dans la capitale

Stationnements de Montréal
Photo d'archives Près d’un usager sur quatre paie son stationnement sur son téléphone grâce à l’application P$ Service mobile à Montréal. À Québec, c’est gratuit, mais à Montréal, des frais de service sont exigés.

Coup d'oeil sur cet article

Les automobilistes déboursent des frais à Montréal quand ils paient leur stationnement avec leur téléphone cellulaire alors qu’à Québec, c’est gratuit.

Les automobilistes déboursent des frais à Montréal quand ils paient leur stationnement avec leur téléphone cellulaire alors qu’à Québec, c’est gratuit.

Stationnement de Montréal dit avoir besoin de ces frais additionnels, tandis qu’à Québec, l’administration soutient ne pas voir la nécessité de surcharger pour gérer l’outil technologique de paiement à distance.

Au centre-ville de la métropole, le stationnement coûte 3 $/heure lorsque l’on paie à la borne. Mais il en coûte 3,30 $ pour le paiement avec l’application.

Les surcharges étaient de 40 cents jusqu’à l’été dernier pour chaque transaction, peu importe la durée. Ces frais sont de 30 cents aujourd’hui et seront réduits à 20 cents cet été.

Ces surcharges n’ont jamais existé à Québec.

La situation «interpelle» d’ailleurs le groupe de défense Option consommateurs.

«On peut se demander pourquoi ces frais sont demandés au consommateur», commente Alexandre Plourde, avocat pour l’organisation.

Deux fois moins cher

En mars dernier, la Ville de Québec a lancé son application mobile baptisée «copilote» au coût précis de 193 739 $. Le succès de l’application a été instantané dans la capitale.

À Montréal, l’application P$ Service mobile connaît aussi un grand succès et a remporté plusieurs prix. Elle a été implantée en juin 2012 et développée par TC Médias (Transcontinental). Son coût: 400 000 $.

Au dernier rapport annuel, les revenus de Stationnement de Montréal avaient grimpé de 5 M$, notamment grâce au succès du P$ Service mobile. L’organisme verse maintenant à la Ville de Montréal près de 50 M$ par année en redevances.

Stationnements de Montréal
Photo d'archives

Près de 4 M$

À quoi servent ces surcharges? D’abord à payer les coûts de l’application.

Mais les frais de service ont représenté, depuis 2012, près de 3,8 M$, a estimé notre Bureau d’enquête en analysant les données des rapports annuels de Stationnement de Montréal.

À quoi servent donc ces millions de dollars restants? «Les frais de service servent à payer les frais de transaction qui nous sont facturés par l’opérateur de carte de crédit, le développement de nouvelles versions et l’entretien, la gestion et l’exploitation ainsi que la promotion et la publicité», explique la société Stationnement de Montréal.

Du côté de Québec, le porte-parole de la Ville, David O’Brien, explique que «le modèle d’affaires semble différent de Montréal» puisque les coûts de développement et d’exploitation font partie de «l’opérationnel».

Chez Stationnement de Montréal, on justifie par exemple les frais de service par le lancement, à l’automne dernier, d’une version plus complète de l’application. À Québec, on explique pourtant qu’une nouvelle version plus complète sera aussi lancée prochainement, sans frais pour les usagers.


À l’hiver 2014, l’Escouade de protection de l’intégrité municipale (EPIM-affiliée à l’UPAC) avait perquisitionné Stationnement de Montréal et l’enquête concernait l’application P$ Service mobile. Aucun élément criminel n’a finalement été découvert par les enquêteurs.


Québec, « l’exemple à suivre »

<b>Jean-François Gauthier</b><br />
Président I.G.N
Jean-François Gauthier
Président I.G.N

Le modèle d’affaires de Québec pour le développement de son application est «un exemple parlant de comment faire l’informatique autrement».

C’est l’évaluation de Jean-François Gauthier, PDG de l’Institut de gouvernance numérique.

«Le résultat probant, c’est que ça permet d’économiser», explique-t-il.

Alors que l’application de Montréal a été développée entièrement par une firme privée, celle de Québec a été réalisée avec l’apport de la communauté.

Le tout a débuté en 2013 lorsque la Ville de Québec s’est associée au département d’informatique de l’Université Laval afin de permettre l’utilisation de données ouvertes pour certains projets.

Des développeurs ainsi que des étudiants se sont associés pour développer une application dans le cadre d’un hackathon (marathon de programmation informatique).

L’organisme sans but lucratif Québec Numérique a aussi contribué et une entreprise externe a développé la solution de paiement qui s’est greffé au projet.

Le futur

«C’est le plus bel exemple à suivre de comment faire de l’informatique à l’avenir», ajoute M. Gauthier.

«C’est de mettre à profit le patrimoine informationnel [notamment avec la libération des données de la Ville] pour permettre à la communauté de participer et de réaliser ce type de projet à moindre coût [...] Les jeunes, maintenant, font de l’informatique autrement et il faut valoriser ces façons de faire», selon lui.