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Le gouvernement coupe chez ceux qui pourraient aider à prévenir la radicalisation dans les écoles

Lyne Marcheterre
Photo Le Journal de Montréal, Camille Laurin-Desjardins Lyne Marcheterre, animatrice à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire à l'école secondaire Gérard-Fillion, à Longueuil.

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Alors que le gouvernement Couillard cherche comment lutter contre la radicalisation religieuse chez les jeunes Québécois, il ampute le budget des animateurs qui font de la prévention dans les écoles.

Pour la prochaine année scolaire, le ministère de l’Éducation réduit du quart l’enveloppe dédiée au service d’animation à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire dans les écoles, selon les règles budgétaires qu’il a envoyées aux commissions scolaires, la semaine dernière. Celles-ci viennent de couper l’équivalent de 40 postes à temps complet dans les écoles primaires et secondaires, chez ce corps d’emploi qui a remplacé les animateurs de pastorale, au début des années 2000.

«Dans le contexte multiethnique qu’on a présentement, c’est le corps d’emploi qui pourrait justement aider à prévenir plutôt que d’ajouter de l’argent dans les corps de police pour courir après les jeunes une fois qu’il veulent se sauver à l’extérieur», affirme la présidente de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE), Johanne Pomerleau.

Depuis l’hiver, une douzaine de jeunes ont été arrêtés parce qu’ils étaient soupçonnés de vouloir se rendre en Syrie ou encore de commettre des actes terroristes. Quelques autres Montréalais auraient déjà fui le pays pour aller rejoindre les rangs des djihadistes.

Estime de soi

Le rôle des animateurs à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire (AVSEC) est justement de développer l’estime de soi chez les jeunes, dès le primaire, et de répondre à leur besoin d’appartenir à une communauté, explique Lyne Marcheterre, AVSEC à la Commission scolaire Marie-Victorin, sur la Rive-Sud.

«Je travaille beaucoup l’estime de soi. Pourquoi ? Parce que quand un jeune manque d’estime, il devient vulnérable. À la radicalisation, aux gangs de rue, à la drogue, à tous ces chemins où on crée un sentiment d’appartenance dans une communauté déviante...»

Avant, Mme Marcheterre travaillait à temps plein à l’école secondaire Gérard-Fillion, à Longueuil. Mais depuis deux ans, elle doit partager son temps à travers d’autres écoles, à cause des coupures. Trois de ses collègues à la CSMV perdent leur poste pour la prochaine rentrée.

«Je ne pense pas qu’on soit un luxe dans les écoles, mais plutôt une nécessité. On fait la différence. Mais on le fait de moins en moins parce qu’on est de moins en moins présents. Et on se retrouve avec des problématiques comme la radicalisation des jeunes, qu’on n’avait pas avant.»

Mme Marcheterre met sur pied des ateliers de discussion en classe et des comités avec les jeunes, et beaucoup viennent la voir à son bureau pour discuter. Elle organise aussi, avec les élèves, des activités communautaires comme des friperies d’un jour, pour les nouveaux arrivants moins fortunés. À l’école secondaire où elle travaille trois jours par semaine, il y a 62 communautés culturelles qui sont représentées parmi les 1400 étudiants.

«On ne fait pas du bricolage, ou des fleurs en papier, lance-t-elle. Les autres professionnels sont dans l’intervention avec les élèves en difficulté, mais nous sommes les seuls à faire de la prévention, à partir de la maternelle !»

Elle se rappelle d’un jeune adolescent, auparavant très impliqué à l’école, qui avait commencé à disparaître des activités, après avoir subi beaucoup d’intimidation. «On ne le voyait plus, on était en train de le perdre. J’ai décidé de lui confier une tâche dans le comité de médiation, sur l’intimidation. Il est revenu !»

«Je ne comprends pas que le gouvernement ne fasse pas le lien avec la radicalisation, qu’il ne voie pas l’importance du travail qu’on fait. Je me dis : est-ce qu’on va être obligé d’aller faire de la prévention dans les aéroports dans les années futures ?» ironise-t-elle.

En discussion

Au ministère de l’Éducation, on précise que les règles budgétaires envoyées aux commissions scolaires sont encore sujettes à changement.

«Il y a encore des discussions sur le contenu, nous sommes en attente de leurs commentaires», affirme Julie White, attachée de presse du ministre François Blais.

Quant à la radicalisation religieuse chez les jeunes, un plan d’action gouvernemental sera déposé dans les prochaines semaines à ce propos, ajoute-t-elle.


Fait saillant :

  • Les règles budgétaires prévoient une diminution de 25% du budget pour le service d’animation à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire dans les écoles primaires. Mais selon la FPPE, cela aura une grande influence sur tout le service, puisque les animateurs devront délaisser leur tâche au secondaire pour aller combler des journées au primaire.

Le budget du service à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire

  • 2014-2015 : 16,2 M$
  • 2015-2016: 12,1 M$ (coupures de 4 M$)

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