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40 ans de lutte contre l’alcoolisme

«Je m’en venais apprendre à boire, pour être comme tout le monde. Mais j’ai compris que c’était mieux pour moi de ne pas prendre un premier verre», explique Jean-Louis Jalbert, qui a terminé sa thérapie au Pavillon Pierre-Péladeau il y a 15 mois.
Photo Camille Laurin-Desjardins «Je m’en venais apprendre à boire, pour être comme tout le monde. Mais j’ai compris que c’était mieux pour moi de ne pas prendre un premier verre», explique Jean-Louis Jalbert, qui a terminé sa thérapie au Pavillon Pierre-Péladeau il y a 15 mois.

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Au milieu des années 1970, un petit groupe d’hommes devenus sobres se réunissaient dans les Laurentides pour aider d’autres personnes à se sortir de leur dépendance à l’alcool. 40 ans plus tard, les substances et les méthodes de traitement ont beaucoup évolué, mais la philosophie est restée la même, au pavillon Pierre-Péladeau: traiter les alcooliques avec amour, et les encourager à développer d’autres moyens pour s’occuper d’eux-mêmes.

«Nous sommes un des plus vieux centres de thérapie au Québec. Le traitement a beaucoup évolué. Mais l’approche humaniste, c’est resté», résume Anne Gauvin, directrice générale des Maisons Péladeau.

Le plus ancien pavillon, celui des hommes, fêtera le mois prochain son 40e anniversaire. En haut d’une petite colline, sur un chemin de terre de Val-David, la maison accueille chaque semaine des hommes qui veulent mettre fin à leur dépendance. Ils y suivent une thérapie d’une durée de 21 à 28 jours, et ont ensuite un suivi postcure de 12 semaines.

En 40 ans, le traitement a beaucoup changé, explique Mme Gauvin. Depuis le début des années 2000, au Québec, on est beaucoup mieux éduqués sur les maladies de l’alcoolisme et de la toxicomanie.

«Ici, nous avons gardé l’outil très important des regroupements anonymes, mais nous avons ajouté le programme de thérapie. Donc le jour, les gars ont des ateliers, et le soir, ils sont invités à faire des meetings», précise la directrice générale.

Et les substances sont beaucoup plus puissantes, fait-elle remarquer. « Avant, c’était plus des têtes grises et des problèmes d’alcool. Maintenant, la métamphétamine, par exemple, crée des dommages incroyables au système nerveux, et cause une dépendance plus rapidement. On a de plus en plus de jeunes qui arrivent poqués.»

Vivre autrement

Sébastien, 27 ans, considère que sa thérapie lui a appris à vivre, tout simplement. Le jeune homme a fait un premier séjour au pavillon Péladeau à l’âge de 18 ans, à la demande de ses parents, alors qu’il consommait du speed. Plusieurs mois après sa sortie, il a commencé à boire, se convaincant que sa consommation était beaucoup moins pire qu’avant. Puis il recommencé les drogues dures.

«Je me cachais pour consommer, à tous les jours. C’était l’enfer. La honte, les mensonges... Ça me prenait ma bière, ma drogue, et je ne savais pas par où commencer pour arrêter, c’était une obsession», raconte le jeune papa.

Un beau matin, c’est sa fille d’à peine deux ans qui l’a fait éclater en sanglots. «J’étais sur la grosse dérape depuis 3-4 semaines. J’étais évaché sur le divan, à moitié mort, et ma petite fille m’a dit: papa, bisous, je t’aime! J’ai réalisé tout le mal que je pouvais faire autour de moi», raconte-t-il, ému.

C’est à ce moment que Sébastien a décidé de retourner au Pavillon Péladeau. «Ils m’ont montré la voie, m’ont appris à m’aimer. Pour m’aimer, il faut que j’accepte que j’ai une maladie et que je prenne des outils pour en prendre soin.»

Aujourd’hui, il continue de participer à des rencontres anonymes, qui lui font le plus grand bien. «C’est ça que je n’avais pas mis en pratique la première fois. J’ai besoin d’entendre parler des gens qui ont vécu ça aussi, qui ont touché le fond, de prendre leurs trucs. J’ai besoin d’être avec des gens qui ont le même but que moi, et parler de mes émotions avec eux.»

Bénévolat bénéfique

Sébastien fait aussi du bénévolat au pavillon, comme plusieurs anciens résidants.

«On a une super belle équipe de bénévoles, ça fait partie de notre richesse. C’est prouvé que le bénévolat permet au gens de se rétablir, après leur séjour», dit Anne Gauvin.

«Moi, quand j’étais résident, je me disais: il n’a rien à faire dans la vie, ce gars-là! raconte Jean-Louis Jalbert. Et maintenant, je suis ici tous les samedis matin, parce que ça me fait du bien, et en même temps, ça prouve aux gars que ça marche. Je n’oublie pas d’où je viens.»

Jean-Louis, un père de famille de 47 ans, a eu un problème d’alcool pendant 15 ans, avant de finalement venir séjourner au pavillon Péladeau, l’an dernier.

«Au début, je ne m’en venais pas arrêter de boire, je m’en venais apprendre à boire. Je suis pas nono, je suis capable, comme tout le monde! Mais j’ai appris que c’était mieux de ne pas prendre un premier verre. Et c’est correct, j’ai appris que j’étais un alcoolique.»

Aujourd’hui, même s’il n’aurait jamais pensé pouvoir dire cela, il n’a même plus envie de prendre ce premier verre. Et il assure avoir trouvé une autre famille au pavillon.

Marche pour la sobriété

 

Jocelyne Villemaire, instigatrice de la Marche de la sobriété, et adjointe administrative au Pavillon Pierre-Péladeau.
photo courtoisie
Jocelyne Villemaire, instigatrice de la Marche de la sobriété, et adjointe administrative au Pavillon Pierre-Péladeau.

À l’occasion du 40e anniversaire, le pavillon organise une campagne de financement pour permettre à ceux qui n’en auraient pas les moyens de se payer une thérapie. «C’est moi qui répond au téléphone, et, il y a plein de gens qui doivent renoncer au traitement à cause de la question de l’argent», explique Jocelyne Villemaire, instigatrice du projet. La campagne de financement culminera par une marche de la sobriété, le 13 juin. Pour plus d’informations et/ou faire un don : www.lesmaisonspeladeau.com

 


«Je me suicidais sans m'en apercevoir»

Pendant 45 ans, Raymond a bu sans admettre qu’il avait un problème. C’est à l’âge de 69 ans, après avoir passé trois jours aux soins intensifs, qu’il a entrepris une thérapie. «Le pavillon m’a sauvé la vie», dit-il.

Raymond, un homme d'affaires de73 ans – qui a préféré taire son nom de famille – , a carrément frôlé la mort il y a quatre ans, à cause de l'alcool. Il commencé à boire à l’âge de 25 ans, quand il a repris l’entreprise de son père. Rapidement, sa consommation est devenue excessive. Une caisse de 24 bières par jour. Puis, un 26 onces de brandy.

«Je travaillais surtout l’avant-midi, raconte-t-il. De midi à 10h le soir, je consommais. J’allais à la taverne l’après-midi. En dernier, je me réveillais dans la nuit pour prendre des petites shots de brandy.»

Son entreprise et ses finances en ont souffert. Et surtout sa famille.

«J’oubliais l’essentiel, ma présence. Je m’en rends compte aujourd’hui.»

Puis, avec les années, Raymond n’était plus en forme. Il avait de la difficulté à marcher droit, perdait l’équilibre, et tombait. Son fils, qui avait repris les rênes de l’entreprise, s’en rendait compte. Les clients aussi. Mais Raymond ne voulait rien entendre : c’était seulement la vieillesse. Un jour, un bon ami à lui, ancien alcoolique, l’a regardé dans les yeux et lui a dit : «ça presse, tu t’en vas en thérapie».

«J’avais confiance en lui, alors j’y suis allé. En arrivant au pavillon, je suis tombé, j’étais trop faible.»

Raymond a alors été transporté à l’hôpital, où il resté trois jours, aux soins intensifs. «Le médecin m’a dit que si je n’avais rien fait, je serais mort dans les jours suivants, à cause de l’alcool. Je n’ai jamais voulu mourir. Mais je me suicidais sans m’en apercevoir.»

Il a ensuite entrepris une thérapie au pavillon Pierre-Péladeau.

«J’ai pris conscience de tout le mal que j’avais fait, en faisant un inventaire de moi-même. Je mentais, je manipulais constamment.»

Maintenant plus en forme que jamais, Raymond n’entrevoit pas la retraite de sitôt. Il participe à des meetings d’alcooliques anonymes cinq fois par semaine. «Ça m’aide, d’entendre de beaux partages. Ça fait deux ou trois ans que je n’ai pas eu d’obsession de consommer, je n’ai même plus le goût», dit-il.

Environ 10% des consommateurs québécois d’alcool estiment que leur habitude nuit à leur santé.

 

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