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Albert, une inspiration

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Déçu et fâché, Albert Ladouceur l'a été souvent depuis qu'il a appris, le 12 août 2013, qu'un cancer incurable allait, beaucoup trop tôt, l'arracher à la vie. Porté par l'urgence de vivre, il n'en a pas moins su puiser la force pour réaliser des rêves.

Le prêtre séculier Jean Lafrance, qui présidera les funérailles d'Albert aujourd'hui, l'a accompagné dans la maladie, alors qu'il combattait lui-même un deuxième cancer qui semble maintenant en rémission.

Tous deux se sont connus lorsque Albert est arrivé à Québec, en 1979. Il est devenu bénévole à son magasin Partage grâce à une entente avec les Nordiques.

Le père Lafrance sait à quel point Albert en a voulu au destin de venir le chercher au moment où il s'apprêtait à vivre de belles années avec sa conjointe Céline et ses enfants. La famille dont il avait toujours rêvé.

Sa foi l'a sauvé, témoigne celui qui œuvre auprès des jeunes en difficulté, une cause qui tenait à cœur à Albert. Il avait lui-même vécu des moments difficiles dans son enfance, sa mère étant décédée alors qu'il n'avait que cinq ans.

Jamais Albert n'aura cessé de regretter cette maman partie trop vite. Jusque sur son lit de mort, où il la réclamait, confie le père Lafrance, qui a aussi présidé les funérailles de la première épouse d’Albert, Josée, emportée par un cancer il y a quelques années.

Homme de projets

Dans son homélie, le père Lafrance entend faire ressortir le côté généreux et passionné qui caractérisait Albert, un homme de projets, comme il l'aura démontré jusqu'à la toute fin. Journaliste passionné, c'est ainsi que je l'ai connu, à 19 ans, lors de mon stage aux sports au Journal de Québec.

Albert, c'était un peu l'âme de la salle de rédaction, avec sa bonhomie et ses anecdotes qu'il aimait raconter haut et fort et qui nous faisaient rire. Il a inspiré nombre de jeunes, qu'il n'hésitait pas à aider.

L'an dernier, le hasard aura voulu qu'Albert et moi publiions au même moment un premier livre, un grand rêve, tant pour lui que pour moi. Je l'ai vu heureux, souriant, porté par ce projet, et ce, malgré les traitements et des vagues de fatigue intenses dues au cancer.

Oh, Albert aurait préféré ne jamais écrire ce type de livre, dans lequel il raconte son combat contre le cancer. Il aurait voulu publier un roman, et il s'y était attelé, mais la maladie l'a rattrapé. Ce qui ne l'a pas empêché de publier un deuxième livre, dans lequel il raconte les Nordiques aux enfants. Et je ne vous dis pas qu'il a continué à écrire des chroniques jusqu'à un mois avant son décès, survenu il y a une semaine.

Lors des deux dernières éditions du Salon du livre de Québec, je l'ai vu, le feu dans les yeux, qui signait des dédicaces par centaines, buvant l'amour et le soutien que lui déversaient ses lecteurs.

Heureux comme un gamin, il venait me voir après ces séances. Il était si fier d'être allé au bout de ses projets. Il était à ce point animé que je me disais: ça ne se peut pas qu'il soit atteint d'un mal incurable. Il va passer au travers. C'était jusqu'à quelques semaines, où son état a dégringolé.

Albert attendait l'ouverture du nouvel amphithéâtre et espérait le vivre, tout comme le retour des Bleus. «Mais on ne me donne pas cette chance, m'a-t-il écrit. Face à la mort, je suis serein. Je redoute davantage la souffrance, si elle s'éternise.»

Ça n'aura pas été le cas, au moins. Il nous manquera. Et son courage indéfectible, pour toujours, continuera de nous inspirer.

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