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Au revoir, merci!

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Notre dernier rendez-vous en 40 ans.

Loin dans ma vie que ce 25 décembre 1973, alors que le jeune homme dans la vingtaine que j’étais effectuait son entrée dans un quotidien majeur pour entreprendre la carrière dont il rêvait depuis son enfance.

En cette fête de Noël, le défunt Montréal-Matin assemblait son édition du lendemain. Je ne pouvais trouver de cadeau plus exceptionnel sous l’arbre. La tâche de soutien au pupitre ne s’avérait pas gigantesque, loin de là, mais je me nourrissais de la conviction d’accomplir une fonction importante.

Intérieurement, je remerciais sans cesse celui ayant procédé à mon embauche. Jean-D. Legault, directeur de l’information, m’offrait la chance tant espérée après mon apprentissage d’un an au Courrier Laval, un hebdomadaire régional dirigé par madame Lise Blouin-Dallosto­­.

À compter de ce jour, l’unique Jean-D. est devenu un incontournable dans mon existence. Je le côtoierai pendant plusieurs décennies, notamment chez les Nordiques où il fut un partenaire précieux de Marcel Aubut. Notre amitié a fleuri au fil des ans.

Décor de musée

Pour les générations actuelles, la salle de rédaction des années 1970 ressemblerait à un décor de musée. La technologie se limitait à un fax, un télex, un bélinographe. Internet n’existait même pas dans les plans d’avenir si ce n'est que par des allusions à Big Brother dans des films de science-fiction.

De vieilles et énormes machines à écrire Underwood crépitaient sous le doigté non orthodoxe, mais efficace, des vieux loups du métier. Uniquement avec l’auriculaire, bien souvent, s’écrivaient leurs grandes histoires.

La résonance des frappes, le froissement des feuillets qu’on enroulait, le tintement de la cloche de la machine à écrire une fois le chariot rendu au terme de sa glissade restent des bruits que les survivants de l’époque entendent toujours. Comme ils reniflent encore l’odeur de l’encre noire qui parfumait l’édifice en s’évadant des presses.

Venir quelques minutes dans la salle de rédaction constituait un privilège pour des visiteurs. En ces lieux naissait la nouvelle. Les quotidiens du Québec se disputaient farouchement les primeurs avec les salles de nouvelles des stations de radio qui se bousculaient sur la bande AM.

Je me souviens de ce livreur responsable de remplir les machines distributrices; il venait presque sur une base quotidienne. Il s’arrêtait à la section des sports et jasait. Il dirigeait une équipe de hockey mineur et adorait le boulot d’entraîneur. Qui aurait pu me convaincre que ce jeune passionné, Michel Bergeron, occuperait une place prédominante dans mon cheminement professionnel?

Prévoir l’implantation d’une deuxième équipe de la Ligue nationale au Québec, par surcroît dans une ville de la taille de Québec, relevait de l’hérésie.

Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

Québec, terre d’accueil

Bien que n’ayant duré que cinq ans, mon association avec le Montréal-Matin m’a permis de couler la fondation de ma carrière. Les patrons et les vétérans collègues de ces années de formation contribuaient à notre éducation professionnelle.

Bien supervisé par mon mentor et ami André Trudelle, et par le directeur des sports, Pierre Gobeil, qui m’accordait sa pleine confiance, j’ai acquis une éthique de travail renforcée par l’honnêteté, qui m’aura servi jusqu’à la rédaction de ces dernières lignes.

Le Montréal-Matin n’allait s’avérer qu’une étape dans mon plan de vie. Les manigances du destin me chasseraient même de ma ville, moi, un Montréalais enraciné sur son île.

La fermeture du journal en 1978, l’inclusion des Nordiques à la LNH, en 1979, et le besoin du Journal de Québec d’ajouter une jeune plume pour assurer la couverture de cette équipe m’ont amené dans la Cité de Champlain, une ville où le Bonhom­me Carnaval et le maire ne formaient qu’un dans mon esprit.

Les fans des Fleurdelisés l’ignoraient, mais ils accueillaient un gars de la «grosse ville» qu’ils auraient détesté s’il avait plutôt suivi les péripéties du Canadien que j'adulais depuis mon premier biberon; et je ne me voyais de toute façon que passer en coup de vent dans la capitale.

Directeur des sports, Claude Bédard, envers qui j’ai affiché ma reconnaissance jusqu’à la fin, n’a plus jamais eu à chercher un candidat pour le beat des Nordiques. Pendant les seize années suivantes, j’allais former un duo avec un collègue loyal, dévoué, fiable, motivateur et, avant tout, excellent journaliste.

Claude Cadorette nous a malheureusement quittés trop tôt, tué dans un accident de la route, en août 1995, à l’âge de 45 ans. J’aurai eu le privilège de voir son fils Stéphane assumer brillamment la relève du paternel.

Quand je le voyais exceller dans son boulot et partager une belle complicité avec un autre vert de la rédaction, Kevin Dubé, je me revoyais former la paire avec Claude. Vous lirez les deux kids encore pendant de nombreuses années.

Photo Le Journal de Québec, Didier Debusschère

En route

Me voilà déjà en route pour rejoindre ma famille spirituelle. Le cancer du pancréas a remporté la bataille, comme la médecine le prévoyait, même si j’ai refusé de lui céder la victoire. Il lui a fallu me l’arracher.

J’emporte l’agréable souvenir de dizaines de collègues de travail côtoyés au cours de mes 40 ans au Montréal Matin et au Journal de Québec et dans tous les médias du Québec. Salut les gars et les filles!

J’ai été dirigé par des patrons avec lesquels j’entretenais une belle complicité, dont le dernier, Luc Grenier. Son appui a été indéniable dans les moments difficiles. À ceux qui, parmi les amateurs de sport, me considéraient incompétent, je répondais, moqueur, que je m’en sortais à cause de l’incompétence encore plus grande de mon employeur à identifier l’imposteur à la rédaction du Journal du Québec.

Je remercie également les milliers (oui, les milliers) de Québécois qui m’ont encouragé sur toutes les formes de réseaux sociaux, sans oublier le contact direct.

J’ai adoré ma vie, ma carrière dans une ville de Québec que je n’aurais jamais quittée. Tout au long de ma bataille contre le cancer, j’ai baigné dans l’amour de ma famille, de ma conjointe Céline, de ses quatre enfants. Je ressentais l’aide spirituelle de ma première épouse, Josée Savard, qui a partagé ma route pendant 28 ans.

J’ai mené cette bagarre avec acharnement, également, parce que je croyais en Dieu — ce qui apparaît tristement honteux en cette décennie 2010 — et en la vie après la mort. Merci au Père Jean Lafrance pour nos discussions à ce propos, qui se sont déroulées comme si nous jasions simplement du prochain match des... Nordiques.

Ici se termine mon passage sur cette terre et commence ma nouvelle vie.

À vous tous, au revoir et merci. :-)

Albert Ladouceur

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